Bamako sécurise 19,74 milliards de FCFA supplémentaires pour son réseau
Le 12 août 2026, le Conseil des ministres malien a adopté des projets de texte relatifs à la ratification d’un accord de financement additionnel du Projet d’amélioration du secteur de l’électricité au Mali, PASEM. L’accord avait été signé à Bamako le 30 juin entre le Gouvernement et l’Association internationale de Développement, guichet de la Banque mondiale, pour un prêt de 19 744 305 700 FCFA.
Le financement vise deux objectifs déjà inscrits dans le PASEM : améliorer la fiabilité de l’approvisionnement électrique à Bamako et renforcer les performances techniques d’Énergie du Mali SA, EDM-SA. Le ministère de l’Énergie et de l’Eau précise que l’enveloppe doit financer des équipements de transport et de distribution confrontés à des surcharges croissantes.
Une nuance juridique est toutefois indispensable. Le titre du référentiel emploie le verbe « ratifie », mais les sources publiques vérifiées au 8 septembre établissent l’adoption gouvernementale de projets de texte relatifs à la ratification. Aucun décret de ratification définitif publié au Journal officiel n’a été identifié dans le corpus consulté. L’article conserve donc le titre d’autorité tout en qualifiant précisément l’état documentaire de la procédure.
Le PASEM prolonge un chantier engagé depuis 2019
Le PASEM, également désigné par la Banque mondiale comme Mali Electricity Sector Improvement Project, a été approuvé le 21 juin 2019. Le financement initial comprenait 122 millions de dollars de crédit IDA et 28 millions de dollars de don IDA, soit 150 millions de dollars apportés par la Banque mondiale, auxquels s’ajoutait une contribution de contrepartie malienne.
Ses objectifs n’ont pas changé : améliorer la fiabilité et l’efficacité de l’électricité à Bamako et les performances techniques et commerciales d’EDM-SA. Le programme ne finance donc pas seulement des lignes et des postes ; il comprend aussi du renforcement de capacités, des réformes de gouvernance, de la protection des recettes, de la gestion des combustibles et des outils de pilotage de l’entreprise publique.
L’exécution a cependant connu des retards liés aux crises politiques, aux sanctions régionales, aux suspensions de décaissement et à des besoins de financement sous-estimés. Les documents de restructuration de la Banque mondiale montrent qu’une partie des investissements de réseau avait dû être reprogrammée ou transférée vers d’autres projets, tandis que la date de clôture avait déjà été prolongée.
Le financement additionnel de 2026 doit donc être lu comme une opération de consolidation : il cherche à achever ou renforcer des infrastructures prioritaires plutôt qu’à lancer ex nihilo un nouveau système électrique pour la capitale.
Un poste mobile, 59 kilomètres de réseaux et 61 postes surchargés
Le ministère de l’Énergie et de l’Eau donne une ventilation technique plus précise que le communiqué du Conseil des ministres. L’enveloppe doit permettre l’acquisition d’un poste mobile 225/150/15 kV, équipement stratégique capable de soutenir le réseau lors de travaux, d’incidents ou de contraintes temporaires sur les postes fixes.
Le programme prévoit aussi la modernisation de postes existants et de tronçons prioritaires, notamment Balingué-Balkou, Darsalam-Kati et Lafia-Kati. Ces axes relient des zones où la croissance urbaine, la densification de la demande et l’extension de l’agglomération ont accru la pression sur les équipements de transport et de répartition.
En distribution, environ 59 kilomètres de réseaux 30 kV et 15 kV doivent être réalisés. Le projet prévoit également le renforcement de 61 postes de distribution publique décrits comme surchargés à Bamako et dans ses environs. Le résultat recherché est une réduction des contraintes de transit, une meilleure capacité d’alimentation et une amélioration progressive de la continuité du service.
Ces travaux constituent des indicateurs matériels vérifiables. Leur impact devra être mesuré après mise en service par les taux de surcharge, les pertes techniques, les durées d’interruption, les tensions délivrées aux usagers et la capacité supplémentaire réellement disponible aux heures de pointe.
Renforcer les câbles ne crée pas de nouveaux mégawatts
Le financement additionnel agit principalement sur le transport et la distribution. Il ne doit donc pas être présenté comme une nouvelle centrale électrique. Un réseau mieux dimensionné permet de transporter davantage d’énergie, de réduire certaines pertes et de limiter les incidents, mais il ne résout pas seul un déficit de production lorsque l’offre disponible est inférieure à la demande.
Cette distinction est essentielle dans le contexte malien. Les documents historiques du PASEM montrent que Bamako a souffert à la fois de congestion du réseau et de tensions sur la disponibilité de l’énergie, avec un recours à des moyens thermiques coûteux et à des importations variables. La performance du service dépend donc de l’articulation entre production, interconnexions, transport, distribution et gestion commerciale.
Le Gouvernement poursuit parallèlement des projets solaires, hydroélectriques et d’interconnexion. Le réseau renforcé doit être capable d’absorber des sources moins coûteuses et plus diversifiées à mesure qu’elles deviennent disponibles. Le financement de 19,74 milliards prend ainsi sa valeur stratégique lorsqu’il est relié à ces nouvelles sources d’alimentation, et non lorsqu’il est évalué isolément.
Pour les ménages et entreprises, la preuve sera concrète : moins de délestages attribuables au réseau, moins de transformateurs saturés, meilleure stabilité de tension et capacité à raccorder de nouvelles activités sans dégrader la qualité du service existant.
EDM-SA reste le deuxième chantier derrière les infrastructures
Le communiqué gouvernemental lie explicitement le financement à l’amélioration des performances techniques d’EDM-SA. Cette dimension est aussi ancienne que le PASEM lui-même. La Banque mondiale avait intégré dès 2019 un volet de gouvernance et de redressement visant notamment la protection des recettes, la gestion des combustibles, les systèmes d’information et l’amélioration de la performance opérationnelle.
Le défi est structurel : un opérateur peut disposer de nouveaux postes électriques et continuer à accumuler des difficultés si les pertes commerciales, les impayés, les coûts de production, la facturation, les achats de combustible ou la maintenance restent mal maîtrisés. L’investissement physique et la réforme de l’entreprise sont donc complémentaires.
En février 2026, le Gouvernement a d’ailleurs adopté un avenant au contrat de concession du service public de l’électricité afin de prolonger le cadre liant l’État et EDM-SA. Le Conseil des ministres rattache cette décision au plan de redressement financier et opérationnel du secteur et au déséquilibre entre coûts de service et revenus de l’entreprise.
L’enjeu de souveraineté énergétique ne consiste donc pas seulement à posséder les infrastructures. Il suppose une entreprise nationale capable de les exploiter, de les entretenir, de recouvrer ses recettes, de planifier les investissements et de publier des indicateurs suffisamment fiables pour orienter les décisions publiques.
Bamako devient le point de convergence de plusieurs financements électriques
Les 19,74 milliards de FCFA ne constituent pas le seul investissement récent destiné à la capitale. Le 25 juin 2026, le Conseil national de Transition a adopté à l’unanimité le projet de loi autorisant la ratification des accords de prêts de la Banque africaine de développement pour la Boucle Nord 225 kV autour de Bamako. Les accords concernés représentent 39,493 milliards de FCFA de prêts pour un projet dont le coût total est estimé par la Banque à environ 190 millions de dollars.
La Boucle Nord doit moderniser le réseau haute tension, raccorder environ 10 000 nouveaux ménages et petites entreprises et améliorer la qualité de l’alimentation d’une quarantaine d’unités industrielles. Elle doit aussi faciliter l’injection de futures sources d’énergie, notamment les interconnexions et centrales solaires prévues autour de Bamako.
Les deux opérations sont donc complémentaires mais distinctes. Le financement IDA de 19,74 milliards renforce des éléments prioritaires du PASEM et du réseau existant ; la Boucle Nord 225 kV constitue une infrastructure structurante de plus grande ampleur. Les additionner sans distinguer leurs périmètres conduirait à surestimer ce qu’une seule enveloppe finance réellement.
Pour l’Afrique, cette superposition illustre un problème classique d’infrastructure : les capitaux peuvent être mobilisés par plusieurs bailleurs, mais la valeur finale dépend de la coordination des projets, de la compatibilité technique des équipements, de la maintenance et de la capacité de l’opérateur national à exploiter le système intégré.
Ratification, décaissements, marchés et performances restent à confirmer
La première zone d’incertitude est juridique. Au 8 septembre, le Conseil des ministres a adopté les projets de texte relatifs à la ratification, mais le décret définitif de ratification et, le cas échéant, l’ordonnance ou le texte d’autorisation correspondant ne sont pas identifiés dans le corpus officiel vérifié. La date d’entrée en vigueur juridique complète du financement doit donc encore être documentée.
La deuxième concerne les conditions financières. Le montant du prêt est public et les données de la Banque mondiale enregistrent un financement MESIP de 35 millions de dollars approuvé le 29 juin 2026, mais les communications maliennes ne détaillent pas la maturité, la période de grâce, le calendrier de remboursement, les commissions ni l’équivalence exacte retenue dans l’accord signé le lendemain.
La troisième porte sur l’exécution : calendrier des appels d’offres, entreprises attributaires, coûts unitaires, date de livraison du poste mobile, rythme de réalisation des 59 kilomètres de réseau et achèvement des 61 postes. Sans ces données, aucun taux d’exécution fiable ne peut encore être calculé.
Enfin, le succès devra être mesuré sur le service rendu. Les indicateurs à suivre sont les heures moyennes d’interruption, les pertes techniques et commerciales, la surcharge des transformateurs, l’énergie non distribuée, les délais de raccordement, le recouvrement d’EDM-SA, le coût moyen du kilowattheure livré et l’effet réel sur les activités économiques de Bamako.
Les documents qui fondent l’enquête
- Gouvernement de la République du Mali, Conseil des ministres du 12 août 2026, projets de texte relatifs à la ratification de l’accord de financement additionnel du PASEM.
- Primature de la République du Mali, communiqué CM n°2026-32/SGG du 12 août 2026, montant du prêt IDA et objectifs du financement.
- Ministère de l’Énergie et de l’Eau du Mali, documentation 2026 sur le développement du réseau mixte interconnecté : poste mobile, tronçons prioritaires, 59 km de réseaux et 61 postes de distribution.
- Banque mondiale, Mali Electricity Sector Improvement Project, P166796, documentation de projet et de restructuration : objectifs, composantes et performance d’EDM-SA.
- Banque mondiale, WBG Finances One, données au 31 août 2026 : financement MESIP approuvé le 29 juin 2026 pour un principal de 35 millions de dollars.
- Banque africaine de développement, 2 juillet 2026, financement du Projet Boucle Nord 225 kV de Bamako et objectifs de raccordement et de fiabilité.
- Ministère de l’Énergie et de l’Eau du Mali, 25 juin 2026, adoption par le CNT du projet de loi autorisant la ratification des prêts destinés à la Boucle Nord.
- Gouvernement du Mali, Conseil des ministres du 6 février 2026, avenant au contrat de concession d’EDM-SA et rappel du plan de redressement financier et opérationnel du secteur.

