Un cap décisionnel majeur pour l’architecture financière du Sud
L’architecture financière multilatérale des pays du Sud a franchi un cap décisionnel majeur avec la nomination, actée le 5 juillet 2026 et effective au 8 juillet 2026, du Sud-Africain Monale Ratsoma au poste de Vice-Président et Chief Risk Officer (Directeur des Risques) de la Nouvelle Banque de Développement (NDB). Cette reconfiguration du haut commandement de l’institution, adossée au bloc des BRICS, marque une étape fondamentale dans l’appropriation par le continent africain des leviers de gouvernance financière mondiale. En confiant la gestion des risques, la stratégie d’entreprise et les normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) à un expert issu du Trésor sud-africain, la NDB signale une volonté explicite de recalibrer les critères de financement du développement. Cette démarche s’éloigne des asymétries punitives traditionnellement imposées par les institutions de Bretton Woods et les agences de notation occidentales, pour favoriser une intégration structurelle des impératifs souverains du Sud Global.
La NDB, alternative stratégique au FMI et à la Banque mondiale
Fondée en 2015 par les nations des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), la Nouvelle Banque de Développement s’est positionnée d’emblée comme l’alternative stratégique au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque mondiale. Dès sa genèse, l’objectif fondamental fut de briser l’hégémonie du dollar américain et les conditionnalités politiques intrusives, en favorisant le financement en monnaies locales et le respect des trajectoires de développement nationales. L’Afrique du Sud, en tant que tête de pont du continent africain au sein des BRICS, a lutté pour garantir que la NDB devienne un catalyseur de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
C’est dans cette dynamique d’affirmation souveraine que Monale Ratsoma s’est imposé comme une figure de proue de l’ingénierie financière africaine. Fort d’une carrière entamée au sein de la sphère privée (Thebe Stockbroking, Absa Capital), il a consolidé son expertise au plus haut niveau de l’État sud-africain au sein du Trésor national de 2011 à 2018. Il y a dirigé la politique économique, la gestion des passifs souverains, et la coordination stratégique avec le G20, le FMI et l’Union africaine. Artisan de la mise en place du premier bureau régional de la NDB pour l’Afrique (Africa Regional Centre – ARC) à Johannesburg, il a supervisé son essor avant d’intégrer le siège à Shanghai.
De la modélisation macroéconomique au poste de Chief Risk Officer
Le processus institutionnel ayant conduit à cette nomination s’est déroulé selon une séquence chronologique stricte, reflétant la maturation de la NDB et les équilibres de pouvoir internes :
| Période | Fonction occupée par Monale Ratsoma | Réalisations stratégiques et institutionnelles |
| 2011 – 2018 | Directeur général adjoint, Trésor national d’Afrique du Sud | Modélisation macroéconomique, gestion du portefeuille de la dette souveraine sud-africaine, réformes du financement de l’Union africaine. |
| 2018 – 2024 | Directeur général, Africa Regional Centre (ARC) de la NDB | Établissement du premier bureau régional de la NDB à Johannesburg, structuration des financements pour les opérations africaines (ex: projets énergétiques et logistiques). |
| Juillet 2024 – Juillet 2026 | Vice-Président et Chief Financial Officer (CFO), NDB | Supervision de la stratégie de financement multidevises, gestion des émissions d’obligations Panda (RMB) et ZAR, préparation des états financiers. |
| 5 juillet 2026 | Validation par le Conseil des Gouverneurs | Approbation par vote formel de sa nomination au poste de CRO, sur recommandation de la Présidente Dilma Rousseff et du ministre des Finances sud-africain Enoch Godongwana. |
| 8 juillet 2026 | Prise de fonction en tant que Chief Risk Officer (CRO) | Prise en charge de la gestion des risques, de la stratégie globale, des partenariats et de la conformité ESG, succédant à l’Indien Rajiv Ranjan. |
La gestion des risques, une discipline éminemment politique
L’ascension de Monale Ratsoma au poste de Chief Risk Officer révèle une mutation profonde de la philosophie opérationnelle de la NDB, marquant le passage de son premier cycle d’expansion à sa doctrine de maturité stratégique définie par la Stratégie générale 2022-2026. La gestion des risques au sein des banques multilatérales n’est jamais une discipline purement technique ; elle est éminemment politique. L’« appétence au risque » d’une institution détermine directement quels projets d’infrastructures africaines seront jugés viables et lesquels seront relégués aux oubliettes financières. Historiquement, le continent africain a subi une asymétrie de perception du risque de la part des agences de notation internationales, entraînant des primes de risque exorbitantes.
En plaçant un spécialiste de l’ingénierie de la dette souveraine du Sud à la tête de ce département, la NDB s’assure que ses modèles de souscription reflètent la réalité macroéconomique des marchés émergents. Ratsoma est chargé d’opérationnaliser les objectifs ambitieux de la banque : consacrer 40 % des approbations totales à des projets liés à l’atténuation du changement climatique, et atteindre 30 % des financements en monnaies locales d’ici la fin de la décennie. Cela implique une gestion chirurgicale du risque de change. À cet égard, un dossier critique repose sur son bureau : la transition complexe du taux de référence sud-africain JIBAR vers le nouveau standard ZARONIA, un processus qui doit être achevé d’ici décembre 2026 et qui affecte des milliards de rands de contrats existants. De plus, la supervision du Environmental and Social Framework (ESF) par Ratsoma garantit que les critères de durabilité ne deviendront pas de nouvelles barrières non tarifaires empêchant l’industrialisation africaine, mais qu’ils s’adapteront aux systèmes de conformité locaux.
L’Afrique du Sud, porte‑voix des intérêts africains dans la refonte financière mondiale
L’Afrique du Sud, en consolidant sa présence au sein du directoire de la NDB, renforce son leadership diplomatique continental. Cette position lui permet d’agir comme porte-voix des intérêts africains dans la refonte de l’architecture financière mondiale, un objectif soutenu conjointement par le G20 et l’Union africaine dans leur quête d’un multilatéralisme inclusif.
La capacité du continent à financer son déficit en infrastructures dépend d’une évaluation juste de ses risques souverains. Une doctrine du risque afrocentrée permettra de fluidifier les lignes de crédit souverain et de stimuler les opérations non souveraines destinées au secteur privé, tout en promouvant l’usage des monnaies locales pour amortir les chocs de change.
La restructuration du management reflète les équilibres internes complexes des BRICS. La capacité de l’Afrique du Sud à conserver ce poste stratégique de haut rang souligne sa pertinence géopolitique face à l’expansion continue de la NDB à de nouveaux membres (Égypte, Algérie, Bangladesh, Émirats arabes unis).
Le financement de la résilience urbaine et climatique, désormais au cœur du portefeuille géré sous la loupe des risques ESG de Ratsoma, constitue un pilier de la sécurité humaine. L’atténuation des désastres écologiques par des infrastructures fiables est directement corrélée à la baisse des conflits civils et des migrations forcées.
Les critères d’évaluation des risques liés aux transferts de technologies et à l’approvisionnement local (notamment l’objectif de 30 % de contenu local souvent promu par le bureau régional de Johannesburg) peuvent devenir des catalyseurs décisifs pour la réindustrialisation du continent et la transformation locale des minerais critiques.
La normalisation des contrats de prêts qui intègrent les droits nationaux des pays emprunteurs et qui refusent les clauses abusives des juridictions extraterritoriales constitue un acte majeur de recouvrement de la souveraineté juridique et financière pour les États africains.
La révision de l’appétence au risque demeure entourée d’une certaine opacité institutionnelle
La méthodologie exacte de la révision de l’appétence au risque sous la direction de Monale Ratsoma n’a pas encore fait l’objet de publications publiques exhaustives. Le dosage précis entre la flexibilité accordée aux membres émergents et la rigueur exigée par les agences de notation internationales (pour maintenir le triple A) demeure entouré d’une certaine opacité institutionnelle.
L’étendue réelle de l’influence de l’Afrique du Sud sur l’orientation des capitaux de la NDB face au poids prépondérant de la Chine (qui fournit une large part des liquidités via le marché interbancaire chinois) reste difficile à quantifier de l’extérieur. De même, la capacité de la NDB à résister aux pressions géopolitiques systémiques touchant certains de ses membres fondateurs n’est pas publiquement documentée.
Équilibrer l’audace développementale et l’orthodoxie de bilan
À court terme, l’évolution la plus probante sera la refonte des cadres de souscription de la NDB pour intégrer la transition critique vers le ZARONIA en Afrique du Sud, un chantier colossal pour l’évaluation des risques de crédit et de liquidité. À moyen terme, l’action de Monale Ratsoma pourrait préfigurer une standardisation « Sud-Sud » des pratiques d’évaluation ESG, où la taxonomie verte et les exigences sociales seront dictées par les réalités des pays en développement (concept de transition juste) plutôt que par des injonctions punitives européennes. Le risque systémique principal réside dans d’éventuelles pressions des agences de notation occidentales, susceptibles de dégrader la note de la NDB si elles jugent les politiques de risque trop accommodantes envers certains États fragiles du continent. Le succès de Ratsoma se mesurera à sa capacité à équilibrer l’audace développementale africaine avec une orthodoxie de bilan irréprochable.

