Kiribati | Économie politique et Infrastructures | Vérification au 24 août 2026
| CORRECTION DE PORTÉE — Les consultations du 26 au 30 janvier 2026 ont bien révisé le plan NDC de 2021 et utilisé données, études de faisabilité et expérience sectorielle pour prioriser les projets. Mais aucune source publique ne documente l’adoption d’une méthodologie formelle d’« évaluation des actifs », ni la publication du plan révisé final. Le titre est conservé conformément au référentiel ; l’article traite donc cette expression comme une lecture analytique de la maturation du portefeuille. |
À South Tarawa, le plan climatique entre dans sa phase d’investissement
Du 26 au 30 janvier 2026, des administrations, entreprises publiques, représentants du secteur privé et experts de Kiribati se sont réunis à South Tarawa pour revoir le plan d’investissement lié à la contribution déterminée au niveau national (NDC). Le document de départ avait été élaboré en 2021. La séquence de 2026 vise à le réaligner sur la NDC renforcée de 2022 et à transformer des engagements climatiques en projets mieux priorisés, chiffrés et préparés pour le financement.
La portée réelle est plus précise que ne le suggère le titre du référentiel. Les éléments publics montrent une ingénierie de sélection et de maturation : examen de données existantes, d’études de faisabilité, d’expériences sectorielles, de contraintes institutionnelles et de besoins financiers. Ils ne documentent pas l’adoption d’une méthode formelle d’« évaluation des actifs » au sens financier ou patrimonial. Cette expression doit donc rester une lecture analytique, non le nom d’une doctrine officielle.
Le mouvement reste important. Pour un État insulaire aux marges budgétaires étroites, passer d’une promesse climatique à un portefeuille ordonné constitue un enjeu de souveraineté économique : décider ce qui mérite d’être financé, dans quel ordre et avec quelles preuves avant que les bailleurs ne fixent eux-mêmes l’agenda.
Un plan de 2021 désormais recalé sur la NDC renforcée
Le premier NDC Investment Plan de Kiribati a été développé avec l’appui du Regional Pacific NDC Hub et de GGGI. Il comportait quinze opportunités d’atténuation primaires — neuf dans les transports et six dans l’efficacité énergétique — auxquelles s’ajoutaient neuf opportunités secondaires. Le besoin d’investissement consolidé pour les mesures primaires était estimé à environ 210,5 millions de dollars.
Cette architecture devait convertir les objectifs climatiques en trajectoire temporelle, actions sectorielles et besoins de financement. La Third National Communication de Kiribati confirme que la feuille de route devait aussi préciser les besoins en technologies, infrastructures, capacités humaines, assistance technique, gouvernance, arrangements institutionnels et suivi MRV.
Depuis, Kiribati a soumis une NDC renforcée et élargi ses priorités à l’adaptation, aux infrastructures résilientes, à l’électrification des îles périphériques, aux déchets et aux usages des terres. La consultation de janvier 2026 ne relève donc pas d’une simple révision rédactionnelle : elle cherche à identifier ce qui a progressé, ce qui bloque et quelles initiatives peuvent devenir des propositions recevables par les circuits de financement public, concessionnel ou privé.
La preuve disponible : projets, coûts, données et faisabilité
Les documents institutionnels de 2026 décrivent une méthode fondée sur la preuve. Les participants ont revu les progrès depuis 2021, les obstacles d’exécution et les possibilités d’investissement dans l’énergie renouvelable, le transport, l’électrification des îles périphériques, les infrastructures résilientes et les compétences. Données existantes, études de faisabilité et expérience sectorielle ont servi à apprécier la viabilité des projets et les déficits de capacité.
Le résultat immédiat n’est pas un portefeuille entièrement « bancable ». Le processus a plutôt abouti à une présélection : certains projets devaient encore être approfondis sous forme de notes conceptuelles ou de propositions prêtes pour l’investissement. Un projet prioritaire n’est donc pas automatiquement finançable ; une étude de faisabilité n’est pas un engagement de financement ; un besoin chiffré n’est pas un actif valorisé sur un marché.
Les données gouvernementales rappellent l’écart à combler. La Third National Communication mentionne environ 210,5 millions de dollars de besoins d’atténuation, 69 millions pour l’adaptation et environ 77 millions de besoins actualisés à court terme. Elle indique qu’une faible part seulement avait été mobilisée. L’enjeu est donc de réduire les pertes entre idée, préparation, approbation, décaissement et réalisation.
L’« évaluation des actifs » reste une lecture, pas une norme officielle
Le mot « actifs » aide à lire la logique économique, mais il doit être manié avec prudence. Une route surélevée, une centrale solaire, un réseau d’eau ou un quai sont des actifs réels dont la valeur dépend du coût initial, de la durée de vie, du risque climatique, de la maintenance et des services rendus. Pourtant, aucune source publique consultée ne montre que Kiribati ait adopté en janvier 2026 une méthodologie officielle de valorisation intégrant, par exemple, valeur actualisée nette, coût du cycle de vie ou prix explicite du risque.
Ce qui est documenté est plus sobre : les institutions comparent les options à partir de leur viabilité, de leurs bénéfices climatiques et de développement, de leur maturité technique, des données disponibles et de la capacité nationale à les exécuter. Le FMI rejoint cette logique lorsqu’il souligne que l’efficacité de l’investissement public est nécessaire pour maximiser les gains des infrastructures résilientes, contenir la charge budgétaire et attirer davantage de capitaux privés.
On peut donc parler d’une progression vers une ingénierie d’allocation du capital climatique. Mais présenter cette évolution comme un système complet d’évaluation des actifs dépasserait le niveau de preuve disponible.
Pour l’Afrique, passer des NDC aux portefeuilles finançables
La leçon pour l’Afrique tient à la chaîne entre politique climatique et décision d’investissement. De nombreux États africains disposent de NDC ambitieuses ; le défi récurrent est de transformer ces engagements en projets préparés, chiffrés et capables de satisfaire les exigences des banques de développement et des fonds climatiques sans perdre la maîtrise des priorités nationales.
La Banque africaine de développement travaille précisément sur ce chaînon. Son NDC Support Hub a soutenu la production de projets bancables, de propositions de financement, d’outils d’évaluation, d’études de faisabilité et de feuilles de route de pipelines. En 2026, l’Alliance for Green Infrastructure in Africa vise à mobiliser du capital de préparation et de développement pour transformer des concepts en propositions investissables avant la recherche de financements à grande échelle.
Le précédent de Kiribati suggère néanmoins une vigilance. Plus la maturation devient technique, plus celui qui contrôle les critères de sélection influence le portefeuille. Les gouvernements africains ont donc intérêt à internaliser les compétences de modélisation, de faisabilité, d’analyse de risques, de coûts du cycle de vie et de priorisation. L’enjeu n’est pas seulement d’obtenir du financement climatique, mais de conserver la capacité souveraine de choisir les actifs productifs, sociaux et écologiques qui méritent le capital rare.
Ce que les consultations de janvier ne permettent pas encore d’affirmer
Plusieurs zones d’incertitude subsistent au 24 août 2026. D’abord, le document final actualisé du NDC Investment Plan n’apparaît pas publiquement dans les sources institutionnelles consultées. La réunion de janvier et le processus de priorisation sont documentés, mais le portefeuille final, ses coûts projet par projet, ses critères de classement et son calendrier consolidé ne peuvent pas être vérifiés.
Ensuite, aucune preuve publique ne permet d’affirmer que les projets présélectionnés ont reçu des engagements financiers fermes. Le statut « investment-ready » évoqué comme objectif doit être distingué d’une décision de financement. Une étude de faisabilité ne garantit pas non plus une rentabilité financière : certains investissements essentiels produisent d’abord des bénéfices sociaux, de résilience ou de continuité territoriale.
Enfin, la qualité de la donnée reste un enjeu. La Third National Communication souligne la nécessité de développer des outils d’évaluation, de renforcer les systèmes MRV et de combler les déficits humains et techniques. Tant que ces dispositifs ne sont pas pleinement opérationnels, la comparaison des projets restera exposée à des incertitudes sur les coûts, les émissions évitées, les risques physiques et la maintenance.
Vers COP31, le test sera l’exécution et non la qualité du document
La trajectoire la plus crédible pour Kiribati est désormais celle d’un passage progressif du portefeuille à l’exécution. Si le plan révisé débouche sur des notes conceptuelles solides, des études techniques complètes et un calendrier financier réaliste, le pays pourra présenter aux partenaires une demande mieux structurée : non plus une liste de vulnérabilités, mais des projets ordonnés avec responsabilités, besoins et résultats attendus.
Le risque inverse est connu. Les petits États insulaires accumulent parfois stratégies et diagnostics sans disposer d’équipes suffisantes pour préparer les marchés, superviser les travaux, suivre les indicateurs et maintenir les infrastructures. Le FMI insiste sur le renforcement des capacités locales d’exécution et de gestion. La réussite devra donc être mesurée au nombre de projets franchissant réellement les étapes de préparation, financement, construction et maintenance.
Pour l’Afrique, la distinction est identique. Une NDC devient économiquement souveraine lorsqu’elle est reliée à un portefeuille que l’État sait évaluer, négocier et exécuter. L’expérience kiribatienne ne démontre pas encore une nouvelle science d’évaluation des actifs ; elle documente la construction progressive d’une capacité administrative destinée à transformer l’ambition climatique en décision d’investissement.
Les documents qui permettent de mesurer l’avancée réelle
Le Regional Pacific NDC Hub documente la consultation de South Tarawa des 26 au 30 janvier 2026, la revue du plan de 2021, son alignement sur la NDC renforcée, l’usage de données et d’études de faisabilité ainsi que la présélection de projets. Sa fiche sur le premier plan précise quinze opportunités primaires, neuf secondaires et un besoin consolidé de 210,5 millions de dollars.
La Third National Communication apporte le cadre gouvernemental : besoins financiers, feuille de route transport-énergie, faiblesse de la mobilisation, nécessité d’outils d’évaluation et de systèmes MRV. Le FMI complète cette documentation par son analyse de l’investissement public résilient. Pour l’Afrique, le NDC Support Hub de la Banque africaine de développement et l’Alliance for Green Infrastructure in Africa constituent les comparaisons les plus directes.
- Regional Pacific NDC Hub — « Building Kiribati’s climate investment pathway », 3 février 2026.
- Regional Pacific NDC Hub — « NDC Implementation Roadmap and NDC Investment Plan », Kiribati.
- Gouvernement de Kiribati / CCNUCC — Third National Communication, mars 2025.
- CCNUCC — registre des NDC, Kiribati Enhanced NDC, soumise le 2 mars 2023.
- Fonds monétaire international — « Kiribati: Selected Issues », 10 juillet 2025.
- Green Climate Fund — Readiness Proposal pour Kiribati, 25 mars 2024.
- Banque africaine de développement / ACCF — NDC Support Hub.
- Banque africaine de développement — Alliance for Green Infrastructure in Africa, 4 février 2026.

