Portrait éditorial généré de Patrick Herminie, séparé visuellement d’un studio audiovisuel et de journalistes seychellois fictifs.

La Rédaction · Seychelles

Un rapport de sélection arrive à la présidence, trois mois après la loi

Le 9 octobre 2026, un comité remet au président Patrick Herminie ses recommandations pour le nouveau conseil d’administration de la Seychelles Broadcasting Corporation. Le communiqué de State House recense 34 candidatures, 27 personnes présélectionnées et 25 auditionnées. Il annonce la prochaine sélection de quatre administrateurs parmi les candidats proposés. Cette étape rend concret le débat sur l’indépendance du diffuseur public : qui choisit ceux qui encadreront son fonctionnement ? [1]

Discuté sous le nom de SBC Bill 2026, le texte est désormais une loi. Le texte officiel certifie son adoption le 25 juin ; Patrick Herminie lui a donné son assentiment le 9 juillet. Le règlement de commencement fixe l’entrée en vigueur au 13 juillet. Au 11 octobre, l’actualité concerne donc la mise en œuvre de la réforme, et non un vote encore attendu ou intervenu durant ce mois. [2, 3]

Le poids des nominations peut fragiliser l’autonomie rédactionnelle sans ordre explicite de censure. Ce risque institutionnel ne prouve toutefois ni la suppression d’un reportage ni l’obéissance automatique des administrateurs au pouvoir.

La promesse gouvernementale associe modernisation et service public

Lors de la cérémonie du 9 juillet, le vice-président et ministre chargé de l’Information, Sebastien Pillay, défend un cadre destiné à renforcer la mission de la SBC. Son discours insiste sur les trois langues nationales, le soutien à la création seychelloise, le dialogue public et la place des enfants, du sport et de la culture. Il présente la réforme comme respectueuse de l’autonomie institutionnelle. Cette parole gouvernementale doit être prise au sérieux comme objectif déclaré, puis confrontée aux moyens retenus. [4]

La SBC explique elle-même que son mandat couvre la radio, la télévision et les plateformes numériques. Son historique rappelle le lancement de SBC+ en décembre 2024 et l’inauguration de ses nouveaux locaux à Union Vale le 1er mai 2026. Ces éléments montrent que la transformation des outils de diffusion avait commencé avant l’entrée en vigueur de la loi. La modernisation technique et la révision de la gouvernance suivent des trajectoires liées, mais distinctes. [5]

Les publics ont besoin d’une information utile, dans une langue comprise et sur un support accessible. La modernisation des équipements ne garantit ni l’autonomie des journalistes ni la qualité du service : ces deux dimensions devront être évaluées.

Quatre sièges présidentiels, mais huit voix délibératives

Le dispositif présenté par State House le 10 juillet confie au président la désignation d’un comité de trois personnes, chargé de proposer au moins sept candidats pour quatre sièges. Les autres représentants proviennent des professionnels des médias, de l’Assemblée nationale, de la plateforme citoyenne CEPS, du personnel de la SBC et du conseil interreligieux SIFCO. Le directeur général et son adjoint siègent également. Le conseil totalise ainsi onze membres. [6]

Le directeur général, son adjoint et le représentant du personnel ne votent pas. Les quatre sièges présidentiels représentent donc la moitié des huit voix. La personne présidant la séance départage les égalités. [2] Cette arithmétique explique le poids des nominations sans transformer les membres en blocs politiques automatiques : leur comportement devra être apprécié dans les décisions effectivement prises.

Le filtre indépendant change aussi de nature. Dans le dispositif de 2017, la Constitutional Appointments Authority intervenait pour plusieurs fonctions du conseil, notamment la présidence, la vice-présidence et l’expertise financière. Le comité de 2026 est désigné par le chef de l’État. L’enjeu est l’autonomie de la sélection préalable : diversifier les compétences des candidats et déplacer le pouvoir de choisir les sélectionneurs ne produisent pas nécessairement le même effet. [6, 7]

La nomination des dirigeants était déjà présidentielle, avec d’autres contrepoids

La nomination présidentielle du directeur général et de son adjoint existait déjà en 2017. Elle prévoyait une consultation du président de l’Assemblée et du Chief Justice, parmi les candidatures reçues par le conseil, pour cinq ans renouvelables. [7] En 2026, ces consultations explicites disparaissent et le mandat passe à trois ans renouvelables. [2] La réforme modifie donc des contrepoids autour d’un pouvoir de nomination existant.

La révocation d’un administrateur pour mauvaise conduite nécessite une enquête et un rapport de la Cour suprême. Des motifs énumérés permettent toutefois un ordre présidentiel direct, notamment une incapacité ou une violation établie de la charte. [2] Cette procédure ne peut être décrite comme un pouvoir de révocation entièrement discrétionnaire.

Un mandat plus court peut rendre le renouvellement plus déterminant dans la gestion, sans que cet effet soit acquis. Les critères de choix, les motifs des départs et le contrôle exercé par le conseil permettront d’apprécier les contrepoids en pratique.

L’indépendance demeure une obligation, jusque dans le contenu des programmes

La SBC rappelle sur son site la portée de l’article 168 de la Constitution : les médias audiovisuels appartenant à l’État ou soutenus par des fonds publics doivent pouvoir fonctionner à l’abri de l’influence étatique et politique, et permettre l’expression de points de vue divergents. Le financement public ne donne donc pas, dans ce cadre, un droit général au gouvernement de diriger l’information. Cette exigence constitue le point de référence du débat. [5]

L’article 7 interdit l’ingérence éditoriale, y compris ministérielle, sous peine maximale de 300 000 roupies seychelloises d’amende ou deux ans d’emprisonnement. [2] L’analyse doit tenir ensemble cette protection des contenus et le poids présidentiel dans le choix des responsables. Ces deux dimensions peuvent produire des tensions, sans que la loi autorise pour autant des consignes politiques sur un reportage.

L’effectivité de ces garanties dépendra du traitement des pressions et des plaintes. Les journalistes devront pouvoir les invoquer sans subir de coût professionnel disproportionné ; le public devra comprendre les réponses apportées. Ce contrôle exige des faits.

La contestation vient aussi de l’intérieur du diffuseur

Dans un communiqué reproduit le 8 juin par Broadcast Media Africa, le conseil de la SBC soutient la modernisation, mais conteste plusieurs choix du projet. Il demande des nominations transparentes, une sélection fondée sur les compétences et des protections contre l’influence de l’exécutif. Il souligne aussi que certaines mesures présentées comme nouvelles existaient déjà dans les règles ou dans les pratiques de la société. Cette critique est celle d’un acteur seychellois directement concerné, pas uniquement celle d’organisations étrangères. [8]

Le 23 juin, le Committee to Protect Journalists annonce sa participation à une démarche commune avec la Public Media Alliance et six autres organisations. Leur lettre au vice-président demande de suspendre l’examen pour consulter davantage la SBC, la Seychelles Media Commission et la société civile. L’intervention porte alors sur le projet. Elle exprime une alerte sur les protections institutionnelles ; elle ne constitue pas une décision de justice constatant une violation constitutionnelle. [9]

Après l’assentiment présidentiel, la Public Media Alliance reconnaît des révisions positives tout en maintenant ses réserves. Sa publication du 17 juillet appelle encore à des assurances supplémentaires pour l’indépendance. La position a donc évolué avec le texte. Une lecture rigoureuse doit confronter les critiques de juin aux dispositions finalement adoptées, au lieu de présenter toutes les versions du projet comme identiques. [10]

L’épreuve décisive sera celle des budgets, des choix et des réponses publiques

L’article 20 combine crédits parlementaires, recettes commerciales encadrées et autres ressources autorisées. [2] Le conseil sortant craignait, en juin, la perte d’une garantie explicite de transfert des fonds approuvés. [8] Pour les journalistes, la prévisibilité des moyens compte autant que leur montant : une enquête exige du temps, des déplacements et la possibilité de maintenir une équipe malgré ses sujets sensibles.

Une charte éditoriale contraignante doit être adoptée dans les six mois de la première nomination du conseil. [2] Son usage fournira un test des garanties annoncées. Rendre les critères de recrutement accessibles et expliquer les décisions importantes aiderait aussi à mesurer l’autonomie de l’institution autrement que par des déclarations.

Interrogée le 9 octobre par Seychelles News Agency, Marie Claire Marie, présidente du comité de sélection, décrit une grille d’entretien prenant en compte qualifications, expérience et compétences. Le rapport remis marque l’achèvement de son travail ; la décision présidentielle sur les nominations reste à suivre. La qualité de cette méthode devra pouvoir être appréciée à partir de résultats suffisamment transparents, sans divulguer les données privées des candidats. [11]

La réforme associe sélection présidentielle, représentation sociale diversifiée et obligations d’indépendance. Son épreuve sera quotidienne : les journalistes pourront-ils poser des questions embarrassantes, les diffuser et protéger ce choix lorsqu’il déplaît ? Les citoyens jugeront les promesses à cette pratique du service public.

Loi finale, ancien cadre et prises de position documentées

[1] Présidence des Seychelles. Select Committee Presents SBC Board Recommendations to President Herminie. 9 octobre 2026. Remise des recommandations ; ne constitue pas l’annonce des nominations définitives.

[2] Official Gazette — République des Seychelles. Seychelles Broadcasting Corporation Act, 2026 — Act 12 of 2026. Adoption le 25 juin ; assentiment le 9 juillet ; publication le 13 juillet 2026. Texte final, notamment articles 7 à 14 et 20.

[3] Official Gazette — République des Seychelles. Seychelles Broadcasting Corporation (Commencement) Notice, 2026 — S.I. 59. 13 juillet 2026. Fixe l’entrée en vigueur au 13 juillet.

[4] Présidence des Seychelles — Sebastien Pillay. Ceremony to assent the Seychelles Broadcasting Corporation Act, 2026 — Remarks by the Vice President. 9 juillet 2026. Argumentaire gouvernemental.

[5] Seychelles Broadcasting Corporation. About Us — Mandate, governance and institutional history. Page consultée le 11 octobre 2026. Présentation institutionnelle actualisée et rappel de l’article 168 de la Constitution.

[6] Présidence des Seychelles. President Appoints Select Committee to Recommend Candidates for the Seychelles Broadcasting Corporation Board. 10 juillet 2026. Composition du comité et procédure annoncée, à compléter par les droits de vote définis dans la loi.

[7] République des Seychelles — texte hébergé par la SBC. Seychelles Broadcasting Corporation (Amendment) Act, 2017. 2017. Ancien régime de nomination et durée des mandats exécutifs.

[8] Conseil d’administration de la SBC — communiqué reproduit par Broadcast Media Africa. SBC Board Expresses Concerns Over Proposed Seychelles Broadcasting Corporation Bill 2026. Reproduction le 8 juin 2026. Réserves sur le projet, antérieures à l’adoption.

[9] Committee to Protect Journalists. CPJ joins coalition opposing Seychelles Broadcasting Corporation Bill. 23 juin 2026. Démarche collective et demande de consultation.

[10] Public Media Alliance. The PMA Update — Reaction as SBC bill becomes law. 17 juillet 2026. Publication de l’organisation reconnaissant des révisions et maintenant des réserves.

[11] Seychelles News Agency — Joshua Marie. Seychelles President receives recommendations for new SBC board from select committee. 9 octobre 2026. Propos de Marie Claire Marie sur la méthode de sélection.

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