Illustration de synthèse : photomontage de Brice Clotaire Oligui Nguema avec des installations fictives d’eau et d’électricité dans un paysage gabonais.Illustration de synthèse : photomontage éditorial, sans représentation d’un événement réel.

AFR-009 — Illustration de synthèse : photomontage éditorial de Brice Clotaire Oligui Nguema, associé à une scène fictive et conceptuelle ; sans représentation d’un événement réel.

Article actualisé le 30 octobre 2026. La date de première publication est conservée.

Deux services essentiels ne peuvent attendre la fin d’une réorganisation

Le 15 octobre 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema a demandé au gouvernement gabonais d’accélérer la séparation des activités de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Le communiqué présidentiel évoque aussi une spécialisation des acteurs entre production, transport, distribution et commercialisation. Il formule une orientation politique ; il ne constate pas que la transformation opérationnelle est achevée. [1]

Pour les usagers, l’enjeu immédiat reste la continuité de l’eau et de l’électricité. Une réforme peut clarifier les responsabilités et rendre les coûts plus lisibles. Pendant sa mise en œuvre, elle doit néanmoins préserver la maintenance, la gestion des incidents et le fonctionnement de la facturation. Un changement d’organisation qui désoriente les agents ou les abonnés peut retarder les effets attendus.

La question centrale est donc celle du passage entre deux systèmes. Qui répondra d’une interruption, qui financera la réparation et sur quel bilan seront inscrits les investissements nécessaires ? La réponse doit être assez précise pour fonctionner au guichet, dans une équipe d’intervention et dans les comptes publics.

De juin à octobre, une réforme annoncée selon plusieurs niveaux

Le Conseil des ministres du 25 juin a examiné et adopté deux projets de loi relatifs à La Gabonaise des Eaux et à Électricité du Gabon. Le communiqué présente des sociétés d’économie mixte chargées d’assurer des services publics pour le compte de l’État. L’adoption gouvernementale de ces projets ne se confond pas avec leur promulgation ni avec la reprise effective de l’exploitation. [2]

La réforme s’inscrit aussi dans une succession de modes de gestion. Le communiqué du Conseil des ministres du 30 mai 2025 annonçait la fin, à compter du 28 mai, de l’administration provisoire instaurée en août 2024 et le retour aux organes sociaux réguliers de la SEEG. Ce précédent situe la réorganisation dans son histoire institutionnelle ; il ne permet pas d’attribuer à une seule décision les performances ultérieures. [9]

Le 31 juillet, le ministre Philippe Tonangoye a présenté aux administrateurs et actionnaires une feuille de route comportant vingt actions prioritaires. Le calendrier annoncé prévoit la poursuite des affaires courantes par la SEEG jusqu’au 31 décembre 2026, puis l’entrée en activité des deux nouvelles entités au 1er janvier 2027. Il s’agit d’une échéance annoncée, encore future à la date de cette enquête. [3]

Il faut aussi distinguer deux mouvements. Séparer l’eau de l’électricité consiste à organiser deux secteurs. Spécialiser la production, le transport, la distribution et la commercialisation revient à répartir des fonctions à l’intérieur de leurs chaînes de service. L’instruction d’octobre ne décrit pas une société nouvelle pour chacun de ces métiers. [1] Le nombre d’opérateurs, leurs liens contractuels et leurs responsabilités devront être établis par les actes d’application pertinents.

Les discussions bancaires montrent que le passif reste un dossier central

Le 22 septembre, le gouvernement a réuni l’Association professionnelle des établissements de crédit autour de la scission. Sa communication mentionne une structure de défaisance envisagée, un mécanisme de titrisation et la circularisation des encours bancaires. Cette dernière opération vise à consolider les engagements auprès des banques ; elle ne constitue pas un effacement de dette. [4]

Une structure séparée peut recevoir certains actifs ou passifs pour faciliter la réorganisation. La dette déplacée doit cependant toujours être traitée : un débiteur, une source de remboursement et des conditions restent nécessaires. De même, transformer une créance en titre financier modifie son organisation ou sa circulation, mais ne supprime pas la charge économique correspondante. Les effets dépendront du montage finalement retenu.

La feuille de route de juillet prévoit aussi la certification des comptes des cinq derniers exercices et la clarification des actifs, passifs, contrats et systèmes d’information. [3] Ces travaux doivent permettre de savoir ce que chaque future entité possède, doit et peut encaisser. Sans répartition documentée, un bilan d’ouverture apparemment plus léger pourrait masquer une charge reportée sur une autre société, sur le budget ou sur des paiements futurs.

La séparation ne répare ni une canalisation ni une centrale

Le communiqué du Conseil des ministres du 8 octobre annonce la livraison de neuf turbines, d’une capacité cumulée de 255 mégawatts. Il prévoit une mise en service à la mi-novembre pour les équipements d’Akournam et de Port-Gentil. Le document évoque également Kinguélé Aval, de 35 mégawatts, dont l’exploitation demeure subordonnée à des autorisations. Ces annonces décrivent des équipements et un calendrier, pas une disponibilité déjà garantie au consommateur. [5]

Le diagnostic territorial ne se réduit pas à Libreville. Dans sa communication du 5 février 2026, la Banque mondiale indiquait un accès aux services d’eau de base de 90 % en zone urbaine contre 55 % en zone rurale, et un accès à l’électricité de 94 % contre 29 %. Elle signalait aussi des interruptions fréquentes. Ces données, attribuées au bailleur et datées, ne mesurent pas les effets de la réforme d’octobre. [10]

Cet exemple éclaire la limite d’une réforme institutionnelle prise isolément. Produire davantage ne suffit pas si l’énergie ne peut être acheminée correctement ou si la maintenance n’est pas financée. Pour l’eau, la qualité du captage, du traitement, du stockage et de la distribution doit rester cohérente. La séparation comptable peut rendre les responsabilités visibles ; elle ne remplace ni les pièces, ni les équipes, ni les investissements.

La spécialisation crée également des interfaces à organiser. Si un producteur vend à un distributeur, les contrats doivent préciser les volumes, la qualité, les paiements et les obligations en cas de défaillance. Pour l’usager, cette complexité doit rester gérable : un incident ne peut être résolu si chaque intervenant renvoie systématiquement la responsabilité au suivant. La coordination technique et la capacité d’arbitrage sont donc aussi importantes que l’organigramme.

Les droits des usagers et les compétences des agents ont déjà des appuis

Les lois sectorielles de 2023 donnent un cadre à la discussion tarifaire. Pour l’eau comme pour l’électricité, elles prévoient une détermination des tarifs par voie réglementaire en tenant compte de l’équilibre financier, de l’équité et des coûts du service. La loi sur l’eau prévoit aussi des règles relatives aux réclamations et aux usagers vulnérables. Ces dispositions ne fixent pas, à elles seules, les factures des futures sociétés. [6][7]

L’article 23 de la loi n° 011/2023 sur l’eau fournit un point de contrôle plus précis : il énonce notamment la non-discrimination, le traitement des réclamations de surfacturation dans un délai de trente jours et la transmission périodique d’informations au régulateur. L’existence de ces obligations dans le texte ne démontre pas leur application uniforme sur le terrain. [6]

Rendre les comptes plus transparents peut faire apparaître des coûts jusque-là peu lisibles. Cela n’impose pas mécaniquement de les reporter intégralement sur les ménages. Une politique de soutien peut être décidée, mais elle doit identifier ses bénéficiaires, son financement et son coût. Une protection annoncée sans ressource risque d’affaiblir l’entretien ; une hausse sans examen des revenus peut éloigner des usagers du service.

Le gouvernement rapporte par ailleurs qu’une rencontre présidentielle avec le personnel, le 29 juin, répondait à une demande du syndicat SYNTEE+. [8] Les agents ne sont donc pas seulement une masse salariale à répartir. Leur connaissance des réseaux et des incidents est une capacité à préserver. L’affectation, la formation, la continuité des droits et les moyens de travail doivent être organisés avec eux, tandis que les abonnés doivent disposer d’informations et de recours compréhensibles.

Les entreprises nationales ont également pris position. Selon l’Agence gabonaise de presse, la Fédération des entreprises du Gabon a exprimé le 7 octobre sa disponibilité à accompagner la restructuration, en mettant en avant ses compétences. Cette position d’une organisation professionnelle ne vaut ni accord de tous les salariés ni consultation de tous les consommateurs. [11]

Les pièces réunies ne permettent pas encore de chiffrer la transition

Les communications officielles établissent une orientation, des projets de loi, un calendrier annoncé et des travaux préparatoires. Elles ne permettent pas de reconstituer ici une répartition définitive du capital, des actifs et des engagements entre les deux nouvelles entités. Les actes de promulgation créant celles-ci n’ont pas été vérifiés dans le corpus accessible. Cette limite ne prouve pas qu’aucun acte n’existe.

Le montant consolidé du passif à transférer, les garanties éventuellement supportées par l’État et les conditions définitives des instruments financiers restent également à documenter. La réunion bancaire de septembre expose des sujets et des mécanismes envisagés, sans fournir dans sa communication les conventions exécutées ni un bilan de clôture. [4] Aucun chiffre de coût global de la scission ne peut donc être certifié à partir de ces seules pièces.

Enfin, les documents réunis ne constituent pas une enquête auprès des abonnés ni une mesure indépendante de la qualité du service. Pour établir un résultat, il faudra suivre les durées d’interruption, la qualité de l’eau, les délais de réparation et de branchement, les réclamations ainsi que les dépenses réellement engagées. Ces indicateurs devraient permettre de comparer la situation avant et après la transition, en tenant compte des différences entre territoires.

La réussite se vérifiera dans un service accessible et une responsabilité identifiable

Une transition maîtrisée pourrait donner aux deux secteurs des comptes lisibles, des investissements adaptés et des responsables clairement désignés. Elle suppose que les ressources nécessaires au fonctionnement soient disponibles pendant le transfert et que les contrats essentiels restent exécutables. L’échéance annoncée ne devrait pas devenir un motif pour laisser des questions opérationnelles sans réponse.

Un scénario moins favorable verrait les nouvelles structures reprendre des charges mal identifiées, perdre du temps dans la coordination ou accumuler des impayés entre elles. Des coûts administratifs supplémentaires pourraient alors s’ajouter aux difficultés techniques existantes. Cette issue n’est pas inévitable ; elle souligne la nécessité de suivre les flux financiers et les performances réelles, au-delà de la création des sociétés.

Le contrôle public se mesurera à la capacité des institutions gabonaises à faire appliquer les obligations, financer les choix sociaux et rendre compte aux usagers. Séparer les activités peut être un outil. Le résultat attendu reste une eau disponible et sûre, une électricité fiable et un service auquel les ménages comme les entreprises peuvent effectivement accéder.

Les décisions de réforme et les règles sectorielles se complètent

[1] Présidence du Gabon, Conseil des ministres du 15 octobre 2026 : instruction d’accélérer la séparation et de spécialiser les acteurs par métier.

[2] Présidence du Gabon, Conseil des ministres du 25 juin, publié le 26 juin 2026 : projets de loi concernant les deux sociétés d’économie mixte.

[3] Gouvernement du Gabon, présentation de la feuille de route, 31 juillet 2026 : travaux préparatoires et échéance opérationnelle annoncée pour janvier 2027.

[4] Gouvernement du Gabon, rencontre avec les établissements de crédit, 22 septembre 2026 : passif, garanties et mécanismes financiers envisagés.

[5] Présidence du Gabon, Conseil des ministres du 8 octobre, publié le 9 octobre 2026 : équipements électriques et mises en service annoncées.

[6] Journal officiel, loi n° 011/2023 portant réglementation du secteur Eau, notamment articles 112 et 137 : principes tarifaires et protection des consommateurs.

[7] Journal officiel, loi n° 012/2023 portant réglementation du secteur Électricité, notamment article 112 : principes de détermination des tarifs.

[8] Gouvernement du Gabon, rencontre avec le personnel de la SEEG, 29 juin 2026 : initiative syndicale rapportée par l’exécutif. Cette source ne remplace pas un recueil direct des positions des salariés.

[9] Présidence du Gabon, communiqué final du Conseil des ministres du 30 mai 2025, dispositions relatives à la fin de l’administration provisoire de la SEEG.

[10] Banque mondiale, « La Banque mondiale soutient l’approvisionnement en eau, l’assainissement et l’électricité du Gabon », 5 février 2026, diagnostic d’accès aux services.

[11] Agence gabonaise de presse, « Gabon/Énergie : la FEG disposée à accompagner la restructuration de la SEEG », 7 octobre 2026.

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