La résolution 2746 n’interdisait pas à la force de la SADC d’engager ses propres aéronefs. Autour de Goma, la mission s’est pourtant retrouvée face à un dispositif rwandais associant défense sol-air, brouillage électronique, drones armés et munitions guidées. Les documents institutionnels révèlent moins une contrainte juridique qu’une contradiction entre le mandat offensif annoncé et les capacités effectivement réunies.
Le ciel de Goma n’était pas juridiquement fermé aux forces de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Il leur était devenu militairement hostile. Lorsque l’offensive de l’AFC/M23, soutenue par les Forces rwandaises de défense, s’est resserrée autour de la capitale du Nord-Kivu en janvier 2025, les moyens aériens présents dans la zone ont été confrontés simultanément aux systèmes sol-air, au brouillage du GPS, à l’interruption des communications et à l’emploi de drones armés.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la fin de la Mission de la SADC en République démocratique du Congo, la SAMIDRC. La résolution 2746 du Conseil de sécurité des Nations unies n’avait pas retiré à cette force régionale le droit d’utiliser ses propres moyens aériens. Elle avait autorisé la MONUSCO à lui fournir un soutien limité, tout en excluant la participation combattante des moyens onusiens. Le problème central n’était donc pas l’interdiction d’agir, mais la capacité réelle d’une mission africaine déclarée prête au combat à opérer dans un espace devenu contesté.
Le 13 mars 2025, la SADC a formellement mis fin au mandat de la SAMIDRC et ordonné un retrait progressif. Ce retrait a commencé le 29 avril. L’organisation ne l’a qualifié ni de défaite ni de retraite stratégique. Son vocabulaire officiel doit être respecté. Il n’empêche toutefois pas d’examiner les conditions militaires dans lesquelles une mission offensive, déployée pour neutraliser les groupes armés, a perdu la possibilité d’imposer son mandat autour de Goma.
Une force autorisée à combattre
La SAMIDRC avait été approuvée en mai 2023 et déployée le 15 décembre suivant avec des contingents d’Afrique du Sud, du Malawi et de Tanzanie. La SADC la présentait comme une réponse régionale fondée sur le principe de défense collective. Son mandat n’était pas celui d’une simple force d’observation : elle devait soutenir le gouvernement congolais, neutraliser les « forces négatives » et les groupes armés illégaux, protéger les civils et contribuer au rétablissement de la paix dans l’est de la RDC.
Elle pouvait agir avec les Forces armées de la République démocratique du Congo ou conduire des opérations de manière autonome. En janvier 2024, le secrétaire exécutif de la SADC, Elias Magosi, affirmait après une visite aux troupes qu’elles étaient « correctement équipées » et prêtes à exécuter ce mandat offensif.
Cette déclaration engage l’organisation. Être prêt pour un mandat offensif ne signifie pas seulement disposer de soldats, de fusils et de véhicules. Cela suppose une appréciation de la menace, une chaîne de commandement, du renseignement, une défense antiaérienne, des moyens d’évacuation médicale, une logistique protégée et, lorsque l’adversaire possède des drones, des missiles et des brouilleurs, une capacité à continuer d’opérer dans un environnement électromagnétique dégradé.
Or, deux mois après cette annonce, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine demandait le transfert urgent de matériels destinés à la SADC, encore stockés à la Base logistique continentale de Douala, au Cameroun. Il sollicitait aussi la mobilisation de ressources provenant de la Facilité de réserve de crise du Fonds pour la paix et demandait au Conseil de sécurité des Nations unies des ressources matérielles et financières supplémentaires.
La contradiction était déjà visible : une mission pouvait être officiellement déclarée prête alors que l’architecture continentale cherchait encore les équipements et financements nécessaires à l’exécution effective de son mandat.
Ce que la résolution 2746 autorisait réellement
Adoptée le 6 août 2024, la résolution 2746 a autorisé la MONUSCO à soutenir la SAMIDRC dans la limite de ses ressources et de sa zone de déploiement. Ce soutien pouvait comprendre la coordination, l’échange d’informations, l’assistance technique, des moyens logistiques, l’évacuation médicale et l’utilisation d’aéronefs ou de véhicules blindés onusiens pour faciliter certains mouvements.
Le texte excluait cependant l’implication de la MONUSCO dans les opérations de combat de la SAMIDRC. Cette exclusion protégeait le mandat et les responsabilités propres de la force onusienne. Elle ne constituait pas une interdiction faite aux contingents de la SADC d’employer leurs aéronefs nationaux ou des moyens régionaux placés sous leur propre commandement.
Attribuer à la résolution 2746 la perte de la capacité aérienne de la SAMIDRC inverserait donc le sens du texte. La résolution limitait le soutien combattant que pouvait fournir l’ONU ; elle ne plafonnait ni le nombre, ni la nature, ni l’armement des aéronefs que les États contributeurs auraient pu engager.
Elle plaçait néanmoins la mission devant sa propre autonomie stratégique. Dès lors que la MONUSCO ne pouvait pas devenir sa force aérienne de combat, la SAMIDRC devait générer elle-même les capacités correspondant à son mandat. C’est sur ce point que les documents institutionnels deviennent particulièrement éclairants.
La montée d’un dispositif rwandais de déni aérien
Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC décrivent une progression qualitative du dispositif rwandais. Les effectifs des Forces rwandaises de défense présents dans l’est congolais étaient évalués entre 3 000 et 4 000 en 2024. Ils auraient atteint environ 6 000 militaires, dont des unités de forces spéciales, au moment des offensives de janvier et février 2025.
Ce renforcement ne se limitait pas à l’infanterie. Autour de Goma, les experts ont documenté une combinaison de défense sol-air à courte portée, de brouillage électronique, de drones armés, de mortiers guidés, de missiles antichars et de moyens de surveillance. Cette architecture a modifié le rapport de force en réduisant la liberté de mouvement de l’adversaire tout en améliorant la précision et la coordination des forces rwandaises et de l’AFC/M23.
| Capacité documentée | Effet opérationnel établi ou probable |
|---|---|
| Environ 6 000 militaires rwandais au début de 2025 | Renforcement des opérations terrestres, de l’encadrement et des capacités spécialisées |
| Défense sol-air à courte portée | Menace contre les appareils opérant autour de Goma et sur les axes vers Kavumu |
| Brouillage du GNSS et des communications | Désorganisation des vols, du commandement et des opérations coordonnées |
| Drones armés compatibles avec le Bayraktar TB2 | Surveillance persistante et frappes de précision |
| Mortiers guidés de 120 mm | Capacité de frappe précise à distance contre des positions fixes ou identifiées |
| Missiles antichars filoguidés | Destruction de véhicules blindés, dont un véhicule du contingent malawite |
| Drones de surveillance, moyens nocturnes et radios tactiques | Amélioration de l’observation, de la conduite des tirs et des opérations nocturnes |
En novembre 2024, au moins trois systèmes sol-air étaient signalés dans le Petit Nord, sous contrôle d’opérateurs rwandais. Leurs caractéristiques visuelles étaient très proches du système Type 92 Yitian, utilisant des missiles TL-6 sur un véhicule blindé WMZ-551, de conception chinoise. Cette identification reste probable et non certifiée : interrogées par l’ONU, les autorités chinoises ont indiqué ne pas pouvoir confirmer le fabricant à partir des seules images disponibles.
Le 26 janvier 2025, un système comparable se trouvait à environ seize kilomètres au nord-est de l’aéroport de Goma. Les experts rapportent que les aéronefs ont alors été cloués au sol. Un autre système similaire a ensuite été observé en direction de Kavumu, dans le Sud-Kivu. La présence de ces armes ne prouve pas qu’elles auraient abattu tout appareil engagé, mais elle imposait une menace que des vols conventionnels non protégés ne pouvaient ignorer.
À cette défense sol-air s’ajoutait le brouillage. Des installations avaient été repérées à Gisenyi, Kamembe et Kanyabayonga. Entre le 14 et le 26 janvier 2025, les perturbations ont affecté les communications et les systèmes de navigation utilisés par les FARDC, la SAMIDRC, la MONUSCO et l’aviation civile. Les vols militaires de ravitaillement n’ont pas pu se poursuivre normalement. La combinaison de brouillages simultanés rendait les opérations dépendantes du GPS impraticables sur une zone étendue.
Des sources rwandaises ont confirmé aux experts l’emploi de ces capacités. Un militaire a affirmé qu’une trentaine de membres des RDF avaient été formés en Israël à la guerre électronique. Ce témoignage ne possède toutefois pas de corroboration indépendante : aucun registre officiel de formation, contrat ou document budgétaire israélien ou rwandais accessible au public ne permet d’en certifier le nombre, le lieu ou l’organisme formateur. L’emploi rwandais du brouillage est établi ; la chaîne de formation alléguée reste une information attribuée.
Des armes sophistiquées, mais des filières incomplètement traçables
Les preuves matérielles permettent d’identifier plusieurs familles technologiques sans toujours reconstituer leur chaîne commerciale.
Des munitions guidées de 120 millimètres portant le marquage « I.M.I 1-21 », correspondant à une fabrication en 2021, ont été documentées auprès d’unités rwandaises. Elles présentent des caractéristiques proches des familles DOKRAN ou STYLET développées par Israel Military Industries, aujourd’hui intégrée à Elbit Systems. Les experts ont demandé à Israël si une vente avait été autorisée entre 2020 et 2024 et quel en était l’utilisateur final. Aucune réponse permettant d’établir cette chaîne n’était disponible au moment du rapport.
Des mortiers de 120 millimètres ont frappé des positions de la SAMIDRC les 27 février et 6 avril 2024. Il n’a cependant pas été possible de démontrer que les projectiles utilisés lors de ces deux attaques précises étaient les munitions guidées portant le marquage IMI. L’article factuel doit donc distinguer la présence des armes guidées, qui est documentée, de leur emploi lors de chaque frappe, qui ne l’est pas toujours.
Le 10 juin 2024, un missile antichar filoguidé a touché un véhicule blindé du contingent malawite à Mubambiro. Les fragments, les marquages et les caractéristiques de l’arme sont compatibles avec un missile Spike ER fabriqué en 2021. La trajectoire et les témoignages recueillis situent le départ du tir dans une zone tenue par les forces rwandaises et le M23. Le modèle reste probable plutôt que juridiquement certifié, et aucun contrat, numéro de licence ou certificat d’utilisateur final n’a été rendu public.
Le 26 janvier 2025, un drone armé a détruit deux véhicules utilisés par des sociétés militaires privées. Les images et les informations recueillies par l’ONU sont compatibles avec un Bayraktar TB2 exploité par les RDF. Des opérations rwandaises ultérieures impliquant ce modèle ont renforcé cette identification. Aucun contrat public entre le Rwanda et Baykar, aucun calendrier officiel de livraison et aucun certificat d’utilisation finale n’ont cependant été retrouvés.
La chaîne la plus solide concerne une radio tactique Tadiran RT-7106/PRC-710 saisie sur un militaire rwandais en mars 2025. Le fabricant a confirmé aux Nations unies que l’équipement avait été officiellement exporté au gouvernement rwandais en 2022. Cette confirmation établit un lien entre le fabricant, l’utilisateur gouvernemental et le déploiement sur le terrain, sans révéler la valeur du contrat ni le certificat d’utilisateur final.
Enfin, des composants portant la mention « MINDMADE WB GROUP (POLAND) », compatibles avec des familles polonaises de détection et de lutte contre les drones, ont été récupérés en 2025 sur d’anciennes positions des RDF et de l’AFC/M23. Leur découverte est postérieure au retrait de la SAMIDRC. Elle démontre l’accès ultérieur à cette famille technologique, mais ne permet pas d’affirmer que ces composants constituaient les brouilleurs employés autour de Goma en janvier 2025.
Les registres d’exportation ne livrent qu’une partie de l’histoire
Le Registre des armes classiques des Nations unies fait apparaître plusieurs transferts déclarés au Rwanda. Pour l’année 2021, la Russie a signalé quatre hélicoptères d’attaque, sans modèle précisé ; la Slovaquie, quatorze lance-roquettes tractés de 107 millimètres et soixante canons de 23 millimètres ; la Türkiye, quarante-neuf véhicules blindés de transport de troupes ; et la Serbie, vingt-cinq mitrailleuses lourdes avec une localisation intermédiaire en Türkiye. La Pologne a ensuite déclaré des milliers de fusils, carabines et lance-grenades en 2023 et 2024.
Ces déclarations prouvent des transferts d’État à État. Elles ne constituent ni des contrats commerciaux détaillés, ni des certificats d’utilisateur final, ni des bons de livraison comportant les numéros de série des armes retrouvées en RDC. Les quatre hélicoptères déclarés par la Russie démontrent par exemple que le Rwanda disposait d’une capacité nationale d’hélicoptères d’attaque ; ils ne prouvent pas que ces appareils étaient opérationnels ou engagés sur le théâtre congolais.
Les rapports polonais sur les exportations d’armement font état de cinq licences concernant le Rwanda en 2023, pour une valeur autorisée d’environ 3,98 millions d’euros, et de 5,04 millions d’euros d’exportations exécutées. En 2024, deux licences nouvelles représentaient seulement 5 435 euros, tandis que les exportations exécutées atteignaient 4,22 millions d’euros, probablement au titre d’autorisations antérieures. Les catégories publiées concernent les armes légères et certains armements de calibre supérieur, pas l’électronique militaire. Elles ne permettent donc pas de rattacher les composants de WB Group à une licence rwandaise de guerre électronique.
Israël publie pour sa part des agrégats régionaux ou sectoriels, sans ventilation permettant d’isoler les licences accordées au Rwanda. L’absence de contrat ou de certificat accessible en ligne ne signifie pas nécessairement que ces documents n’existent pas. Les certificats d’utilisateur final demeurent généralement dans les dossiers de l’État exportateur, tandis que le droit rwandais soumet les acquisitions militaires sensibles à un régime classifié.
Un arrêté présidentiel rwandais de 2025 classe notamment les armes, munitions, blindés, aéronefs, drones, radars, radios, logiciels de surveillance ainsi que les informations relatives aux importations et exportations militaires. Il remplace un dispositif comparable datant de 2012. Les marchés les plus sensibles ne sont donc pas destinés à apparaître dans le système public ordinaire de passation des marchés.
Le budget rwandais progresse sans révéler les achats
Les crédits publics du ministère rwandais de la Défense ont augmenté au cours de la période entourant les offensives dans l’est de la RDC.
| Exercice budgétaire | Budget du ministère de la Défense |
| 2023-2024, budget révisé | 216,71 milliards RWF |
| 2024-2025, budget initial | 246,73 milliards RWF |
| 2024-2025, budget révisé | 257,13 milliards RWF |
| 2025-2026 | 311,32 milliards RWF |
La progression atteint environ 18,7 % entre les budgets révisés de 2023-2024 et 2024-2025, puis 21,1 % entre 2024-2025 et 2025-2026. Mais le budget général de l’État a augmenté dans des proportions voisines. La Défense reste autour de 4,4 % des dépenses publiques totales. Cette stabilité relative ne permet pas d’isoler un financement exceptionnel consacré aux opérations en RDC.
La ventilation publique disponible demeure agrégée. Pour 2024-2025, elle faisait apparaître environ 209,76 milliards de francs rwandais de rémunérations, 38,29 milliards de dépenses récurrentes hors salaires et 9,08 milliards d’investissement intérieur. Aucune ligne ne permet d’identifier un achat de TB2, de missiles sol-air, de munitions guidées ou de brouilleurs.
Une autre économie de guerre apparaît dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23. Les experts de l’ONU ont estimé à au moins 800 000 dollars par mois les prélèvements effectués sur la production de coltan de Rubaya. Ils ont aussi documenté le transfert vers le Rwanda, le mélange et la réintroduction commerciale de centaines de tonnes de minerais provenant des zones occupées. Le Trésor américain attribue à des responsables rwandais un rôle dans la gestion des revenus générés par ces circuits.
Ces constatations établissent une source de financement pour l’AFC/M23 et un bénéfice économique lié à l’intégration des minerais dans les circuits rwandais. Elles ne démontrent pas qu’un paiement minier déterminé a financé un contrat d’armement déterminé. Le passage d’une économie de prédation à l’achat d’un missile, d’un drone ou d’un brouilleur demeure une hypothèse tant qu’aucune facture, instruction de paiement ou correspondance budgétaire ne relie les deux.
Le même principe de prudence vaut pour les 40 millions d’euros accordés par l’Union européenne aux forces rwandaises déployées au Mozambique. Les décisions européennes affectaient ces fonds au théâtre de Cabo Delgado et excluaient le financement d’équipements létaux et de salaires. Un effet indirect de fongibilité budgétaire peut être discuté : toute dépense extérieure prise en charge libère potentiellement des ressources nationales. Il ne peut cependant être présenté comme une preuve que l’Union européenne aurait financé les armes employées en RDC.
Les insuffisances aériennes reconnues par l’Afrique du Sud
L’inventaire exact des aéronefs engagés par la SAMIDRC n’est pas public. Il serait donc excessif d’affirmer que la mission ne disposait d’aucun hélicoptère de transport, d’aucun aéronef d’appui ou d’aucun drone. Le ministère sud-africain de la Défense indique que l’armée de l’air a soutenu l’opération THIBA, nom national du déploiement en RDC, sans publier la composition de son détachement aérien.
Les données officielles permettent néanmoins d’établir une insuffisance générale. Pour l’exercice 2024-2025, le ministère reconnaît que le niveau de conformité aux capacités promises à la Force en attente de la SADC n’atteignait que 85 %. L’armée de l’air et la marine ne pouvaient fournir toutes les capacités requises, notamment en raison de l’indisponibilité des appareils, des contrats de maintenance, du manque de pièces détachées et de l’obsolescence.
Sur 12 000 heures de vol planifiées, 6 209,53 ont été réalisées, soit un peu plus de la moitié. Seules 247,44 heures relevaient de l’emploi opérationnel des forces. Ces chiffres couvrent l’ensemble des missions sud-africaines et ne constituent pas le journal de vol de la SAMIDRC. Ils mesurent toutefois la faiblesse du réservoir national dans lequel Pretoria devait puiser pour soutenir son engagement régional.
Le Parlement sud-africain a lui-même constaté que la baisse de disponibilité des aéronefs affectait directement la préparation au combat et laissait parfois les forces déployées sans supériorité ou appui aérien suffisant. Les niveaux précis des forces extérieures et certaines capacités restent classifiés, empêchant de reconstituer publiquement l’ordre de bataille complet de la SAMIDRC.
Cette reconnaissance nationale éclaire les contradictions régionales. La mission avait un mandat offensif ; certains matériels destinés à la SADC demeuraient à Douala ; l’appui de la MONUSCO était limité et non combattant ; et l’un des principaux États contributeurs ne pouvait fournir toutes les capacités aériennes promises.
Des aéronefs supplémentaires auraient-ils changé l’issue ?
La première hypothèse est quantitative. Davantage d’hélicoptères de transport et d’évacuation, d’aéronefs d’appui, de drones de surveillance et de capacités de frappe auraient amélioré le ravitaillement, la mobilité, le renseignement, la contre-batterie et l’évacuation des blessés. Ils auraient pu réduire l’isolement des positions, accélérer l’identification des concentrations adverses et retarder l’encerclement de Goma.
Cette hypothèse est plausible. Elle ne suffit pourtant pas. Lorsque l’adversaire combine missiles sol-air, brouillage du GPS, surveillance par drones et frappes guidées, ajouter des aéronefs sans modifier le système opérationnel peut seulement ajouter des cibles.
Une véritable réponse aurait exigé un ensemble intégré : renseignement permanent, cartographie des défenses aériennes, navigation indépendante du GNSS, communications résistantes au brouillage, contre-drones, guerre électronique, protection des bases, stocks de pièces, équipes de maintenance, évacuation médicale et moyens de neutralisation ou d’évitement des systèmes sol-air. Il aurait également fallu une autorité politique acceptant le niveau de risque lié à des opérations aériennes contre des équipements exploités par les forces régulières d’un État voisin.
Un tel dispositif aurait probablement amélioré la résistance tactique de la SAMIDRC. Aucune preuve ne permet cependant d’affirmer qu’il aurait inversé l’issue stratégique face à plusieurs milliers de militaires rwandais, aux forces de l’AFC/M23, aux opérations menées sur plusieurs axes et aux faiblesses propres des forces congolaises. Ce scénario relève d’une réflexion prospective, pas d’un fait démontré.
La question la plus solide est donc différente : pourquoi une force dotée d’un mandat offensif a-t-elle été certifiée prête sans que soit publiquement démontrée sa capacité à survivre et combattre dans l’environnement aérien et électronique qu’elle allait rencontrer ?
Après la SAMIDRC, l’épreuve diplomatique et celle de la responsabilité
Le sommet extraordinaire de la SADC du 13 mars 2025 a constaté la détérioration de la situation, la prise de Goma et de Bukavu et le blocage des principales routes de ravitaillement. Il a mis fin au mandat de la SAMIDRC, ordonné son retrait progressif et réaffirmé la nécessité d’une solution politique et diplomatique. Les échanges conduits avec l’AFC/M23 ont ensuite permis d’organiser la sortie des contingents et de leurs équipements.
Ce passage à la diplomatie ne répond pas, à lui seul, aux causes de l’impasse militaire. Une médiation durable devra traiter la présence des forces rwandaises en RDC, le contrôle territorial de l’AFC/M23, la circulation des armes, l’exploitation des minerais, le sort des populations déplacées, les responsabilités des forces congolaises et les engagements sécuritaires régionaux.
La SADC doit aussi tirer les conséquences de sa propre expérience. Une force régionale africaine ne peut prétendre incarner une autonomie stratégique si ses matériels restent bloqués dans une base logistique, si ses capacités critiques dépendent d’un appui onusien non combattant ou si les États contributeurs engagent des troupes sans garantir le soutien aérien correspondant au mandat.
L’Afrique du Sud a annoncé une commission d’enquête destinée à examiner les circonstances du déploiement et les pertes subies. En mai 2025, le vice-ministre de la Défense reconnaissait que cette enquête devait notamment déterminer si les commandants avaient correctement évalué les ordres reçus, demandé les soutiens nécessaires et signalé les besoins financiers. En mai 2026, son rapport complet n’avait toujours pas été rendu public.
Cette pièce manque au débat. Elle pourrait préciser l’évaluation initiale de la menace, les capacités demandées, celles effectivement fournies, les règles d’engagement, l’état des aéronefs, les alertes adressées aux autorités politiques et les décisions prises lorsque le dispositif rwandais de déni aérien est devenu manifeste.
La résolution 2746 n’a pas désarmé la SAMIDRC. Elle a seulement refusé de transformer la MONUSCO en aviation de combat d’une force régionale. Ce qui s’est joué autour de Goma touche ainsi au cœur de la souveraineté sécuritaire africaine : la différence entre décider collectivement d’intervenir et posséder collectivement les moyens de cette décision.
La diplomatie constitue désormais l’épreuve centrale. Mais elle ne pourra produire une sécurité durable si elle sert à refermer le dossier sans répondre à l’autre interrogation : comment empêcher qu’une prochaine mission africaine soit de nouveau déclarée prête avant que ses capacités réelles aient été éprouvées contre la menace qu’elle doit affronter ?
Sources institutionnelles principales
- SADC, « Executive Secretary visits the SAMIDRC », mandat, composition et état de préparation annoncé : https://www.sadc.int/node/5252
- SADC, communiqué du Sommet extraordinaire du 13 mars 2025 : https://www.sadc.int/file/10410/download?token=pZd0LTdM
- SADC, retrait progressif de la SAMIDRC, 12 juin 2025 : https://www.sadc.int/document/sadc-continues-phased-withdrawal-samidrc-forces-goma-and-sake-eastern-drc
- Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, communiqué de la 1203e réunion, 4 mars 2024 : https://www.peaceau.org/uploads/1203.comm.samidrc-fr.pdf
- Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2746 du 6 août 2024 : https://digitallibrary.un.org/record/4058819?ln=fr
- Conseil de sécurité des Nations unies, rapport S/2024/828 sur l’appui à la SAMIDRC : https://documents.un.org/api/symbol/access?l=fr&s=S%2F2024%2F828&t=pdf
- Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, rapport S/2024/432 : https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/118/80/pdf/n2411880.pdf
- Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, rapport S/2024/969 : https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/373/37/pdf/n2437337.pdf
- Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, rapport S/2025/446 : https://digitallibrary.un.org/record/4085466?ln=fr
- Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, rapport S/2025/858 : https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n25/327/45/pdf/n2532745.pdf
- Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, rapport S/2026/466 : https://digitallibrary.un.org/record/4119763?ln=fr
- Département sud-africain de la Défense, rapport annuel 2024-2025 : https://www.dod.mil.za/document/ReportsNav/Reports/2025/DOD%20Annual%20Report%20for%20FY2024-25.pdf
- Parlement sud-africain, rapport sur la disponibilité des capacités militaires : https://www.parliament.gov.za/storage/app/media/Docs/atc/01ls62wgachojz364sjfai3ujts3jsca3j.pdf
- Parlement sud-africain, Hansard du 14 mai 2025 : https://www.parliament.gov.za/storage/app/media/Docs/hansard/01mfgh4vtseolnab7rzzgkr73hdfey3gd6.pdf
- Parlement sud-africain, Hansard du 20 mai 2026 : https://www.parliament.gov.za/storage/app/media/Docs/hansard/01mfgh4vr3pidb2jcs7ve3fwe55tc6ha5g.pdf
- Gouvernement polonais, rapport sur les exportations d’armement en 2023 : https://www.gov.pl/attachment/00191e6d-a644-4c52-aa68-b37562074ee8
- Gouvernement polonais, rapport sur les exportations d’armement en 2024 : https://www.gov.pl/attachment/71e8a2fb-b207-41f2-9e5c-5b10807dbad0
- Rwanda Public Procurement Authority, loi régissant les marchés publics : https://www.rppa.gov.rw/index.php?eID=dumpFile&f=57729&t=f&token=f5b5293da95bb834bf6cc3f6376421b46aee8a3d
- Présidence du Rwanda, arrêté du 25 août 2025 sur les matériels militaires classifiés : https://minijust.gov.rw/fileadmin/user_upload/Minijust/Official_gazettes_2/_____2025_Igazeti_ya_Leta/____KANAMA-_August-_Aout/OG_n___Special_of_27.08.2025__RDF_Ibikoresho_bya_gisirikare_bigirirwa_ibanga___Ibyiciro_by_Ingabo_z_u_Rwanda___Inama_zifata_ibyemezo.pdf
- Ministère rwandais des Finances, budget révisé 2024-2025 : https://minijust.gov.rw/fileadmin/user_upload/Minijust/Official_gazettes_2/_____2025_Igazeti_ya_Leta/______WERURWE-March-Mars/OG_n___Special_of_18.03.2025__Ingengo_y_imari_Rev.pdf
- Ministère rwandais des Finances, budget 2025-2026 : https://www.minijust.gov.rw/fileadmin/user_upload/Minijust/Official_gazettes_2/____2026_Igazeti_ya_Leta/______WERURWE-March-Mars/OG_n___10_Bis_of_09.03.2026__Ingengo_y_imari_R_2025-2026.pdf
- Conseil de l’Union européenne, soutien à la RDF au Mozambique : https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2024/11/18/european-peace-facility-council-tops-up-support-to-the-deployment-of-the-rwanda-defence-force-to-fight-terrorism-in-cabo-delgado/
- Trésor des États-Unis, sanctions relatives au rôle rwandais et aux revenus miniers en RDC, 20 février 2025 : https://home.treasury.gov/news/press-releases/sb0022

