Kobada devient un test grandeur nature du Code minier de 2023
Le 28 août 2026, le Conseil des ministres du Mali a adopté un projet de décret fixant les modalités de participation de l’État au capital de MINES DE KOBADA-S.A., société créée pour exploiter le gisement aurifère de Kobada, dans le cercle de Kangaba, région de Koulikoro. La décision découle d’un protocole d’accord négocié avec Toubani Resources Mali-SARL et MINES DE KOBADA-S.A. afin de poursuivre le projet sous le nouveau cadre minier malien.
La structure annoncée porte la participation de l’État et des investisseurs nationaux à 35 % du capital : 10 % gratuits et non diluables pour l’État, 20 % supplémentaires en numéraire et 5 % réservés aux investisseurs nationaux. Le décret confie la gestion de cette participation publique à la Société du Patrimoine minier du Mali, SOPAMIM.
Le fait central est donc établi. Mais les 35 % ne constituent ni une nationalisation ni une prise de contrôle majoritaire : 65 % du capital restent hors de ce bloc national. La portée économique du dispositif dépendra des droits attachés aux actions, du prix de souscription des 20 %, de la gouvernance de la société, du financement du projet et de sa mise en production effective.
Un permis ancien relancé après plus d’une décennie sans production
L’histoire de Kobada est longue. Le permis de recherche a été attribué en 2001 à la Compagnie Minière d’Or puis cédé, après deux renouvellements, à African Gold Group Mali-SARL en 2006. Les travaux avaient conduit à une première estimation de 36 millions de tonnes de minerai à 1,05 gramme d’or par tonne, soit 37,631 tonnes d’or métal. Un permis d’exploitation de grande mine avait été attribué en 2015.
Le projet n’a pourtant pas démarré comme prévu. Le Gouvernement indique que l’opérateur a rencontré des difficultés ayant entravé le lancement des activités. Après l’adoption du Code minier de 2023, une nouvelle étude de faisabilité a réévalué les réserves à 53,8 millions de tonnes de minerai à 0,90 gramme par tonne, soit 1,56 million d’onces d’or contenu, équivalant à 48,52 tonnes d’or métal.
African Gold Group Mali-SARL avait changé de dénomination en janvier 2023 pour devenir Toubani Resources-SARL. L’entreprise a ensuite créé Toubani Resources Mali-SARL et une société d’exploitation de droit malien, MINES DE KOBADA-S.A. Le 28 janvier 2026, le Conseil des ministres a autorisé le transfert du permis d’exploitation à cette dernière, préparant la décision capitalistique d’août.
Dix pour cent gratuits, vingt pour cent payants, cinq pour cent nationaux
La décomposition du capital est déterminante. Les 10 % gratuits et non diluables garantissent à l’État un socle de participation qui ne doit pas être réduit par les augmentations de capital futures. Cette part peut donner accès à des dividendes et à des droits de gouvernance, mais les statuts de MINES DE KOBADA-S.A. et le pacte d’actionnaires complet ne sont pas publiés dans le corpus vérifié.
Les 20 % supplémentaires sont en numéraire. Ils impliquent donc un apport financier et ne doivent pas être présentés comme un gain gratuit. Les sources officielles ne donnent pas encore la valorisation de référence, le montant que l’État devra effectivement décaisser, le calendrier de libération du capital, ni la manière dont cette souscription sera financée.
Les 5 % réservés aux investisseurs nationaux introduisent une ouverture au capital malien privé ou institutionnel. Cette disposition peut élargir la captation domestique des dividendes et renforcer l’ancrage du projet. Mais aucun mécanisme public de sélection, aucun prix de souscription ni aucun calendrier de placement de ces 5 % n’est encore identifié.
La différence entre ces trois blocs est donc essentielle : gratuité et protection contre la dilution pour 10 %, investissement public rémunérable mais coûteux pour 20 %, et accès réservé aux capitaux nationaux pour 5 %. L’affichage d’un total de 35 % ne suffit pas, à lui seul, à mesurer la valeur économique réellement captée.
SOPAMIM devient l’outil de gestion du patrimoine minier public
Le décret adopté confie la gestion de la participation de l’État à la Société du Patrimoine minier du Mali. Cette structure fait partie de la nouvelle architecture institutionnelle mise en avant par le Gouvernement pour mieux suivre les intérêts publics dans les sociétés minières et renforcer la maîtrise du portefeuille de participations.
La décision peut améliorer la professionnalisation de l’actionnaire public si SOPAMIM dispose d’équipes capables d’analyser budgets, plans de mine, coûts de production, besoins de financement, contrats commerciaux, risques environnementaux et décisions d’investissement. Détenir des actions sans capacité de contrôle économique réduirait la portée du changement juridique.
La gouvernance sera donc un test central. Il faudra connaître la représentation de l’État au conseil d’administration, les droits de veto éventuels, les règles de distribution des dividendes, les obligations de reporting, la politique d’endettement de la société et la protection contre les transactions avec des parties liées. Ces éléments ne sont pas détaillés dans le communiqué du 28 août.
Le Mali cherche à convertir l’or en capital national et en chaînes de valeur
La réforme de Kobada s’inscrit dans une politique minière plus large. Le Code minier et la loi sur le contenu local adoptés en 2023 ont pour objectif déclaré d’augmenter la part de la valeur minière revenant à l’État, aux entreprises et aux travailleurs maliens. Le Gouvernement indique que ce cadre a porté jusqu’à 35 % la participation de l’État et des investisseurs privés nationaux dans les nouveaux projets, contre 20 % auparavant.
L’enjeu dépasse les dividendes. La loi sur le contenu local vise aussi l’emploi, la sous-traitance, la fourniture de biens et services, les compétences et la participation d’entreprises maliennes à l’économie extractive. Pour Kobada, la part de capital réservée aux nationaux ne produira un effet structurel que si elle est accompagnée d’une montée en capacité des fournisseurs, cadres, ingénieurs, laboratoires et sociétés de services du pays.
Le contexte macroéconomique explique la priorité accordée à cette question. L’ITIE Mali rappelle que l’or domine très largement la valeur de la production minérale nationale. Le FMI projette encore une contribution majeure de l’or aux exportations en 2026. Une modification même partielle des règles de propriété, de fiscalité et de contenu local peut donc avoir des conséquences bien supérieures à celles d’un projet isolé.
Pour l’Afrique, Kobada illustre une stratégie de renégociation de la place de l’État producteur dans la chaîne de valeur. Le résultat ne devra toutefois pas être évalué uniquement par le pourcentage de capital national, mais par les revenus distribués, les emplois qualifiés, les contrats locaux, la fiscalité, les infrastructures et les capacités industrielles créées.
Le coût réel des 20 % et les droits associés restent à connaître
La première zone d’incertitude est financière. Le communiqué officiel fixe les pourcentages mais ne publie ni la valorisation de MINES DE KOBADA-S.A., ni le prix de souscription des 20 % supplémentaires, ni le montant total à décaisser par l’État. Sans ces informations, il est impossible d’évaluer le rendement potentiel de l’investissement public.
La deuxième incertitude concerne les 5 % réservés aux investisseurs nationaux. Les catégories d’investisseurs éligibles, le mécanisme d’attribution, les règles de transparence et la date de souscription ne sont pas précisés. La simple réservation d’une tranche ne signifie donc pas qu’elle a déjà été intégralement souscrite par des capitaux maliens.
La troisième concerne le financement minier lui-même. Les réserves géologiques sont documentées, mais les sources gouvernementales consultées ne publient pas le coût actualisé de construction, la structure dette-fonds propres, les prêteurs, les garanties, le calendrier de décaissement ni la date ferme de démarrage de la production.
Enfin, le protocole d’accord avec Toubani Resources Mali-SARL et MINES DE KOBADA-S.A. n’est pas publié intégralement. Les engagements détaillés sur le contenu local, les infrastructures, l’environnement, les communautés riveraines, la fiscalité et les mécanismes de règlement des différends restent donc à confirmer sur document.
Une participation plus élevée n’a de sens que si la mine entre réellement en production
Un scénario favorable verrait Kobada franchir rapidement les étapes de financement et de construction, puis générer une production suffisante pour distribuer dividendes, taxes, redevances et contrats locaux. Dans ce cas, les 35 % nationaux deviendraient un instrument concret de partage de la valeur.
Un scénario intermédiaire verrait le projet avancer mais nécessiter de nouveaux apports de capitaux. La clause de non-dilution protégerait les 10 % gratuits de l’État, tandis que les 20 % payants pourraient exiger des financements supplémentaires selon les modalités prévues par les statuts et accords d’actionnaires.
Un scénario défavorable associerait retards prolongés, hausse des coûts, financement incomplet ou performances minières inférieures aux hypothèses de faisabilité. Le Mali détiendrait alors davantage de capital dans une société qui ne génère pas encore les flux attendus. La souveraineté capitalistique ne se substitue pas à la viabilité industrielle.
Les indicateurs à suivre sont donc précis : publication du décret et du protocole, montant payé pour les 20 %, souscription des 5 % nationaux, gouvernance de SOPAMIM, financement du projet, début des travaux, calendrier de production, coûts réels, emplois, contrats locaux, recettes fiscales, dividendes et respect des obligations environnementales.
Les documents qui fondent l’enquête
- Gouvernement du Mali, Conseil des ministres du 28 août 2026 : modalités de participation de l’État et des investisseurs nationaux au capital de MINES DE KOBADA-S.A.
- Information Gouvernementale du Mali, Conseil des ministres du 28 janvier 2026 : transfert du permis d’exploitation de Kobada à MINES DE KOBADA-S.A. et données de réserves issues de la nouvelle étude de faisabilité.
- Ministère des Mines du Mali, loi n° 2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier en République du Mali.
- Ministère des Mines du Mali, loi n° 2023-041 du 29 août 2023 relative au contenu local dans le secteur minier.
- Ministère des Mines du Mali, documentation 2024–2026 sur la mise en œuvre du Code minier, la participation nationale et les structures publiques du secteur.
- Information Gouvernementale du Mali, juillet 2026, bilan des réformes minières et présentation de la SOPAMIM parmi les nouvelles structures de gouvernance.
- Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives au Mali, données sur la contribution dominante de l’or à la production minérale nationale.
- Fonds monétaire international, rapports 2025–2026 sur l’économie malienne et le poids des exportations d’or.

