L’axe nord-africain de cette reconquête souverainiste trouve son expression la plus brutale et la plus judiciarisée en Algérie. L’investigation des textes de loi entrant en vigueur en mai 2026 dévoile une stratégie d’État visant à inscrire l’histoire de la libération dans le code pénal, fermant la porte à toute entreprise de révisionnisme néocolonial.
L’entrée en vigueur de la loi criminalisant le colonialisme français constitue un séisme diplomatique. L’article 1 de cette législation définit explicitement la colonisation française, de l’invasion du 14 juin 1830 à l’indépendance du 5 juillet 1962, comme un acte criminel. L’article 2 va plus loin en gravant dans le marbre la qualification de « crime d’État portant atteinte aux principes et aux valeurs humaines, politiques, économiques et culturelles consacrés par les lois, les chartes et les coutumes nationales et internationales ».
Au-delà de la qualification sémantique, la loi algérienne déploie un arsenal d’exigences matérielles adressées directement à la République française :
- Récupération du Trésor et des richesses : la restitution intégrale des biens du Trésor algérien dérobés et de toutes les valeurs spoliées ou transférées de force ;
- Souveraineté archivistique : le retour absolu des archives nationales, définies comme une composante indivisible de la mémoire algérienne et un droit inaliénable du peuple, actuellement séquestrées en France ;
- Sanctuarisation des martyrs : la récupération et l’inhumation sur le sol algérien des dépouilles des héros de la résistance et du mouvement de libération.
En outre, l’article 18 de la loi prévoit des peines d’emprisonnement sévères (de deux à cinq ans) contre quiconque proférerait des injures ou porterait atteinte à l’honneur des personnes ayant lutté pour le recouvrement de la souveraineté.
Cette architecture légale démontre que l’Algérie a choisi la voie de l’affrontement juridique frontal, érigeant la mémoire coloniale non plus comme un sujet de débat académique apaisé, mais comme un contentieux d’État à État exigeant réparation intégrale.

