BOST confirme la baisse de ses livraisons au Burkina Faso et au Mali, mais conteste son explication dans le titre : elle invoque surtout les travaux du dépôt de Bolgatanga et dément une pénurie imminente au Ghana. L’épisode éclaire la fragilité des corridors sahéliens.
Une baisse confirmée, une cause contestée
Une même situation a donné lieu à deux explications successives. Le 16 septembre 2026, le directeur général de BOSTenergies, Afetsi Awoonor, expliquait dans un entretien accordé à Reuters à Bangkok que l’entreprise gérait ses exportations en veillant d’abord à la couverture des besoins du Ghana. Deux jours plus tard, la direction de la communication de BOST a publié une mise au point : la baisse des volumes vers le Burkina Faso et le Mali serait « largement » liée à la rénovation du dépôt de Bolgatanga, porte d’entrée de son réseau vers le Sahel. Elle récuse l’idée de réduire ces livraisons en raison d’une pénurie imminente sur le marché ghanéen.
Cette mise au point change la lecture du titre inscrit au référentiel éditorial, reproduit ici à l’identique. Le recul des volumes est documenté ; la priorité à l’approvisionnement intérieur comme cause directe du recul est contestée par BOST elle-même. Le souci général de satisfaire le marché ghanéen, exprimé par son dirigeant, ne suffit pas à prouver un rationnement de carburant au détriment de deux États voisins. Il faut distinguer la formule prononcée lors de l’entretien, le volume effectivement expédié et le motif opérationnel communiqué ensuite par l’entreprise.
Bolgatanga, un maillon entre le littoral et le Sahel
BOST assure au Ghana des fonctions de stockage, de transport et de commercialisation de produits pétroliers. Son réseau relie les points d’entrée du sud aux dépôts intérieurs et aux corridors desservant le nord du pays. La déclaration du 18 septembre décrit le schéma utilisé en régime normal : conduites, barges et dépôts permettent d’acheminer les produits vers Bolgatanga à un coût compatible, selon l’entreprise, avec ses conditions commerciales. Pendant la rénovation de ce dépôt septentrional, elle dit maintenir des expéditions régionales par camions-citernes chargés à Tema. Ce trajet provisoire ne constitue donc pas, d’après sa propre version, un arrêt complet des exportations.
La place de Bolgatanga dans cette relation commerciale était documentée avant la controverse. Dans son rapport annuel 2024, BOST présentait ce dépôt comme point de transit d’une coopération envisagée avec la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures, la SONABHY. Une communication publiée par BOST le 28 mars 2025 relatait le renouvellement de leur partenariat et la création annoncée d’une équipe technique commune. Elle évoquait également les installations portuaires de Tema. Ces textes documentent une stratégie, pas son volume d’exécution. La SONABHY indique disposer du monopole légal d’importation et de stockage des hydrocarbures au Burkina Faso.
Des volumes publiés, des limites
Le communiqué de BOST du 18 septembre 2026 reconnaît explicitement une diminution observée des volumes exportés vers le Burkina Faso et le Mali. Il attribue principalement cette évolution aux travaux de Bolgatanga, affirme que les expéditions routières se poursuivent depuis Tema et annonce un retour à la pleine capacité régionale après la fin de la rénovation. L’entreprise indique qu’aucune considération politique, sécuritaire ou diplomatique n’a motivé la décision. Ces affirmations sont des déclarations directes de l’opérateur ; les calendriers de chantier, documents de chargement et relevés de douane n’accompagnent pas le communiqué.
Dans l’entretien du 16 septembre rapporté par Reuters, Afetsi Awoonor précisait que BOST aurait fourni environ la moitié des 80 000 tonnes demandées par le Burkina Faso pour juillet et août, soit quelque 40 000 tonnes selon ses propres chiffres. Il ajoutait que 10 000 tonnes auraient été expédiées au Mali, lequel aurait sollicité 40 000 tonnes supplémentaires pour août et septembre. Ces quantités sont attribuées au directeur général, sans confirmation indépendante par des bordereaux de livraison burkinabè ou maliens dans les sources examinées. Une demande commerciale n’est pas nécessairement un contrat signé, et les périodes citées pour le Mali ne sont pas exactement superposables : on ne peut donc pas convertir mécaniquement cette demande supplémentaire en « déficit » national.
Les statistiques de l’Autorité nationale du pétrole du Ghana, la NPA, fournissent une échelle historique distincte. Son rapport sur le premier semestre 2024 enregistrait 232 794 tonnes de produits raffinés exportés ou en transit vers les pays voisins ; le transit vers le Burkina Faso représentait 98 % de ce total selon ses catégories. Pour le quatrième trimestre 2025, son bulletin mentionnait 213 776 tonnes exportées ou en transit vers le Burkina Faso, le Togo et la Gambie réunis. Ces séries portent sur l’ensemble du secteur ghanéen, sur d’autres périodes et parfois sur des catégories « export » et « transit » réunies. Elles ne quantifient pas la baisse propre à BOST en août-septembre 2026 et ne prouvent pas que le Mali aurait perdu un fournisseur irremplaçable.
La logistique peut expliquer un recul sans pénurie nationale
Lorsque l’itinéraire de stockage et de transfert le plus efficace est perturbé, acheminer du carburant par camions depuis Tema peut renchérir la distribution ou diminuer temporairement le nombre de rotations. Cette explication est cohérente avec la localisation de Bolgatanga et avec le fonctionnement décrit par BOST. Elle demeure toutefois une analyse de plausibilité, car l’entreprise ne publie dans son communiqué ni la capacité ancienne et nouvelle du dépôt, ni les coûts comparés des deux itinéraires, ni le planning complet des travaux.
La différence entre livraison réduite et embargo est essentielle. BOST indique avoir maintenu le transport routier vers la région ; elle nie toute motivation diplomatique, politique ou sécuritaire. Aucun acte officiel ghanéen de restriction des exportations vers les deux pays n’a été produit dans les documents examinés. Cela n’établit pas que chaque client a obtenu les volumes souhaités, ni que les nouvelles conditions de transport étaient sans effet sur les prix. Cela empêche d’affirmer qu’Accra aurait choisi de sanctionner les gouvernements de l’Alliance des États du Sahel par l’énergie.
Une sécurité énergétique à construire avec les pays enclavés
Burkina Faso et Mali dépendent de voies de transit fiables pour accéder aux produits pétroliers importés. Contrats d’achat, réserves, entretien des dépôts, camions et diversité des corridors comptent autant que la relation diplomatique avec le voisin côtier. Les bénéfices du partenariat entre BOST et la SONABHY devront se vérifier dans les quantités livrées, les coûts et les stocks intérieurs. Pour les familles et les diasporas qui financent des activités économiques au Sahel, une hausse éventuelle du coût de transport serait concrète, mais elle n’est pas mesurée ici.
Les comptes et le chantier qui manquent à l’enquête
Il manque des relevés mensuels, par fournisseur et par destination, des chargements de BOST avant et pendant les travaux. Un tableau distinguant volumes demandés, commandés, payés, expédiés à Tema, reçus à Bolgatanga et effectivement livrés aux clients du Burkina Faso et du Mali permettrait de tester les chiffres évoqués dans l’entretien. Il faudrait aussi identifier la part des ventes de BOST dans les importations totales des deux pays : les chiffres historiques de la NPA ne remplissent pas cette fonction pour 2026.
BOST ne donne ni date précise de réouverture ni capacité certifiée du dépôt rénové. Coûts du trajet routier, éventuels arriérés et stocks ghanéens contemporains restent inconnus. Les chiffres anciens de la NPA ne peuvent servir à prouver une pénurie en septembre 2026.
La reprise annoncée sera le test de l’explication
Si le dépôt de Bolgatanga est remis en service comme annoncé et si la limitation technique est le facteur principal, les volumes régionaux de BOST pourraient remonter après la reprise de son réseau habituel, sous réserve de commandes et de conditions commerciales comparables. Une remontée constituerait un indice cohérent avec la version de l’entreprise ; elle ne démontrerait pas, à elle seule, qu’aucun autre facteur n’a pesé sur les expéditions de l’été 2026. Si la capacité est rétablie sans hausse des livraisons, il faudra examiner les contrats, les prix, les itinéraires concurrents et la demande effective.
Le fait solide est donc circonscrit : BOST reconnaît une baisse de ses exportations vers deux voisins sahéliens et dit continuer à les servir par la route. Son explication la plus récente pointe les travaux de Bolgatanga et écarte la thèse d’une pénurie ghanéenne à l’origine d’un rationnement. L’effet final sur les marchés burkinabè et malien reste à mesurer auprès des importateurs, des douanes et des consommateurs. La publication régulière de ces données transformerait une controverse sur les intentions en évaluation vérifiable de la sécurité énergétique régionale.
Les documents qui permettent de suivre le corridor
- BOSTenergies, communiqué « Clarifies Position on Reduction in Fuel Export Volumes to Burkina Faso and Mali », 18 septembre 2026.
- BOSTenergies, rapport annuel 2024, passages consacrés à la coopération avec la SONABHY et au transit par Bolgatanga.
- BOSTenergies, communication sur le renouvellement de la coopération avec la SONABHY, 28 mars 2025.
- Autorité nationale du pétrole du Ghana (NPA), Petroleum Downstream Industry Report, premier semestre 2024, section sur les exportations régionales.
- Autorité nationale du pétrole du Ghana (NPA), Petroleum Downstream Statistical Bulletin, quatrième trimestre 2025, tableau 11.
- Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), présentation institutionnelle de sa mission et de sa chaîne d’approvisionnement, consultée en septembre 2026.
- Déclaration directe distincte des documents institutionnels : entretien d’Afetsi Awoonor avec Reuters, 16 septembre 2026, pour les volumes qu’il rapporte.

