Un rendez-vous à Addis-Abeba donne un calendrier au rapprochement

L’Uruguay, qui exerce la présidence tournante de la Communauté des États latino-américains et caribéens — CELAC, figure parmi les coorganisateurs du quatrième Dialogue interrégional sur l’éducation et le développement, annoncé du 13 au 17 décembre 2026, au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba. L’Association des universités africaines confirme cette préparation aux côtés de la Commission de l’Union africaine, de l’Association des universités arabes et d’Obreal.

Cette participation donne une traduction institutionnelle au rapprochement défendu par Montevideo : des interlocuteurs sont identifiés, un rendez-vous est programmé et des domaines de travail sont définis. Elle ne constitue toutefois ni la tenue d’un sommet politique CELAC–Union africaine ni la preuve d’un programme de coopération intégralement financé. Les organisateurs présentent précisément la rencontre comme une étape destinée à transformer des orientations communes en instruments et en projets.

Pour les partenaires africains, l’examen porte donc sur ce passage entre dialogue et réalisation : quelle place dans les décisions, quelles ressources accessibles et quelles connaissances effectivement partagées ?

De Bogotá à Montevideo, un relais dans une relation déjà engagée

Le 21 mars 2026, à Bogotá, la Colombie a transmis à l’Uruguay la présidence tournante de la CELAC. Cette séquence comprenait un forum de haut niveau consacré aux relations avec l’Afrique. Elle place l’action uruguayenne dans la continuité d’un dialogue régional, plutôt qu’au commencement d’une relation entièrement nouvelle.

Dans son intervention, rapportée le 23 mars par Somos Uruguay, le président Yamandú Orsi présente le rapprochement avec l’Union africaine comme une priorité de cette présidence. Il propose de travailler à une agenda commun et à la concrétisation d’un premier sommet entre les deux ensembles. Il s’agit d’un objectif annoncé, non du compte rendu d’un sommet déjà organisé sous cette appellation.

Orsi rappelle également l’ouverture, en 2016, de la représentation uruguayenne à Addis-Abeba et auprès de l’Union africaine. Ce précédent diplomatique est distinct des mécanismes universitaires mobilisés aujourd’hui.

Le Dialogue sur l’éducation possède sa propre chronologie : sa note de présentation situe son lancement à Barcelone en 2022, puis ses trois premières éditions à Buenos Aires en 2023, Addis-Abeba en 2024 et Bogotá en 2025. L’Uruguay rejoint donc une démarche associant déjà plusieurs régions et catégories d’institutions.

Une coordination envisagée entre diplomatie, universités et recherche

Les conclusions du troisième Dialogue, datées du 6 novembre 2025, prévoient de consolider un mécanisme de coordination copiloté par la Commission de l’Union africaine, la présidence tournante de la CELAC et Obreal. Des associations universitaires et des agences de coopération ou d’éducation doivent y participer. Le document envisage aussi la préparation d’un plan d’action interrégional. Il expose une organisation à mettre en place, sans suffire à certifier son fonctionnement continu.

La programmation de décembre 2026 retient trois ensembles de travail : les transitions écologique et numérique, les réseaux de connaissances entre régions, puis l’inclusion et la cohésion sociale. Elle mentionne notamment la recherche, la formation professionnelle, les échanges universitaires et les liens entre établissements et territoires. Ces rubriques constituent des priorités de discussion, pas une liste de projets sélectionnés.

La méthode annoncée associe séances ministérielles et groupes opérationnels. Ceux-ci doivent préciser des actions, des responsables, des échéances et des besoins indicatifs en ressources. Cette dernière formulation est importante : évaluer les moyens nécessaires n’équivaut pas à disposer des crédits correspondants.

Le dispositif relie ainsi plusieurs niveaux de responsabilité. Une université peut élaborer une recherche, une administration faciliter sa réalisation et un partenaire contribuer à son financement, sans que leurs engagements soient interchangeables.

Financer une rencontre ne suffit pas à financer ses prolongements

La note préparatoire cite des partenaires comme le DAAD allemand, VLIR-UOS en Belgique, UNESCO-INRULED, le gouvernement de Catalogne et le Centre de recherches pour le développement international du Canada. Leur inscription dans le dispositif ne renseigne pas, à elle seule, le montant de leurs contributions ou les dépenses qu’ils prendraient en charge.

Cette diversité ne contredit pas nécessairement la dimension Sud-Sud. Le Bureau des Nations unies compétent définit la coopération triangulaire comme un partenariat conduit par des acteurs du Sud, soutenu par un pays développé ou une organisation multilatérale. Il précise également que la coopération Sud-Sud complète, plutôt qu’elle ne remplace, la coopération Nord-Sud. Ce cadre général n’établit toutefois pas le montage financier d’une initiative particulière.

L’analyse économique appelle donc plusieurs distinctions. Dans un projet hypothétique, financer les déplacements et l’interprétation permettrait de réunir les équipes. Financer ensuite des essais, l’accès aux équipements ou l’entretien d’une plateforme scientifique répondrait à d’autres besoins. Additionner ces dépenses sous une seule étiquette empêcherait de comprendre ce qui demeure disponible après la rencontre.

La répartition des décisions demanderait un examen parallèle : qui formule les questions de recherche, approuve les dépenses et autorise l’utilisation des résultats ? Le principe de maîtrise des initiatives par les partenaires du Sud figure dans la définition onusienne ; son application se vérifierait dans les conventions, et non dans le seul intitulé « Sud-Sud ».

Les institutions africaines interviennent comme organisatrices

L’Association des universités africaines présente explicitement sa participation comme un moyen de faire intervenir les établissements du continent dans la production mondiale des connaissances et dans les discussions sur l’enseignement supérieur. Sa place parmi les coorganisateurs est documentée ; l’influence effective de ses membres sur les projets futurs reste à examiner.

Cette association ne se confond pas avec la Commission de l’Union africaine, elle-même distincte de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement. L’architecture de l’UA répartit les responsabilités entre plusieurs organes. La présence de sa Commission dans une rencontre ne suffit donc pas à attribuer automatiquement un engagement financier identique à chaque État africain.

La circulation des connaissances pose aussi une question d’accès. Les conclusions de Bogotá accordent une place au multilinguisme, en mentionnant notamment le swahili, le zoulou, l’arabe, l’espagnol, le portugais et le français. Cette orientation est annoncée ; elle ne prouve pas que chaque activité disposera des moyens de traduction nécessaires.

La recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte, adoptée le 23 novembre 2021, fournit un autre repère : elle articule partage des connaissances, réduction des inégalités d’accès et respect des droits des détenteurs de savoirs. Elle reconnaît notamment des limites liées aux données personnelles et à certains savoirs autochtones. Ce texte éclaire les questions à poser aux projets, sans certifier leurs pratiques.

Enfin, l’Union africaine inscrit la participation des diasporas parmi ses objectifs. Pour ce dialogue précis, une enquête pourrait rechercher leur rôle dans la définition des sujets, les instances de suivi et les recherches. Une référence à l’héritage africain ne démontre pas, à elle seule, une participation aux décisions.

Le calendrier a évolué, les engagements détaillés restent à établir

La confrontation des documents révèle une modification concrète : les conclusions de novembre 2025 annonçaient la prochaine édition au Caire. L’invitation publiée pour 2026 et la note préparatoire indiquent désormais Addis-Abeba. Le lieu annoncé a donc changé ; les pièces consultées n’en expliquent pas les raisons. Il serait infondé d’attribuer ce changement à un désaccord ou à un problème de financement.

Le document de 2025 envisageait également un sommet UA–CELAC au premier semestre 2026. Les sources examinées ne permettent pas d’établir que cette perspective ait abouti sous cette forme. Le forum politique de mars et le Dialogue sur l’éducation annoncé pour décembre doivent conserver leurs dénominations propres.

Une autre limite concerne la mission uruguayenne en Éthiopie signalée dans une communication gouvernementale du 7 août 2026. Son compte rendu intégral n’a pas pu être consulté. L’extrait accessible renseigne l’objectif de rapprochement birégional, mais ne permet pas de certifier tous les entretiens, leurs participants ou d’éventuels accords annexés.

Au 18 septembre 2026, le corpus exploité ne fournit pas non plus de budget consolidé du partenariat, de ventilation des contributions par pays ou de liste définitive de projets financés. Cette absence dans les pièces consultées ne démontre pas l’absence de travaux préparatoires ; elle limite les conclusions sur leur exécution.

Après décembre, distinguer les projets lancés des résultats obtenus

Un premier scénario serait l’adoption de projets disposant de responsables, de moyens identifiés et d’un calendrier. Leur suivi pourrait alors porter sur des réalisations précises : formation effectivement ouverte, recherche engagée, équipement partagé ou dispositif d’échange utilisé. Ces éléments ne seraient pas encore une mesure complète de leurs conséquences économiques et sociales.

Une autre trajectoire serait celle de coopérations sectorielles avançant à des rythmes différents. Un réseau universitaire pourrait poursuivre ses travaux tandis qu’un autre attendrait son financement. L’évaluation devrait alors distinguer les projets, plutôt que leur attribuer un résultat commun à partir du seul rendez-vous diplomatique.

Une troisième possibilité serait la reconduction des échanges sans moyens suffisants pour certains prolongements. Il s’agit d’un risque à examiner, non d’un résultat déjà constaté. Les documents disponibles ne permettent pas de déterminer laquelle de ces trajectoires prévaudra.

Dans une recherche agricole hypothétique, compter les personnes présentes à un atelier renseignerait la participation. Vérifier qu’une méthode est ensuite utilisée, adaptée et maintenue par les équipes renseignerait une autre dimension. La disponibilité publique d’un résultat et la capacité locale à s’en servir doivent aussi être distinguées, comme le suggèrent les principes d’accès et de développement des capacités de l’UNESCO.

Le suivi pourra ainsi relier quatre étapes : une orientation commune, un engagement précis, une activité réalisée et un effet documenté.

Des documents de préparation, pas encore une évaluation indépendante

Le socle du dossier repose sur l’invitation de l’Association des universités africaines, la présentation du quatrième Dialogue et sa note préparatoire. Ces publications identifient les organisateurs et le programme annoncé. Elles proviennent toutefois d’acteurs associés au même processus : leur concordance ne constitue pas une évaluation indépendante de ses résultats.

Les conclusions du troisième Dialogue renseignent les intentions formulées en novembre 2025 et permettent de constater l’évolution du lieu annoncé. Le reportage de Somos Uruguay documente séparément les propos d’Orsi à Bogotá. Il ne remplace pas les conventions qui pourraient ensuite traduire ces orientations en engagements.

Les textes de l’Union africaine, de l’UNESCO et du Bureau des Nations unies pour la coopération Sud-Sud apportent des cadres institutionnels et méthodologiques. Ils ne certifient ni les financements ni les effets du partenariat étudié.

L’état documentaire permet donc d’établir un rôle uruguayen dans la préparation d’un dialogue associant institutions africaines et latino-américaines. Le compte rendu complet de la mission d’août, les engagements financiers et les résultats d’exécution demeurent les principales pièces manquantes.


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