La politique étrangère d’Israël en Afrique est une composante essentielle de sa stratégie de survie diplomatique à l’ONU. Pour contrer les résolutions condamnant ses politiques d’occupation, l’État hébreu déploie une ingénierie diplomatique sophistiquée visant à s’allier les pays africains, souvent en exploitant leurs vulnérabilités structurelles dans les domaines de l’agriculture, de la sécurité et du climat.
L’Architecture Diplomatique Israélienne en Afrique de l’Est et de l’Ouest
L’une des figures de proue de cette pénétration continentale est l’Ambassadeur Gideon Behar. En juin 2026, il occupe le poste stratégique d’Ambassadeur d’Israël au Kenya, avec une juridiction s’étendant à l’Ouganda, la Tanzanie, le Malawi et les Seychelles, tout en agissant comme Représentant permanent auprès du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et d’ONU-Habitat (UNON) basés à Nairobi.
Le curriculum vitae de l’Ambassadeur Behar révèle la cartographie des intérêts israéliens en Afrique. Diplomate de carrière depuis 1994, il a précédemment servi comme Ambassadeur au Sénégal, et par extension en Gambie, Guinée-Bissau, Sierra Leone et Cap-Vert. Il a également occupé les postes d’Envoyé spécial pour les affaires africaines et de Chef du bureau pour l’Afrique au Ministère des Affaires étrangères. Son profil polyglotte (maîtrisant le wolof, l’arabe, le français et apprenant le swahili) et son ancienne fonction d’Envoyé spécial d’Israël pour le changement climatique et le développement durable illustrent l’approche pragmatique d’Israël : l’expertise technologique et environnementale est directement convertie en capital politique.
Les ambassades israéliennes, comme celle basée au Sénégal, ont pour mission explicite de « renforcer les liens bilatéraux et faciliter les échanges et la coopération dans tous les secteurs d’activité » entre Israël et des nations telles que le Sénégal, la Guinée, la Gambie, le Tchad (qui a récemment ouvert une ambassade en Israël) et la Guinée-Bissau. Ce maillage permet à Israël d’influencer directement les gouvernements africains sur la scène internationale, troquant l’assistance sécuritaire et hydrologique contre une neutralité bienveillante, voire un soutien actif, face aux accusations d’apartheid et de crimes de guerre formulées par l’Union Africaine ou d’autres instances du Sud.
MASHAV et le Néocolonialisme Vert au Kenya
Le vecteur principal de ce « soft power » africain est MASHAV. Tout comme en Albanie, MASHAV opère en Afrique sous le couvert du transfert de connaissances agronomiques. Les bases de données gouvernementales rapportent avec fierté les « histoires de réussite » (Success Stories) des anciens élèves de MASHAV. En janvier 2026, des rapports mettent en avant le succès des agriculteurs du comté de Makueni, au Kenya (comme la ferme avicole de Simon Ngei), qui traduisent « la formation professionnelle reçue en Israël en pratiques pratiques et adaptées localement ». En 2025, MASHAV avait organisé des formations avancées sur la culture des agrumes en Inde (Nagpur).
Ce transfert technologique, bien que présenté comme une coopération bienveillante Sud-Sud (ou Nord-Sud asymétrique), structure une dépendance agronomique. En formant les élites agricoles et les décideurs politiques africains à l’usage exclusif de la technologie, des semences et des systèmes d’irrigation israéliens, Israël crée un marché captif pour son industrie de l’agritech tout en forgeant des alliances politiques indéfectibles. C’est un néocolonialisme « vert » où la promesse de la sécurité alimentaire africaine est prise en otage par les impératifs géopolitiques de survie d’un État colonialiste au Moyen-Orient. L’Afrique est ainsi doublement impactée : ses côtes (comme vu avec la Guinée-Bissau) sont le théâtre de la violence militaire impériale pour protéger Israël, tandis que ses terres arables deviennent les laboratoires d’une diplomatie du chantage technologique.

