AFR-014 — Illustration générée : commerçantes, conseillère et transporteur sur une plateforme fictive du corridor Cameroun–Centrafrique.

La Rédaction | 2 novembre 2026 | Cameroun

Lancé à Yaoundé, PAMOZ vise à rapprocher les possibilités offertes par la ZLECAf des petits commerçants et des entreprises des corridors Cameroun–Centrafrique. L’enjeu est de rendre les formalités, l’information et le financement effectivement accessibles. Les objectifs de formation et de coopération sont documentés ; leurs effets sur les frais, les délais et les revenus restent à mesurer.

Un lancement régional face aux contraintes du petit commerce Le 6 octobre 2026, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a présidé à Yaoundé le lancement de PAMOZ. Le Conseil national des chargeurs du Cameroun le présente comme le Projet d’appui à la mobilisation de la ZLECAf au profit du commerce transfrontalier, mis en œuvre par l’Organisation internationale pour les migrations avec un financement de la Banque africaine de développement. [1] Pour une petite entreprise, accéder à un marché voisin suppose de résoudre plusieurs problèmes ensemble : déterminer les documents requis, livrer sans retard excessif et disposer de trésorerie jusqu’au paiement. L’annonce d’un projet d’appui ne modifie pas à elle seule ces conditions. Sa portée dépendra de services utilisables par les opérateurs qui ne disposent ni d’un service juridique ni d’une équipe spécialisée dans l’exportation.

L’appui s’inscrit dans un travail engagé avant octobre 2026 La fiche de la BAD indique une approbation le 26 août 2025 et une signature le 24 avril 2026. Elle cible les corridors Douala–Bangui et Douala–Kousseri, ce dernier jusqu’à la frontière tchadienne, pour une opération bénéficiant au Cameroun et à la République centrafricaine. [2] L’évocation de l’espace régional ne suffit donc pas à ajouter un troisième pays bénéficiaire ni à attribuer au projet toutes les installations présentes sur ces axes. Le renforcement des compétences commerciales a d’autres précédents. En janvier 2025, les douanes camerounaises et l’Organisation mondiale des douanes ont organisé une formation sur les règles d’origine de la ZLECAf associant agents publics et secteur privé. [3] Comprendre ces règles est nécessaire pour déterminer l’éligibilité d’une marchandise au régime préférentiel ; le simple fait de l’expédier depuis un pays africain ne suffit pas. La CEA indique également qu’un guide des démarches et un portail d’information commerciale ont été validés à Douala en août 2026 avec le ministère du Commerce. [4] Ce dispositif est distinct de PAMOZ. Sa complémentarité éventuelle dépendra de l’usage qu’en feront les services d’accompagnement et de la mise à jour des informations. Une multiplication d’outils ne réduit les recherches du commerçant que s’ils donnent des réponses concordantes.

Les financements et les cibles ne sont pas des aides déjà distribuées Dans son communiqué du 13 octobre, la BAD présente une opération d’environ 3 millions de dollars, dont 2,7 millions apportés par son groupe, sur une durée annoncée de vingt-quatre mois. [5] La fiche financière indique un engagement de 2 millions d’unités de compte et une contribution de l’OIM de 252 354 unités

de compte. [2] Ces présentations portent sur le financement du projet ; elles ne correspondent pas à une enveloppe intégralement versée aux petites entreprises. Le rapport d’évaluation prévoit notamment 500 personnes formées, 500 petites entreprises formalisées et 500 accompagnements vers le crédit. Ces catégories peuvent se recouper et ne doivent pas être additionnées comme autant de bénéficiaires différents. Le texte envisage un partenariat avec une institution financière pour des crédits d’équipement et de fonds de roulement. Il prévoit une étude sur le stockage et les marchés transfrontaliers, leur construction relevant d’un projet futur. [6] Ces éléments décrivent la conception de l’intervention, pas un bilan d’exécution.

L’origine, les normes et la trésorerie doivent être traitées ensemble Les règles d’origine permettent de vérifier si une marchandise remplit les critères donnant accès à une préférence tarifaire. L’atelier de l’OMD abordait notamment les règles propres aux produits, le cumul et la certification. [3] Pour l’entreprise, l’accompagnement doit aboutir à un dossier adapté au produit et au marché visé. Il faut pouvoir distinguer l’origine, la provenance et les autres conditions d’admission, sans promettre une exonération automatique sur la seule base d’une étiquette nationale. Une préférence douanière ne règle pas toutes les difficultés de vente. L’acheteur peut exiger une qualité régulière, un conditionnement adapté et une livraison à date connue. Une petite entreprise doit financer les matières premières, le transport et parfois le stockage avant d’encaisser. Si l’appui administratif et le financement sont organisés séparément, un dossier conforme peut rester sans suite faute de trésorerie, ou un crédit financer un envoi mal préparé. Le ministère des Finances souligne lui-même, dans son compte rendu du Cameroon Business Forum de 2026, que l’accès aux dispositifs de garantie dépend encore de l’examen des projets par les banques. [7] Ce mécanisme national n’est pas le budget de PAMOZ. La distinction compte : être formé, être orienté vers un établissement et obtenir un crédit à des conditions supportables constituent des résultats différents, à suivre séparément.

Les commerçantes doivent pouvoir définir les services dont elles ont besoin Le lancement met l’accent sur les femmes, les jeunes, les transporteurs et les communautés frontalières. [5] Pour traduire cette priorité, la sélection des participants doit être compréhensible et accessible au-delà des entreprises déjà proches des administrations. Les horaires des formations, leurs lieux, les langues utilisées et les documents demandés peuvent faciliter ou limiter la participation. Il faudra pouvoir identifier les opérateurs qui n’entrent pas dans le dispositif et en comprendre les raisons. L’information devrait partir des situations rencontrées : petite cargaison, produit périssable, document refusé ou facture de transport difficile à prévoir. Un accompagnement utile permettrait au commerçant d’identifier le service compétent, de connaître les frais officiels et d’obtenir une trace de sa démarche. Les associations professionnelles et les communes peuvent aider à faire remonter ces difficultés, à condition que les signalements reçoivent une réponse et que les personnes concernées puissent suivre leur traitement. La formalisation mérite également une évaluation complète. Elle peut ouvrir l’accès à certains services et sécuriser des relations commerciales, mais elle peut aussi entraîner des coûts de tenue de dossier et des obligations nouvelles. Le nombre d’immatriculations ne suffit donc pas à prouver une amélioration des revenus. L’analyse devra suivre la continuité de l’activité, les charges supportées et la capacité de l’entrepreneur à conserver une part plus importante de la valeur créée.

Le calendrier et les modalités d’accès doivent encore être précisés Au 2 novembre 2026, les pièces consultées ne fournissent pas un guide complet de candidature, les conditions détaillées des crédits envisagés ou un bilan des appuis effectivement reçus. Cette limite documentaire ne signifie pas qu’aucune activité préparatoire n’a commencé. Elle empêche toutefois de présenter PAMOZ comme un guichet de financement déjà ouvert à toute petite entreprise répondant à des critères connus. Le calendrier appelle aussi une clarification. La fiche MapAfrica affiche un achèvement prévu au 30 avril 2027, alors que le communiqué de lancement évoque vingt-quatre mois. [2][5] Sans calendrier opérationnel actualisé, il serait imprudent de déduire une nouvelle date de clôture. Le plan de travail et les rapports d’avancement devront permettre de suivre les étapes réellement retenues, les responsabilités et les dépenses engagées. Enfin, aucun résultat mesuré de baisse des frais ou des temps de passage n’a été obtenu pour cette enquête. Il faudrait une situation de départ, des observations comparables sur les corridors et le suivi des mêmes catégories d’opérateurs. Une hausse du commerce peut dépendre des récoltes, des prix ou de la sécurité ; elle ne peut être attribuée au seul projet sans examiner ces facteurs. Les témoignages des bénéficiaires devront être confrontés aux données de trajet et d’activité.

Le succès se mesurera à des transactions plus prévisibles Une trajectoire favorable relierait l’information, la préparation des dossiers, le financement et le traitement des problèmes aux frontières. Une autre multiplierait les formations sans résoudre les difficultés rencontrées lors des premières transactions. Une troisième concentrerait les appuis sur les opérateurs les mieux organisés. Pour distinguer ces scénarios, le suivi devra mesurer les usages et les résultats, au-delà du nombre de réunions ou de participants. Les indicateurs utiles sont le coût total d’un envoi, le délai réel, les refus expliqués, le crédit effectivement obtenu et la marge conservée par le commerçant. Leur comparaison doit tenir compte du produit, du trajet et de la taille de l’entreprise. PAMOZ pourra renforcer la capacité économique des communautés si les opérateurs deviennent mieux informés, moins dépendants d’intermédiaires et capables de négocier leurs échanges dans des conditions plus stables.

Les pièces qui séparent conception du projet et résultats sur les corridors [1] Conseil national des chargeurs du Cameroun, « ZLECAf : Le CNCC en phase avec le PAMOZ », compte rendu du lancement du 6 octobre 2026. Source nationale du nom utilisé lors de la cérémonie et des partenaires. [2] Groupe de la Banque africaine de développement, fiche MapAfrica du projet 46002-P-Z1-K00-169, consultée le 2 novembre 2026. Dates, financement et périmètre ; calendrier à rapprocher de la communication de lancement. [3] Organisation mondiale des douanes, bilan de l’atelier camerounais sur les règles d’origine, tenu du 21 au 23 janvier 2025, publié le 3 février. Source sur les critères préférentiels et les compétences travaillées. [4] CEA, « Cameroun : un meilleur climat des affaires pour préparer l’offensive des entreprises dans la ZLECAf », 23 octobre 2026. Confirmation de la validation du guide et du portail en août ; initiative distincte de PAMOZ. [5] BAD, communiqué du 13 octobre 2026 sur le lancement du projet Cameroun–RCA, versions française et anglaise. Montants arrondis en dollars, durée annoncée et publics prioritaires. [6] BAD, rapport d’évaluation du projet P-Z1-K00-169, document de conception rendu public en février 2026 ; copie intégrale consultée, également diffusée par Logistafrica. Sous-composante 2.2, paragraphe 58 et cadre de résultats : cibles, mécanisme financier envisagé et étude d’infrastructures. [7] Ministère des Finances du Cameroun, « CBF 2026 : le MINFI mobilise pour financer les PME et faciliter leur accès à la ZLECAf », octobre 2026. Conditions d’accès aux garanties et difficultés discutées au forum, sans attribution de ce dispositif à PAMOZ.

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