Le vote du 22 octobre 2026 achève l’investiture du gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri. Il donne une assise parlementaire à son programme, sans préjuger de sa mise en œuvre. La suite se jouera dans les lois, les budgets et le contrôle des résultats annoncés aux citoyens.
Le programme franchit le seuil constitutionnel
La Chambre des représentants a approuvé le programme gouvernemental par 204 voix pour et 127 contre, le 22 octobre 2026. Le communiqué parlementaire situe le vote après la réponse de Fatima Ezzahra El Mansouri aux interventions des groupes, du groupement parlementaire et des députés non apparentés. La séance était présidée par Ahmed Touizi. [1]
Le portail de la cheffe du gouvernement confirme ce résultat et l’octroi de la confiance. Il s’agit d’une étape juridique définie, qui permet de distinguer la nomination de l’équipe de son investiture parlementaire. L’approbation du programme n’est cependant pas l’adoption anticipée de toutes les lois ou de toutes les dépenses nécessaires à son exécution. [2]
Le scrutin établit un soutien suffisant à cette date. Il ne démontre ni un accord unanime sur chaque réforme ni la solidité future de chaque alliance. Pour comprendre ce qui commence, il faut lire ensemble le calendrier institutionnel, le contenu annoncé et les instruments dont disposera le Parlement pour suivre l’action gouvernementale.
De la nomination royale à la séance du 22 octobre
Le 29 septembre, Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement et l’a chargée de former une équipe, selon le communiqué royal publié sur le portail gouvernemental. Le texte invoque l’article 47 de la Constitution. Cette désignation ouvre une phase de formation du gouvernement ; elle ne remplace pas la procédure de confiance. [3]
Un communiqué daté du 12 octobre, relayé le lendemain par Maroc.ma, annonce une majorité réunissant le Parti authenticité et modernité, l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme. Ses auteurs présentent une volonté de cohérence politique. Il s’agit de leur engagement commun, dont la durée et les effets devront être observés. [4]
La cérémonie de nomination des membres du gouvernement a eu lieu le 16 octobre. Le programme a ensuite été présenté devant les deux Chambres réunies le 19 octobre. Le calendrier parlementaire du 22 prévoyait une séance de discussion le matin, puis la réponse de la cheffe du gouvernement et le vote en fin de journée. [5, 6, 7]
Ces actes ont des fonctions différentes : désigner la responsable, constituer l’équipe, exposer une orientation puis obtenir la confiance. Les confondre ferait disparaître le rôle propre de la Chambre des représentants.
La majorité requise porte sur les membres de la Chambre
L’article 88 de la Constitution prévoit une présentation devant les deux Chambres, un débat dans chacune et un vote à la Chambre des représentants. L’investiture exige la majorité absolue des membres qui composent cette dernière, et non la majorité des seuls députés présents ou des suffrages exprimés. [8]
L’annuaire parlementaire de la législature 2026–2031 indique 395 membres. Sur cette base, la majorité absolue correspond à 198 voix : c’est un calcul à partir de l’effectif publié et de la règle constitutionnelle. Le résultat favorable annoncé franchit ce seuil. [9]
Les deux catégories de votes publiées totalisent 331 suffrages. Leur écart avec l’effectif de la Chambre ne permet pas de répartir les 64 autres membres entre absence, abstention ou toute autre situation. Il faudrait, pour cela, le relevé détaillé de la séance et des votes. Aucune interprétation politique de ce solde n’est justifiée par les seuls chiffres disponibles.
Cette précision limite aussi les lectures de la discipline partisane. Une comparaison entre l’effectif annoncé d’une coalition et les voix favorables ne permet pas d’identifier des défections individuelles sans vote nominatif et sans connaître les conditions de participation.
Le programme doit maintenant devenir une action vérifiable
Dans sa présentation du 19 octobre, telle que la rapporte le portail officiel, la cheffe du gouvernement met l’accent sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation, les soins, le logement et les disparités territoriales. Elle reconnaît que les bénéfices du développement ne sont pas répartis également entre catégories sociales et régions. Ce diagnostic et ces priorités sont ceux de l’exécutif ; ils ne constituent pas encore un bilan de son action. [10]
Le passage d’un programme à une politique exige plusieurs opérations : définir les bénéficiaires, préciser les responsabilités, fixer les moyens et rendre les résultats observables. Un engagement peut nécessiter une loi, un règlement, un financement ou une réorganisation administrative. Le vote de confiance ne dispense d’aucune de ces étapes.
La coordination sera particulièrement importante lorsque plusieurs ministères ou collectivités interviennent dans un même service. Une école, un centre de santé ou un programme d’emploi ne dépend pas seulement de l’annonce d’un crédit. Il faut aussi des personnels, des procédures et une organisation qui permettent au service de fonctionner.
Pour les citoyens, le contrôle devient concret lorsque les engagements sont accompagnés d’échéances et d’indicateurs compréhensibles. Le nombre d’opérations lancées doit pouvoir être distingué du nombre de prestations effectivement délivrées et de leur qualité.
La coalition gouverne dans un Parlement où l’opposition conserve un rôle
La liste des groupes publiée par la Chambre le 14 octobre classe notamment le Rassemblement national des indépendants, Justice et développement, le groupe haraki et l’Alliance de la gauche parmi les composantes d’opposition. La publication attribue aussi des responsabilités de commissions à des députés issus de plusieurs de ces groupes. Le fonctionnement parlementaire ne se réduit donc pas au seul décompte du vote de confiance. [11]
La Constitution confie au Parlement le vote des lois, le contrôle de l’action gouvernementale et l’évaluation des politiques publiques. Elle reconnaît également la participation de l’opposition aux fonctions de législation et de contrôle. L’approbation du programme n’efface pas ces missions. [8]
Le débat doit permettre d’examiner les choix et leurs conséquences sans transformer le résultat d’un scrutin institutionnel en certificat d’efficacité. La majorité peut soutenir une orientation tout en demandant des corrections dans son application ; l’opposition peut contester des moyens ou des résultats en proposant des modifications précises.
Le programme évoque aussi la sécurisation des besoins en eau, énergie et alimentation, ainsi que la capacité du pays à tirer parti de son insertion africaine et internationale. L’autonomie recherchée se mesurera notamment aux compétences acquises, à la continuité des approvisionnements et à la valeur créée localement. Ces critères donnent un contenu vérifiable à une ambition politique, sans en présumer la réussite. [10]
Le résultat du vote est établi, son interprétation détaillée reste limitée
Les communiqués du Parlement et du gouvernement concordent sur la date et sur le résultat. La fiche parlementaire de séance signale un procès-verbal, mais ce document n’a pas été consulté intégralement. Les pièces disponibles ne permettent donc pas d’attribuer chaque vote, de qualifier toutes les positions individuelles ou de reconstituer les motifs de chaque député. [1, 12]
Le corpus retenu pour cet article repose surtout sur des publications institutionnelles. Il restitue avec précision la procédure, mais ne remplace pas l’ensemble des interventions de la majorité et de l’opposition. Les critiques de fond ne doivent pas être inventées à partir du seul nombre de voix contre.
La présentation générale du programme ne fournit pas, dans les extraits retenus, une évaluation indépendante et complète du coût de chaque engagement. Il reste à rapprocher les objectifs des lois adoptées, des budgets effectivement exécutés et des rapports de contrôle. Sans cette confrontation, on ne peut classer les promesses entre réalisables et irréalisables avec une certitude suffisante.
La présence d’une femme à la tête du gouvernement est explicitement mise en avant dans les communications politiques. Elle ne permet pas, à elle seule, de déduire les effets futurs des politiques publiques sur la situation des femmes. Ceux-ci demanderont une analyse propre des décisions, des moyens et des bénéficiaires. [4]
La confiance ouvre une période d’exécution et de reddition des comptes
Si les membres de la coalition maintiennent une coordination effective, le gouvernement pourrait disposer d’une continuité suffisante pour faire examiner ses textes. Cela ne garantit pas la qualité des mesures ni l’absence de modifications au Parlement. Chaque dossier devra être jugé sur son contenu et sur les conditions de son application.
Si les désaccords se concentrent sur la répartition des ressources ou sur le calendrier, leur traitement devra apparaître dans les arbitrages et les votes. Le résultat du 22 octobre ne permet pas de prévoir de telles tensions ni leur issue. Il fournit seulement le point de départ institutionnel.
Les premiers éléments d’évaluation seront les décisions effectivement prises, les financements mobilisés, la publication de critères de mise en œuvre et les réponses apportées aux demandes de contrôle. Les résultats sociaux, territoriaux ou productifs nécessiteront ensuite davantage de temps et des données comparables.
Au 7 novembre 2026, la confiance parlementaire est acquise dans les documents consultés. La question suivante n’est plus celle de l’investiture, mais celle de la transformation d’un programme approuvé en services, en droits et en capacités dont les effets pourront être vérifiés.
Les pièces qui établissent l’investiture et son cadre
[1] Chambre des représentants, communiqué sur l’adoption du programme gouvernemental, 22 octobre 2026.
[2] Portail de la cheffe du gouvernement, publication du résultat du vote de confiance, 22 octobre 2026.
[3] Ministère de la Maison royale, communiqué de nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri, 29 septembre 2026, publié sur le portail gouvernemental.
[4] Communiqué des quatre partis annonçant leur majorité, 12 octobre 2026 ; reprise MAP publiée par Maroc.ma le 13 octobre.
[5] Portail Maroc.ma, compte rendu de la cérémonie de nomination des membres du gouvernement, 16 octobre 2026.
[6] Cheffe du gouvernement, présentation du programme devant les deux Chambres, 19 octobre 2026.
[7] Chambre des représentants, calendrier des séances de discussion et de vote du 22 octobre 2026.
[8] Constitution du Royaume du Maroc de 2011, notamment articles 60, 70 et 88, texte publié par le Secrétariat général du gouvernement.
[9] Chambre des représentants, annuaire des membres de la législature 2026–2031.
[10] MAP, compte rendu de la présentation du programme par Fatima Ezzahra El Mansouri, 19 octobre 2026, publié par Maroc.ma.
[11] Chambre des représentants, publication de la liste des groupes et des responsabilités parlementaires, 14 octobre 2026.
[12] Chambre des représentants, fiche de la séance n° 6 du 22 octobre 2026, résultat indexé ; procès-verbal signalé mais non lu intégralement. État documentaire au 7 novembre 2026.

