Élue à la tête de la COP17 le 17 août 2026, la Mongolie conduit jusqu’en 2028 le cycle politique de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Pour l’Afrique, l’enjeu est de convertir l’agenda d’Oulan-Bator sur les parcours, la sécheresse et la finance en projets réellement exécutés.

À Ulaanbaatar, la Mongolie passe de pays hôte à présidente du cycle 2026-2028

Le 17 août 2026, à l’ouverture de la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), les Parties ont élu par acclamation Battsetseg Batmunkh, ministre mongole des Affaires étrangères, à la présidence de la COP17. Cette élection ouvre une présidence mongole couvrant la période 2026-2028, jusqu’au prochain cycle de la Convention.

La COP17 s’est tenue à Oulan-Bator du 17 au 28 août sous le thème « Restoring Land. Restoring Hope. ». La Mongolie ne s’est donc pas limitée à accueillir la conférence : elle conduit désormais le suivi politique des décisions et initiatives jusqu’à la COP18 prévue en Égypte en 2028.

La période 2026-2028 est confirmée par plusieurs documents institutionnels, notamment de la Banque asiatique de développement et du Fonds pour l’environnement mondial. Cette fonction donne à la Mongolie un rôle d’impulsion diplomatique, mais aucun pouvoir supranational : les décisions restent celles des Parties et leur exécution dépend des États et partenaires.

Un pays dont 77 % des terres sont dégradées transforme sa vulnérabilité en agenda diplomatique

Le choix de la Mongolie possède une forte cohérence géographique. La CNULCD estime que près de 77 % du territoire mongol est déjà dégradé. Dans un pays de 1,56 million de kilomètres carrés marqué par des écosystèmes de steppe, une forte dépendance à l’élevage pastoral et une exposition aux sécheresses, aux tempêtes de poussière et à la désertification, la restauration des terres relève directement de la sécurité économique et sociale.

La présidence s’inscrit aussi dans l’Année internationale des parcours et des pasteurs 2026, initiative portée à l’origine par la Mongolie au sein des Nations unies. Les parcours couvrent plus de la moitié des terres émergées de la planète et font vivre directement environ 500 millions de pasteurs. Ils occupent ainsi une place centrale dans l’agenda adopté à Oulan-Bator.

La Mongolie cherche à prolonger la conférence par des programmes hérités de la COP17. Un projet mondial soutenu par le Fonds pour l’environnement mondial est explicitement ancré dans sa présidence afin de renforcer la gestion durable des parcours, la neutralité en matière de dégradation des terres, l’investissement et les échanges Sud-Sud. Il bénéficie d’environ 2,97 millions de dollars de subvention du FEM et de près de 9,68 millions de cofinancement annoncé.

La présidence offre à Oulan-Bator un moyen de transformer une vulnérabilité environnementale nationale en plateforme diplomatique. Son bilan dépendra toutefois de sa capacité à faire émerger des mécanismes, des financements et des coopérations durables au-delà de la conférence.

Rangelands, sécheresse et finance : ce que la COP17 a réellement produit

La COP17 s’est achevée le 28 août avec plusieurs décisions et initiatives vérifiables. La Convention a placé les parcours et les communautés pastorales au centre de son agenda et a lancé une initiative phare regroupant un portefeuille de 1,2 milliard de dollars réparti sur 45 projets. La CNULCD présente cette mobilisation comme la plus importante jamais réunie dans son cadre pour les parcours.

Plus largement, gouvernements, banques de développement, fonds et entreprises ont annoncé à Oulan-Bator un portefeuille d’environ 1,3 milliard de dollars pour la restauration des terres et la résilience à la sécheresse dans 23 pays, à des stades de maturité différents. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec de l’argent déjà décaissé. La documentation de la CNULCD distingue notamment des financements nouveaux et une fraction déjà confirmée ou en voie d’exécution.

La conférence a aussi vu le lancement de la Drought Resilience Investment Facility, conçue avec un financement d’amorçage luxembourgeois. Son objectif est de mobiliser jusqu’à 400 millions de dollars de capitaux publics et privés pour des projets de résilience à la sécheresse, de gestion de l’eau, d’agriculture durable et de solutions fondées sur la nature.

Les Parties ont en outre adopté des textes sur les parcours et pasteurs, la sécheresse, le régime foncier, les tempêtes de sable et de poussière, le secteur privé et le programme de travail vers la COP18. L’Égypte doit accueillir la prochaine conférence à Charm el-Cheikh en 2028. La présidence mongole s’inscrit donc dans une période d’exécution située entre deux conférences, et non dans une séquence diplomatique achevée le 28 août.

Présider la COP ne signifie pas disposer seul de l’argent ni des décisions

La portée réelle de la présidence doit être distinguée de sa visibilité. La Mongolie peut faciliter les compromis, maintenir les sujets de la COP17 à l’agenda, mobiliser des partenaires, promouvoir les parcours et la résilience à la sécheresse et exercer une influence diplomatique dans le suivi des décisions. Elle ne peut cependant ni imposer une politique nationale aux 197 Parties ni ordonner le décaissement des financements annoncés.

Cette distinction est essentielle lorsqu’une conférence annonce des montants élevés. Un « portefeuille » regroupe des projets à des stades différents : certains sont financés, d’autres encore en préparation. La présidence mongole peut rapprocher projets et financeurs, mais bancabilité, diligence, capacités administratives et conditions d’investissement détermineront la conversion des annonces en décaissements.

Le même principe vaut pour l’influence normative. La COP17 a créé ou renforcé des cadres politiques sur les parcours, le foncier, la sécheresse et le financement. Leur efficacité sera observable seulement si les États les traduisent en budgets, règles foncières, systèmes d’alerte, plans de sécheresse, investissements et dispositifs de suivi.

La présidence 2026-2028 doit donc être analysée comme un pouvoir d’impulsion et de coordination, non comme une autorité exécutive mondiale. Son succès dépendra moins du nombre de déclarations adoptées à Oulan-Bator que de la capacité à suivre l’exécution, à maintenir la pression politique et à rendre visibles les écarts entre engagements, financements confirmés et réalisations.

Pour l’Afrique, la bataille se joue sur les terres productives et les financements exécutables

L’intérêt africain est direct. La Banque africaine de développement estime qu’environ 65 % des terres productives du continent sont dégradées. Désertification, sécheresse et érosion fragilisent rendements agricoles, pâturages, eau et revenus ruraux. Les dossiers suivis par la présidence mongole touchent donc directement la souveraineté alimentaire et la sécurité économique africaines.

Les priorités de la COP17 recoupent notamment celles de la Grande Muraille verte. L’initiative portée par l’Union africaine s’est transformée en programme continental de restauration et de développement résilient. Dans son corridor historique sahélien, elle couvre un vaste ensemble allant du Sénégal à la Corne de l’Afrique et associe agriculture, pastoralisme, eau, emplois et restauration écologique.

La mise en avant des parcours constitue un autre point de convergence. De nombreux États africains dépendent de systèmes pastoraux confrontés à la dégradation des pâturages, aux sécheresses et aux conflits d’usage. Les débats d’Oulan-Bator sur droits fonciers, financement et chaînes de valeur peuvent servir de référence, à condition que les communautés africaines participent à la conception des projets et au partage de la valeur.

La priorité africaine devrait donc être double : capter une part mesurable des nouveaux instruments financiers et renforcer la maîtrise locale des projets. Un financement extérieur n’a d’effet structurel que s’il restaure effectivement les terres, améliore les revenus, consolide les droits d’usage, développe les compétences nationales et réduit la vulnérabilité aux sécheresses.

Les montants annoncés ne disent pas encore quels pays africains en bénéficieront

Plusieurs zones d’incertitude demeurent. La première concerne la ventilation du portefeuille de 1,3 milliard de dollars annoncé à la COP17. Les sources publiques ne permettent pas encore d’établir de façon consolidée la part destinée à l’Afrique, les montants par pays ni les calendriers de décaissement.

La deuxième concerne l’initiative phare sur les parcours. Son portefeuille de 1,2 milliard de dollars et ses 45 projets constituent une mobilisation importante, mais la répartition entre financements nouveaux, financements déjà existants, projets pleinement approuvés et opérations encore en développement doit être suivie avec précision.

La troisième concerne la Drought Resilience Investment Facility. Son objectif de 400 millions de dollars est une cible de mobilisation, et non un montant déjà investi. Les conditions d’éligibilité, la répartition future entre régions, le niveau de capitaux effectivement levés et la capacité des pays africains à présenter des projets bancables détermineront son impact.

La présidence devra aussi être évaluée sur des indicateurs encore indisponibles : projets passés à l’exécution, financements décaissés, hectares restaurés, bénéficiaires, gouvernance foncière et progrès des plans nationaux de sécheresse. À ce stade, conclure sur les résultats des deux années de présidence serait prématuré.

D’ici à 2028, trois scénarios pour la présidence mongole

Premier scénario : une présidence d’exécution. La Mongolie maintient les engagements sous surveillance, accélère les partenariats, rapproche financeurs et projets et favorise les échanges entre régions sèches d’Asie et d’Afrique. Les annonces de 2026 se convertissent progressivement en opérations mesurables avant la COP18.

Deuxième scénario : une présidence diplomatiquement active mais aux résultats financiers inégaux. Les cadres politiques avancent, mais les décaissements restent concentrés sur les projets les plus bancables et les pays dotés de fortes capacités institutionnelles, laissant en marge certains États fragiles et communautés pastorales.

Troisième scénario : l’écart entre ambition et mise en œuvre persiste. La CNULCD estime à environ 278 milliards de dollars par an le déficit mondial entre investissements actuels et besoins de restauration et de résilience. Dans ce cas, la présidence mongole laisserait surtout un héritage politique sans rupture suffisante dans les flux financiers.

Pour l’Afrique, la stratégie la plus robuste consiste à ne pas attendre passivement l’agenda de 2028 : préparer dès maintenant des projets chiffrés, documentés et gouvernés localement, capables d’entrer dans les nouveaux mécanismes financiers et d’être défendus dans le suivi de la COP17.

Une présidence solidement établie, dont l’impact reste à démontrer

Le socle documentaire est très robuste. Les journaux officiels de la COP17 confirment l’élection de Battsetseg Batmunkh le 17 août 2026. La Banque asiatique de développement et le Fonds pour l’environnement mondial documentent une présidence mongole couvrant 2026-2028. La CNULCD publie les décisions, les résultats financiers et la transition vers la COP18.

Les sources institutionnelles africaines permettent en parallèle d’évaluer les enjeux pour le continent : la Banque africaine de développement documente l’ampleur de la dégradation des terres et l’Union africaine porte la Grande Muraille verte comme cadre continental de restauration et de résilience.

Sources institutionnelles utilisées

  • Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification — COP17, journaux officiels, décisions et bilan de clôture, août 2026.
  • Banque asiatique de développement — assistance technique à la préparation et à la présidence mongole de la COP17, 2026.
  • Fonds pour l’environnement mondial — UNCCD Mongolia COP17 Legacy Project, 2026.
  • Programme des Nations unies pour le développement — bilan de la COP17 et annonce de la COP18 en Égypte en 2028.
  • Banque africaine de développement — désertification et dégradation des terres en Afrique ; participation à la COP17, août-septembre 2026.
  • Union africaine — Grande Muraille verte, stratégie et cadre de mise en œuvre 2024-2034.

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