Une ancienne controverse ne fait pas une nouvelle loi
Au 23 septembre 2026, les pièces consultées n’établissent aucune nouvelle exemption générale du salaire minimum pour les étrangers en Corée du Sud. La proposition parlementaire portée par Cho Jung-hun en mars 2023 est devenue caduque à la fin de la législature. La modification légale publiée en avril 2026 concerne les références aux inspecteurs du travail. Elle n’instaure pas un salaire minimal distinct selon la nationalité. Cette chronologie modifie la lecture d’un débat souvent présenté comme toujours identique. [1–2]
La date de septembre apparaît notamment sur une fiche de discussion en anglais qui reprend la controverse autour des aides à domicile philippines. Ce document pédagogique peut servir à organiser un débat ; il ne prouve ni un vote parlementaire ni une décision municipale nouvelle. La situation doit être reconstruite à partir des textes et des décisions intervenues entre-temps. [3]
L’enjeu reste concret : qui doit supporter le coût de la garde des enfants et du travail domestique ? Les ménages, la collectivité, les entreprises de services et les personnes migrantes n’ont pas les mêmes intérêts. Une baisse du prix peut venir d’une subvention ou transférer la contrainte financière vers la personne qui travaille.
La frontière juridique passe par la relation d’emploi
La loi coréenne sur le salaire minimum prévoit un champ général couvrant les entreprises employant des salariés, avec des exclusions déterminées. Parmi celles-ci figurent les employés domestiques directement engagés par un ménage et les entreprises ne faisant travailler que des parents cohabitants. L’exclusion domestique est ancienne et ne vise pas les étrangers en tant que tels. Le secteur d’activité, la réalité du contrat et l’identité de l’employeur sont donc essentiels. [1]
Pour 2026, le Conseil du salaire minimum publie un taux national de 10 320 wons par heure. Son équivalent mensuel officiel de 2 156 880 wons repose sur 209 heures rémunérées. Ce repère ne signifie pas qu’un emploi à temps partiel produit automatiquement ce revenu mensuel. Il ne se confond pas davantage avec le prix d’un service payé par une famille, qui peut comprendre d’autres coûts. [4]
Le guide officiel Easylaw, actualisé le 15 septembre 2026, précise que les salariés des organismes de services domestiques agréés ne relèvent pas de cette exclusion. Ils bénéficient du minimum et de protections assorties de règles particulières. Employer une personne pour un ménage et employer cette même personne par une agence agréée ne produit donc pas le même cadre juridique. [5]
Le projet de 2023 promettait une garde moins coûteuse
Déposé le 22 mars 2023 par Cho Jung-hun et dix autres parlementaires, le projet numéro 2120819 proposait une expérimentation de trois à cinq ans permettant une exemption pour des travailleurs domestiques étrangers. Son exposé des motifs mettait en avant la charge des familles où les deux parents travaillent, les interruptions de carrière des femmes et la faible natalité. Le registre officiel indique sa caducité à la fin du mandat parlementaire. Une proposition déposée, même très commentée, n’est pas une disposition adoptée. [2]
Le pilote annoncé par Séoul et le ministère du Travail le 17 juillet 2024 concernait cent personnes philippines, employées par des organismes prestataires sous visa E-9. Il prévoyait l’application du salaire minimum coréen et des services à partir de septembre. La controverse sur une dérogation ne doit donc pas être confondue avec les conditions du programme réellement retenu. [9]
Les Philippines ont aussi posé leurs conditions. Dans une déclaration écrite transmise par leur ambassade au Korea Times en septembre 2024, leurs autorités rappellent que l’égalité de traitement et le minimum coréen constituaient des éléments importants du pilote. Cette intervention montre que le pays d’origine et ses travailleurs ne sont pas de simples variables du débat démographique coréen. Le journal publie une réponse diplomatique ; il ne constate pas une décision juridictionnelle. [10]
En 2025 les positions et les programmes ont changé
Le procès-verbal du conseil de Séoul du 12 juin 2025 apporte une correction majeure. Oh Se-hoon, maire lors de cette séance, explique avoir révisé son idée d’une main-d’œuvre étrangère très bon marché. Il estime plus durable de verser au moins le minimum coréen et d’inscrire l’accueil dans une perspective d’intégration. Il reste favorable à un apport migratoire, mais sa position ne peut plus être résumée sans date à une demande de rémunération réduite. [6]
Un programme distinct, annoncé en mars 2025 par Séoul et le ministère de la Justice, prévoyait des contrats privés entre familles et résidents étrangers déjà présents, titulaires de certains visas d’études, de recherche d’emploi ou familiaux. La ville organisait notamment le rapprochement des demandes, la formation et le soutien ; la Justice vérifiait le séjour et les autorisations. Cette architecture d’emploi direct était différente du recrutement par des entreprises prestataires. L’annonce n’autorise pas à supposer que tous les étrangers pouvaient y participer. [8]
Ce second pilote a été arrêté en 2025. Hankook Ilbo rapporte le 7 septembre une réponse du ministère de la Justice à la députée Jeon Hyeon-hui invoquant les critiques du régime salarial, la faible participation et les conditions locales. La copie intégrale de la réponse n’a pas été obtenue : l’information reste attribuée au quotidien qui la publie. Le maintien du communiqué de lancement en ligne ne prouve pas la poursuite du programme. [11]
Enfin, le 22 décembre 2025, le ministère du Travail décide de ne pas transformer le pilote des aides à domicile étrangères en programme permanent et de ne pas faire venir de nouveaux personnels dans ce cadre. Il prévoit cependant que les personnes déjà présentes puissent bénéficier des prolongations applicables aux travailleurs E-9. L’arrêt d’une expansion et la continuité des droits des participantes sont deux décisions compatibles. Le communiqué ne dit pas que toutes doivent immédiatement quitter le pays. [7]
Le salaire horaire ne raconte pas toute la journée de travail
Au conseil municipal de juin 2025, l’élue Aisulu conteste les appréciations favorables du pilote et rapporte des difficultés concernant les horaires, le périmètre des tâches et l’encadrement. L’administration répond notamment que les revenus varient avec les heures travaillées et qu’un manuel a précisé les missions. Ces échanges établissent une contradiction publique. Les témoignages rapportés par l’élue ne sont ni des entretiens réalisés pour cet article ni, à eux seuls, une enquête représentative de toutes les participantes. [6]
Pour apprécier un emploi domestique, le taux horaire doit être rapproché du nombre d’heures garanties, des trajets entre ménages, des interruptions, des retenues et du logement. Une personne peut percevoir un taux conforme tout en disposant d’un revenu mensuel insuffisant si les heures sont rares. Inversement, un prix élevé facturé à une famille ne démontre pas que la totalité revient au salarié. Ces distinctions permettent d’examiner à la fois l’accès au service et la qualité de l’emploi.
Une coalition de défense des travailleurs migrants du ménage et du soin demande, dans une déclaration du 16 juillet 2025, le retrait du pilote de la Justice et la fin de l’exclusion domestique du droit du travail. Elle critique l’insécurité des contrats et la dévalorisation du soin, tout en défendant les personnes déjà présentes. Il s’agit d’une position collective, pas d’une opposition à toute immigration ni d’un bilan statistique indépendant. [12]
Pour les Africains de Corée la nationalité ne suffit pas à déterminer le droit
L’intérêt pour les diasporas africaines tient aux règles qui organisent l’emploi des résidents étrangers. Une personne originaire d’Afrique peut être concernée comme salariée, étudiante autorisée à travailler ou membre d’une famille, mais ces situations ne sont pas interchangeables. Le communiqué municipal de mars 2025 définit des catégories de visas ; il ne crée pas une catégorie africaine et ne documente pas de recrutement africain dans le pilote philippin. [8]
Aucune donnée obtenue pour cet article ne mesure un effet propre de cette controverse sur les salaires ou l’accès à l’emploi des Africains en Corée. Il serait donc infondé de leur attribuer collectivement une baisse de rémunération, ou de présenter les participantes philippines comme représentatives de toutes les migrations. La portée africaine est différentielle : des règles communes peuvent produire des situations variées selon le contrat, le séjour, les horaires et les possibilités d’obtenir assistance.
Une perspective centrée sur les personnes migrantes examine aussi leur capacité à comparer les offres et à négocier. Les économies réalisées par une famille ne constituent pas l’unique indicateur de réussite. La stabilité du revenu, la lisibilité des documents, la compréhension des tâches et la possibilité effective de quitter un emploi problématique seraient des critères tout aussi nécessaires. Ils permettraient d’évaluer une politique d’accueil sans réduire les travailleurs à un instrument de réduction des coûts.
La prochaine décision devra être évaluée sur ses règles et ses résultats
Les documents disponibles dessinent un paysage plus nuancé qu’une exemption générale en préparation permanente : un projet parlementaire caduc, une exclusion domestique préexistante, des expériences administratives distinctes et une expansion du pilote E-9 écartée fin 2025. Aucun de ces éléments ne permet d’annoncer une loi nouvelle le 23 septembre 2026. Les conditions précises d’un futur dispositif devraient être recherchées dans un texte identifiable et daté.
La question durable est celle du partage du coût social du soin. Le dossier séoulien montre pourquoi une controverse doit être suivie au-delà de sa formule initiale : les positions évoluent et les décisions administratives peuvent fermer une voie tout en maintenant les droits des personnes déjà engagées. Pour les travailleurs migrants comme pour les familles, l’information utile commence par un contrat réel, une règle applicable et un interlocuteur responsable.
Les textes qui permettent de distinguer projets et décisions
[4] Conseil coréen du salaire minimum, montants officiels applicables en 2026.
[9] Ville de Séoul, annonce du pilote de cent aides à domicile philippines, 17 juillet 2024.

