Le Burkina Faso a créé Faso Wa-Fulu pour accélérer l’accès à l’électricité. L’annonce donne une ambition, un coût et des bénéficiaires visés. Pour apprécier sa portée, il faut suivre le passage du programme aux financements engagés, puis aux branchements utilisables et aux factures supportables.
Le raccordement commence bien avant le premier kilowattheure
Une entreprise qui veut alimenter une machine doit pouvoir payer son branchement, disposer d’une puissance suffisante et compter sur la continuité du service. Ces conditions donnent un contenu concret à la question du financement. Installer une ligne, permettre à un ménage de s’y raccorder et garantir une fourniture durable représentent des dépenses différentes. Une politique d’accès doit organiser leur prise en charge sur toute la durée des équipements.
Adoptée en Conseil des ministres le 22 octobre 2026, l’initiative présidentielle Faso Wa-Fulu est présentée comme un programme national porté par le ministère chargé de l’Énergie. La synthèse gouvernementale annonce un coût supérieur à 2 800 milliards de francs CFA sur dix ans. Ce montant est une estimation de programme ; la publication ne fournit pas un tableau démontrant que la totalité des ressources est déjà mobilisée. [1]
Le sujet décisif devient donc la chaîne financière : qui apporte les fonds, pour quels travaux, à quelle date et avec quelle obligation de remboursement ? Un financement extérieur, une subvention nationale, un investissement d’opérateur et une contribution de l’usager ne créent ni les mêmes droits ni les mêmes risques. Leur addition exige des règles qui empêchent de compter deux fois une même dépense.
Un objectif en 2030 et une consolidation à distinguer
La communication du 22 octobre associe l’accès généralisé à l’horizon 2030 à une durée de dix ans. Le ministre décrit une première période d’accélération, suivie de cinq années de consolidation. Les deux horizons correspondent donc à des fonctions annoncées différentes. Le calendrier opérationnel devra préciser les dates de départ, les jalons intermédiaires et les équipements concernés par chacune des phases. [1]
Cette distinction influe sur la lecture du coût. Répartir mécaniquement l’enveloppe annoncée en dix annuités identiques ne décrirait pas un budget réel : études, achats, construction, branchements et entretien peuvent se concentrer à des moments différents. Il faut également séparer les crédits autorisés, les contrats signés et les paiements effectivement réalisés. Un programme décennal n’équivaut pas à dix lois de finances déjà votées.
L’annonce organise l’initiative autour des brigades d’électrification, de l’inclusion communautaire, de l’accès énergétique et de la souveraineté énergétique. [1] Ces orientations ne suffisent pas à attribuer à chaque composante une enveloppe, une technologie ou un opérateur exclusif. Une telle ventilation requiert le texte de mise en œuvre et ses annexes, puis les décisions qui rendent les engagements opposables.
Des cibles nationales qui ne sont pas encore des raccordements
La fiche du Service d’information du gouvernement vise 6 700 nouvelles localités et un accès aux services énergétiques pour 3,5 millions de ménages et entreprises additionnels, représentant environ 17,9 millions de personnes. Ce sont des objectifs annoncés. La fiche ne constitue ni un registre des branchements réalisés ni une mesure des usagers effectivement alimentés. [2]
Ces trois unités ne sont pas interchangeables. Une localité desservie peut comprendre des habitants encore trop éloignés du réseau ou incapables de payer l’installation intérieure. Un ménage peut abriter plusieurs personnes, tandis qu’une entreprise peut avoir des besoins très supérieurs à ceux d’un logement. Diviser le coût global par le nombre de bénéficiaires fournirait un ratio très sommaire, sans révéler le coût réel d’un branchement ni les investissements de production nécessaires.
Le cadre de mesure proposé par la Banque mondiale et l’ESMAP invite précisément à examiner la qualité, la fiabilité, l’accessibilité financière et la sécurité du service, au-delà de la présence d’une connexion. [3] Pour Faso Wa-Fulu, cette approche permettrait de suivre une progression vérifiable : localité équipée, bâtiment raccordé, service disponible, puis usage durable. Elle constitue ici un outil d’analyse ; elle n’atteste aucun résultat propre à l’initiative.
Qui paie les ouvrages, qui paie leur durée de vie ?
Le plan de financement gagnerait à distinguer quatre ensembles : les infrastructures communes ; le dernier raccordement jusqu’au bâtiment ; les équipements et installations intérieures ; enfin l’exploitation et le renouvellement. Subventionner uniquement le premier ensemble peut laisser des lignes sous-utilisées. Subventionner le raccordement sans prévoir les charges futures peut déplacer la difficulté vers la facture ou la maintenance.
Un prêt peut accélérer les investissements, mais son service pèsera ensuite sur l’emprunteur ou sur la personne publique qui le garantit. Un don réduit cette charge sans supprimer les coûts de fonctionnement. Un contrat privé peut transférer certaines obligations de construction tout en créant des engagements de paiement de longue durée. Ce sont des mécanismes possibles à comparer ; les pièces examinées ne permettent pas d’attribuer à Faso Wa-Fulu une répartition chiffrée entre ces instruments.
La tarification demande le même examen. Une réduction générale du prix peut bénéficier aux gros consommateurs autant qu’aux ménages modestes. Une aide ciblée au branchement répond à un obstacle initial, mais pas nécessairement à une consommation devenue trop chère. Pour choisir, il faudrait rapprocher les revenus des usagers, leurs usages indispensables et les coûts du service. Aucun tarif nouveau ne peut être déduit du seul coût annoncé du programme.
Enfin, les marchés devraient expliciter les garanties, les pièces de rechange, les obligations de réparation et les conditions de réception. Un équipement moins cher à l’achat peut devenir coûteux s’il reste immobilisé faute de composant ou de compétence. Le bon indicateur financier est le coût d’un service maintenu sur plusieurs années, pas seulement celui d’une livraison acceptée.
Les collectivités et les entreprises doivent pouvoir décider
L’inclusion communautaire annoncée trouverait un contenu concret si les collectivités, les associations d’usagers et les entreprises locales pouvaient participer à la hiérarchisation des besoins. Un centre de santé, un atelier, une pompe et un logement n’exigent pas la même puissance ni les mêmes horaires. Leur consultation peut éviter une offre technique qui produit de bons chiffres de couverture sans répondre aux activités du territoire.
Cette participation doit aussi porter sur les conditions financières : coût affiché du branchement, échéancier de paiement, aide éventuelle, règles de contestation et responsabilité en cas de panne. Publier ces informations en amont limite les attentes contradictoires. Les ménages dirigés par des femmes, les petits producteurs et les personnes déplacées ou revenues dans leur localité devraient pouvoir connaître les critères qui déterminent leur accès aux aides, sans dépendre d’intermédiations opaques.
Pour les compétences burkinabè, l’enjeu dépasse le nombre d’emplois de chantier. Les contrats peuvent favoriser une capacité locale d’étude, d’installation, de contrôle et de réparation, à condition de définir les formations et les responsabilités. Il s’agit d’une possibilité de politique industrielle, non d’un résultat déjà mesuré. L’autonomie se vérifiera notamment lorsque les équipes pourront diagnostiquer une panne et rétablir le service avec des moyens disponibles.
Les documents qui manquent pour mesurer l’effort réel
Au 3 novembre 2026, les publications consultées établissent la création annoncée de l’initiative, ses grandes composantes, son coût présenté et ses cibles. Elles ne permettent pas de reconstituer une matrice exhaustive des financements signés, des décaissements, des contreparties nationales et des engagements conditionnels. Cette limite documentaire ne prouve ni l’absence de partenaires ni l’existence d’un financement intégral.
Pour évaluer l’effort supplémentaire, il faudrait également identifier les projets antérieurs intégrés au programme. Un ouvrage déjà financé peut contribuer utilement à la nouvelle politique ; son reclassement ne constitue pas, à lui seul, une ressource nouvelle. Un inventaire avec identifiant de projet, financeur, montant engagé et état d’avancement rendrait cette distinction contrôlable. Les bénéficiaires devraient être comptés de manière à éviter les doubles inscriptions.
Le choix technique reste une autre inconnue. Extension du réseau, mini-réseau ou solution individuelle ne peuvent être prescrits à partir d’une annonce nationale. Distance, densité de population, usages productifs, disponibilité de l’énergie et conditions de maintenance doivent guider les arbitrages. Sans études locales et données de coût comparables, annoncer la supériorité générale d’une solution serait prématuré.
Trois trajectoires à départager par le service obtenu
Une première trajectoire serait celle d’une accélération financée et soutenable : conventions précises, travaux réceptionnés, branchements abordables et opérateurs capables d’entretenir le réseau. Elle serait observable dans la hausse du nombre d’usagers actifs, la disponibilité du service et la réduction des obstacles au raccordement. Les collectivités pourraient alors relier les investissements à des usages économiques ou sociaux identifiés.
Une deuxième trajectoire verrait les ouvrages progresser plus vite que les usages. Des frais initiaux élevés, des installations intérieures absentes ou une fourniture irrégulière pourraient freiner l’adoption malgré une meilleure couverture. La réponse dépendrait du diagnostic : aide au branchement, accompagnement technique, amélioration du service ou révision d’un contrat. Ajouter des infrastructures ne corrigerait pas automatiquement chacun de ces problèmes.
Une troisième trajectoire serait un décalage financier obligeant à étaler les travaux ou à revoir leur périmètre. Elle devrait être expliquée par des échéanciers révisés et des priorités publiques, plutôt que masquée par des totaux cumulés. Pour départager ces scénarios, un suivi périodique devrait rapprocher les ressources payées, les ouvrages fonctionnels, les usagers actifs et leur dépense effective. C’est à ce niveau que l’ambition nationale deviendra vérifiable.
Les pièces permettant de suivre le programme
[1] Service d’information du gouvernement du Burkina Faso. Synthèse du Conseil des ministres du 22 octobre 2026. 22 octobre 2026. Source de l’annonce de création, du coût supérieur à 2 800 milliards de francs CFA, des deux phases et des quatre composantes ; elle ne vaut pas état de décaissement.
[2] Service d’information du gouvernement du Burkina Faso. Énergie : création de l’Initiative présidentielle FASO WA-FULU. 22 octobre 2026. Fiche institutionnelle donnant les cibles de localités, de ménages et entreprises, et de population ; objectifs annoncés, non résultats évalués.
[3] Banque mondiale et ESMAP. Beyond Connections: Energy Access Redefined. 2015. Cadre méthodologique pour distinguer connexion et qualité d’accès à l’énergie ; ne fournit pas de bilan de Faso Wa-Fulu.

