Les mesures et mobilisations préparées pendant le cycle électoral de 2026 doivent désormais être évaluées. Au 23 octobre, le premier tour national du 12 avril et les élections régionales et municipales du 4 octobre sont passés. Le titre est conservé, mais l’enquête examine un bilan et les engagements à suivre, sans présenter ces scrutins comme à venir. [11, 12]
À Cañete, les jeunes portent leur propre agenda politique
Le 5 septembre 2026, à San Vicente de Cañete, des jeunes afro-péruviens présentent un agenda électoral et dix engagements à des représentants de plusieurs organisations politiques. Ashanti Perú décrit une initiative construite à partir de leurs demandes et tournée vers les futures gestions municipales. Le compte rendu atteste une démarche d’intervention publique ; il ne prouve pas que les propositions ont ensuite été inscrites dans les budgets ou exécutées. [8]
Cette scène documentée donne un point de départ à l’évaluation. Les personnes concernées formulent des priorités, s’adressent aux partis et cherchent à peser sur les décisions locales. La question dépasse donc le volume de prestations offertes par les ministères. Elle porte également sur le pouvoir de définir les problèmes à résoudre et sur les moyens de demander des comptes aux responsables élus.
La politique nationale de 2022 reste le cadre de référence
La Politique nationale du peuple afro-péruvien à l’horizon 2030, ou PNPA, a été approuvée par le décret suprême 005-2022-MC. Sa présentation officielle regroupe cinq objectifs : réduire le racisme, améliorer les conditions sociales et économiques, renforcer l’autonomie des femmes et développer la participation citoyenne. Elle prévoit vingt-cinq orientations et quarante-trois services. Ce cadre permet d’identifier des responsabilités à suivre dans la durée. [1]
En mars 2026, le ministère de la Culture annonce l’adoption d’un règlement actualisé et d’un plan de travail annuel du groupe de travail avec la population afro-péruvienne, le GTPA. Neuf responsables associatifs participent à la session décrite. Le groupe formule des propositions, coordonne des actions et suit les politiques. Sa participation consultative ne signifie pas qu’il dispose, à lui seul, du pouvoir d’allouer les crédits publics. [9]
Les indicateurs de gestion ne mesurent pas tous la même chose
Le rapport technique portant sur 2024 qualifie le niveau de mise en œuvre d’intermédiaire, avec une tendance favorable. Il mentionne un indice global de gestion de 96,1, tout en relevant des difficultés de coordination, de définition des indicateurs et de couverture de certains services. Ce nombre ne signifie pas que 96,1 % des Afro-Péruviens exercent pleinement leurs droits, ni que l’ensemble des objectifs de 2030 sont atteints. [2]
Une présentation du ministère au Congrès, le 30 septembre 2025, affiche aussi un indice de mise en œuvre des politiques nationales de 58,3 % pour 2024, établi dans le cadre du CEPLAN. Les deux valeurs renvoient à des indicateurs différents. Leur juxtaposition n’est pas, par elle-même, une contradiction ; les employer comme s’ils mesuraient la même réalité rendrait le bilan illisible. [5]
Le tableau détaillé de suivi permet de préciser les lacunes : sur cinquante-six indicateurs de services, quinze sont sans données, treize restent sous 75 % d’avancement, quatre sont entre 75 % et moins de 95 %, et vingt-quatre atteignent au moins 95 %. Les quinze valeurs absentes ne désignent pas nécessairement quinze services inexistants. L’absence d’information empêche de conclure sur leur performance. [3]
L’enjeu est de rendre les unités de mesure compréhensibles. Une formation de fonctionnaires, la couverture d’un territoire et l’amélioration d’une condition de vie peuvent toutes compter dans une politique, mais elles décrivent des résultats distincts. Une synthèse nationale doit permettre de revenir aux fiches, aux populations couvertes et aux périodes observées.
SERVIAFRO crée un outil dont les moyens restent à documenter
Le décret suprême 003-2026-MC, publié le 20 juin, crée SERVIAFRO pour articuler territorialement les services de la PNPA, avec une priorité aux situations de vulnérabilité et à la pertinence culturelle. Il inscrit son financement dans les budgets institutionnels existants, sous réserve de disponibilité, sans ressources supplémentaires du Trésor. Le texte prévoit aussi un document de modalités de mise en œuvre. [4]
L’absence d’une dotation supplémentaire ne signifie pas qu’aucun crédit ne peut être mobilisé. Elle pose une question d’arbitrage : quelles ressources existantes seront affectées, dans quels territoires et avec quels personnels ? Pour mesurer le renforcement annoncé, il faut connaître les décisions budgétaires et le service effectivement proposé, puis suivre la possibilité pour les habitants d’y accéder.
Au 23 octobre, le corpus exploité ne contient pas de bilan territorial complet de SERVIAFRO ni de décompte vérifié de ses usagers. Il ne permet pas davantage de décrire les modalités finales comme si elles avaient été consultées. Cette limite documentaire doit rester distincte d’une affirmation selon laquelle aucun travail n’aurait été réalisé. La création juridique est établie ; le niveau de déploiement demande d’autres pièces.
Le nouveau recensement modifie le périmètre de visibilité
Les résultats du recensement 2025 publiés en juillet 2026 recensent 1 976 396 personnes identifiées comme afro-péruviennes. Cela représente environ 6 % des 32 706 028 personnes effectivement recensées, avant ajout des omissions estimées à la population totale. Ce résultat fournit une base actualisée ; il ne décrit pas automatiquement l’accès aux services ni l’expérience de la discrimination. [6]
La comparaison avec 2017 exige une précaution méthodologique. Dans un entretien à TV Perú en septembre 2025, Susana Matute, responsable au ministère de la Culture, explique que la question de 2017 concernait les personnes de douze ans et plus. En 2025, l’identification couvre tous les âges et un adulte peut renseigner le ménage. Une différence d’effectifs entre les deux recensements ne peut donc être lue comme une croissance démographique pure. [7]
La visibilité statistique peut soutenir une revendication : elle permet de discuter la localisation des besoins, l’allocation des ressources et les groupes laissés de côté. Elle demande aussi des règles compréhensibles d’identification et de protection de l’information. Les catégories utilisées par l’État ne doivent pas être prises pour une description exhaustive de toutes les expériences et appartenances.
L’initiative de Cañete rappelle que cette connaissance peut être produite et discutée depuis les territoires. L’organisation d’un agenda collectif offre une base pour suivre les décisions municipales. Son importance tient à cette capacité de proposition et de contrôle, au-delà de l’image d’une population attendant passivement la mise en œuvre d’un plan national. [8]
Les inégalités vécues exigent d’autres preuves que les réunions
En septembre 2026, UNICEF et Macroconsult présentent une étude sur l’enfance et l’adolescence autochtones et afro-péruviennes, construite à partir de statistiques nationales avec l’appui méthodologique de l’INEI. Elle décrit des écarts dans l’éducation, la protection et les possibilités offertes aux jeunes. Les groupes et les dimensions ne doivent pas être confondus : les populations autochtones et afro-péruviennes n’ont pas toutes les mêmes trajectoires. [10]
Cette étude aide à poser les questions de résultat, mais elle ne constitue pas à elle seule une évaluation causale de la PNPA. Pour attribuer un changement à un service, il faudrait examiner les personnes exposées au dispositif, les périodes et les autres facteurs susceptibles d’intervenir. Une amélioration observée après une annonce peut être réelle sans provenir entièrement de cette annonce.
Les documents consultés laissent également des besoins de transparence : dépenses par service et par territoire, critères d’accès, délais de prise en charge et retours des usagers. Le rapport technique 2024 recommande lui-même d’améliorer les fiches d’indicateurs et de financer des services dont la couverture demeure limitée, notamment dans la santé, l’emploi, le soin et la protection sociale. Ces priorités doivent être suivies dans les exercices ultérieurs. [2]
L’évaluation devrait rendre visibles les différences entre femmes et hommes, générations et territoires, dans les limites permises par les effectifs statistiques. Une moyenne nationale peut masquer des besoins concentrés. Les organisations afro-péruviennes doivent pouvoir discuter ces choix de mesure, car ils déterminent aussi ce qui devient une priorité publique.
Le contrôle des engagements commence après le scrutin
Une première trajectoire serait un renforcement effectif : des moyens identifiés, des services accessibles et une participation qui influence les choix locaux. Une deuxième serait une amélioration des cadres et du suivi sans extension suffisante de la couverture. Une troisième verrait une continuité inégale selon les territoires. Ces scénarios doivent être distingués à partir des budgets exécutés et des résultats, sans transformer une intention de campagne en réalisation.
Pour les collectifs de jeunes, un suivi utile pourrait partir des propositions présentées aux partis, vérifier lesquelles sont reprises et demander le calendrier ainsi que le responsable de leur mise en œuvre. La présence d’un représentant politique à une rencontre n’équivaut pas à un engagement juridiquement contraignant. Elle crée toutefois un point de référence public pour interroger les décisions ultérieures.
La PNPA, les espaces de participation et SERVIAFRO constituent des instruments identifiables. Leur portée se mesurera dans l’exercice des droits et dans la capacité des populations afro-péruviennes à orienter l’action publique. L’échéance de 2030 impose un suivi continu, dont le cycle électoral est une étape. Les preuves disponibles permettent d’ouvrir ce contrôle ; elles ne justifient pas de proclamer la mission accomplie.

