État de Palestine  |  Coopération Sud-Sud / Éducation

Le 6 juillet 2026 à Bamako, l’ambassadeur palestinien Hassan Al-Balawi et le ministre malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, ont examiné des échanges d’enseignants, de chercheurs et d’étudiants, des jumelages universitaires, des recherches conjointes et des activités scientifiques et culturelles. Les deux parties ont convenu de poursuivre le travail afin de transformer ces idées en programmes pratiques.

Cette dernière formule fixe la limite : la diplomatie du savoir est engagée, son déploiement opérationnel n’est pas établi. Aucun accord signé, budget, quota de bourses, université jumelée ou calendrier n’est publié. La coopération peut pourtant être politiquement féconde si elle est conçue comme réciprocité entre deux sociétés confrontées à la contrainte, et non comme une aide descendante. Le sujet invite à bâtir une architecture crédible sans transformer une réunion préparatoire en réalisation accomplie.

À Bamako, une feuille d’idées plutôt qu’un programme

Le compte rendu palestinien cite des domaines précis : mobilité académique, partenariats directs entre universités, recherche commune, conférences, séminaires et coopération culturelle. Le ministre malien a exprimé la disponibilité de son département. L’entretien constitue donc une impulsion diplomatique documentée. Il ouvre des canaux entre l’ambassade, le ministère et les établissements d’enseignement supérieur.

Ce qu’il ne contient pas est tout aussi important. Aucun mémorandum n’est annoncé, aucune institution palestinienne ou malienne n’est désignée comme chef de file, aucun financement n’est identifié. Les verbes relèvent de la proposition et de la volonté. La formule éditoriale « déploiement opérationnel » devrait être réservée au moment où des étudiants sont sélectionnés, des cours organisés, des équipes financées ou des plateformes mises en service.

La Palestine ne peut être réduite au rôle de bailleur

Les institutions universitaires palestiniennes disposent d’expertises en santé publique, agriculture sous contrainte hydrique, ingénierie, sciences sociales et résilience. Elles travaillent cependant dans un contexte de destruction, de restrictions de mobilité et de fragmentation territoriale. Présenter la relation comme une offre illimitée de savoir ignorerait ces réalités et risquerait de transformer la solidarité en récit promotionnel.

Une coopération équilibrée reconnaît que le Mali apporte aussi des connaissances : gestion sahélienne de l’eau, agroécologie, langues, histoire, médiation communautaire et expérience de systèmes éducatifs sous pression. Les recherches conjointes devraient être codirigées, les données gouvernées par les partenaires et les publications signées équitablement. La diplomatie du savoir devient ainsi un espace de production commune, pas un transfert à sens unique depuis une Palestine abstraitement présentée comme centre technologique.

Les obstacles matériels à la mobilité

Un programme d’échanges suppose des visas, des routes aériennes, des assurances, des financements, la reconnaissance des diplômes et la sécurité des participants. Pour les universitaires palestiniens, les autorisations de sortie et les interruptions de déplacement peuvent rendre un calendrier fragile. Pour les étudiants maliens, les coûts de voyage et de séjour peuvent réserver la mobilité à une minorité. Aucun de ces obstacles n’est traité dans le compte rendu.

Des formats hybrides peuvent réduire certaines contraintes, mais ils exigent une connectivité stable, des équipements et une rémunération du travail pédagogique. Des mobilités vers des pays tiers, des écoles d’été en Afrique ou des laboratoires virtuels pourraient compléter les échanges directs. Ces solutions doivent être budgétées et non invoquées comme substitut gratuit. La résilience universitaire n’est pas la capacité d’absorber indéfiniment les contraintes ; elle est l’organisation de moyens qui protège la continuité et la qualité.

Choisir des programmes à valeur publique

Les premières coopérations devraient répondre à des besoins définis par les établissements : modules sur la gestion de l’eau, télémédecine, archives numériques, intelligence artificielle sobre, santé communautaire ou agriculture résiliente. Un projet pilote peut associer une université malienne et une université palestinienne, avec objectifs, équipes, données, budget et livrables. Le choix ne devrait pas dépendre uniquement de la visibilité diplomatique.

L’impact doit être collectif. Une bourse individuelle est utile, mais elle peut rester isolée si le bénéficiaire ne dispose pas d’un laboratoire ou d’un poste à son retour. Financer une équipe, des équipements partagés, des bibliothèques numériques et la formation de formateurs crée un multiplicateur. Les femmes chercheuses, les universités régionales et les jeunes enseignants doivent être inclus afin que la coopération ne renforce pas les concentrations déjà présentes à Bamako ou dans quelques institutions prestigieuses.

Gouverner les données et la propriété intellectuelle

Les projets scientifiques produisent des données, logiciels, méthodes et parfois des inventions. Un accord crédible doit prévoir l’hébergement des données, l’accès, l’éthique, la publication ouverte et la propriété intellectuelle. Sans ces clauses, la partie disposant des meilleurs serveurs ou des juristes les plus expérimentés peut capter les résultats. Cette question est particulièrement importante pour la santé, la génomique, l’agriculture et les connaissances traditionnelles.

La souveraineté scientifique demande aussi des standards communs d’évaluation. Les équipes devraient publier les protocoles, enregistrer les financements et mesurer le renforcement des capacités plutôt que le seul nombre de réunions. Un comité conjoint avec représentation universitaire, étudiante et éthique pourrait suivre l’exécution. La diplomatie devient alors une infrastructure de confiance : elle protège les participants, répartit les bénéfices et rend les résultats réutilisables par les sociétés malienne et palestinienne.

De la déclaration d’intérêt au premier semestre d’activité

Les preuves attendues sont simples : un mémorandum public, une liste d’établissements, un appel à candidatures, une ligne budgétaire, un calendrier et un premier rapport. La sélection d’un petit nombre de projets financés vaudrait mieux qu’un catalogue illimité de domaines. Les partenaires pourraient annoncer un cycle pilote de douze mois, évaluer les obstacles de mobilité et décider ensuite d’une montée en puissance.

En l’état, l’initiative mérite d’être suivie et non disqualifiée. La réunion de Bamako a posé un vocabulaire, identifié des instruments et obtenu un accord politique pour continuer. Mais le niveau de preuve impose de dire qu’elle prépare l’opérationnel. Si les deux parties publient des programmes et des bénéficiaires, la diplomatie du savoir deviendra observable. Avant cela, le titre maître représente une ambition éditoriale que l’enquête doit ramener au stade exact de maturation.

L’évaluation devra documenter aussi les absences et abandons. Un programme de coopération peut annoncer vingt mobilités et n’en réaliser que cinq pour des raisons de visa, de sécurité ou de financement ; cacher cet écart empêche de corriger le dispositif. Les partenaires devraient publier les candidatures reçues, la diversité des bénéficiaires, les activités réalisées, les crédits reconnus et les projets poursuivis après la subvention. Des entretiens anonymisés avec étudiants et enseignants permettraient d’identifier les contraintes vécues. La protection des participants doit inclure un protocole de continuité en cas de fermeture de frontière, de coupure du réseau ou d’aggravation sécuritaire. Ce réalisme ne diminue pas la portée solidaire de l’initiative : il la rend crédible. La coopération palestino-malienne peut devenir exemplaire précisément si elle transforme des contraintes partagées en institutions durables, au lieu de masquer les difficultés derrière une rhétorique de fraternité.

Les documents qui fixent le niveau de preuve

  • Agence palestinienne de presse WAFA — Entretien de Hassan Al-Balawi avec Bouréma Kansaye à Bamako — 6 juillet 2026.
  • Ministère malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique — Cadre national de coopération universitaire internationale.
  • Ministère des Affaires étrangères et des Expatriés de l’État de Palestine — Relations bilatérales et diplomatie éducative.
  • Agence palestinienne de coopération internationale — Mandat en matière de coopération technique Sud-Sud.
  • UNESCO — Recommandation sur la science ouverte et principes de coopération scientifique équitable.

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