ÎLES COOK  |  MATIÈRES PREMIÈRES / TECHNOLOGIE / COOPÉRATION 

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Du protocole politique à la formation technique, la coopération change d’échelle

La coopération entre les Îles Cook et la Chine sur les ressources des grands fonds a franchi en 2026 une étape plus opérationnelle. Du 24 août au 2 septembre, vingt-trois participants cookiens ont suivi à Hangzhou et Changsha un programme de dix jours consacré à la gestion des ressources profondes. Le groupe réunissait des fonctionnaires, des professionnels et des étudiants issus de différentes îles de l’archipel ainsi que d’établissements d’enseignement en Nouvelle-Zélande.

Le programme a été financé par le ministère chinois du Commerce, mis en œuvre par le Second Institute of Oceanography, rattaché au ministère chinois des Ressources naturelles, et coordonné avec la Seabed Minerals Authority des Îles Cook. Selon la SBMA, il constitue une conséquence directe du mémorandum de partenariat bleu sur les ressources minérales des fonds marins signé en février 2025.

L’évolution est importante : le partenariat n’est plus limité à un texte diplomatique ou à des échanges exploratoires. Il produit désormais des formations structurées, des échanges scientifiques et des contacts réguliers avec des institutions chinoises spécialisées. Cela justifie de parler d’une montée en capacité technologique. Mais cette formule doit rester précise : il s’agit d’un renforcement des connaissances, des méthodes et de l’exposition à des technologies avancées, non d’un transfert démontré de systèmes industriels complets ou d’un passage à l’exploitation minière commerciale.

Le mémorandum de 2025 avait déjà placé la technologie au cœur du partenariat

Le socle juridique et politique a été posé le 21 février 2025 lors de la visite d’État du gouvernement des Îles Cook en Chine. La Seabed Minerals Authority et le ministère chinois des Ressources naturelles ont alors signé un mémorandum de partenariat bleu consacré aux ressources minérales des fonds marins. Le texte prévoit explicitement la coopération scientifique, le transfert de technologie, les évaluations d’impact environnemental, le renforcement des capacités, le soutien logistique aux activités d’exploration et la recherche sur les ressources profondes.

Le mémorandum est prévu pour une première période de cinq ans et doit être suivi par un comité conjoint de coopération marine sur les ressources des fonds marins. Il s’inscrit lui-même dans le Plan d’action 2025-2030 du partenariat stratégique global entre les Îles Cook et la Chine, qui couvre également l’économie bleue, les infrastructures, la résilience climatique et d’autres domaines de développement.

Dès février 2025, la délégation de la SBMA avait visité plusieurs centres chinois de recherche. À Shanghai Jiao Tong University, elle s’était intéressée aux essais de collecteurs en grande profondeur et à l’évaluation conjointe du fonctionnement des équipements et de leurs effets environnementaux. Au First Institute of Oceanography et au National Deep Sea Center, les discussions avaient porté sur la recherche océanographique, la surveillance marine, les ressources des fonds marins et les futurs programmes de coopération scientifique. La séquence de 2026 transforme donc en partie ces intentions en dispositifs de formation concrets.

Robotique, détection, cartographie : le contenu technique devient beaucoup plus dense

Le programme d’août-septembre 2026 ne s’est pas limité à des conférences générales. Les thèmes recensés par la SBMA comprennent la formation et l’évaluation des nodules polymétalliques, les écosystèmes et la biodiversité marine, la surveillance environnementale, les méthodes de levé du plancher océanique, la robotique sous-marine, les technologies de détection, l’évaluation des ressources et la gouvernance océanique.

Les participants ont également bénéficié de présentations techniques de spécialistes du Second Institute of Oceanography, de Central South University et du Changsha Institute of Mining and Metallurgy. Des membres de la SBMA ont eux-mêmes présenté certains sujets, ce qui montre que le partenariat ne fonctionne pas exclusivement dans un sens descendant : l’administration cookienne cherche aussi à développer sa propre expertise et à contribuer aux échanges.

La portée exacte de cette montée en compétence reste néanmoins difficile à quantifier. Les documents publics ne donnent pas de certification technique, de référentiel de compétences avant et après formation ni de mesure de l’autonomie technologique acquise. Ils établissent une exposition concrète à des méthodes, équipements et institutions spécialisés. Ils ne démontrent pas encore une capacité nationale à concevoir, produire, maintenir ou exploiter de façon indépendante des systèmes robotiques ou des équipements miniers de grande profondeur.

La biodiversité devient un autre canal de transfert de méthodes

La coopération technologique ne porte pas seulement sur les équipements. En août 2026, un agent de la SBMA a effectué une immersion de deux semaines au Second Institute of Oceanography dans le cadre du projet SADiNP, consacré à la synthèse et à l’analyse des données de biodiversité des habitats profonds du Pacifique Nord-Ouest. Cette coopération est soutenue par le Centre conjoint de formation et de recherche AIFM-Chine.

Le travail a porté sur l’analyse de la littérature scientifique, la classification de données d’imagerie profonde et la constitution d’informations biologiques plus structurées. Les premières analyses mentionnées par la SBMA recensent 1 266 observations biologiques représentant 330 espèces. Le projet doit déboucher sur des résultats techniques plus complets, dont un rapport attendu ultérieurement.

Pour les Îles Cook, l’intérêt est méthodologique. Même si le projet porte sur une autre région du Pacifique, les compétences développées en gestion de bases de données, interprétation d’images, biodiversité et surveillance environnementale sont directement pertinentes pour l’évaluation de leurs propres fonds marins. Cette dimension est essentielle : dans un secteur aussi controversé que l’exploitation profonde, la capacité nationale ne peut pas se résumer à connaître le potentiel minéral. Elle doit inclure la capacité à comprendre les écosystèmes, évaluer les impacts et contester ou vérifier les données produites par les opérateurs.

La souveraineté réglementaire reste, officiellement, non négociable

Le gouvernement des Îles Cook insiste régulièrement sur une distinction fondamentale : la coopération avec la Chine n’est pas une licence d’exploration ou d’exploitation. Le mémorandum de 2025 n’attribue aucun droit minier, ne remplace pas les procédures nationales d’autorisation et ne retire pas à la SBMA son rôle de régulateur. L’autorité affirme que toute décision future restera soumise au droit national, aux évaluations environnementales et à l’intérêt public cookien.

Cette précision répond à un enjeu de souveraineté évident. Les Îles Cook disposent d’importantes ressources de nodules polymétalliques dans leur zone économique exclusive et sont encore dans une phase d’exploration lancée en 2022. La SBMA a réaffirmé qu’aucune récolte commerciale n’avait été approuvée ou autorisée et que les collaborations scientifiques et techniques ne changeaient pas ce statut.

La relation avec la Chine doit donc être lue comme une stratégie d’accumulation de connaissances et d’options plutôt que comme une décision d’extraction déjà prise. L’enjeu pour Avarua consiste à utiliser des partenaires technologiquement plus avancés sans perdre la maîtrise des données, de la réglementation, du calendrier ni des choix économiques futurs. À ce stade, les sources officielles affirment cette souveraineté ; elles ne permettent pas encore de mesurer comment elle fonctionnerait en pratique si un projet industriel majeur devait être proposé.

Pour l’Afrique, la question n’est pas seulement d’accéder à la technologie, mais de la maîtriser

Le dossier Cook Islands–Chine présente un intérêt direct pour les États africains engagés dans l’économie bleue et la gouvernance des ressources marines. L’Autorité internationale des fonds marins considère explicitement le développement des capacités et le transfert de technologie comme des conditions de participation réelle des pays en développement aux activités de la Zone. Son Centre conjoint avec la Chine a déjà formé des experts de nombreux États en développement, notamment africains.

En 2026, l’AIFM a également lancé l’Africa Academy for Deep-Sea Diplomacy, qui a renforcé les capacités juridiques et politiques de participants issus de seize États africains. Des ingénieurs du Kenya et du Bénin ont par ailleurs été sélectionnés dans un programme de formation technique proposé par la China Ocean Mineral Resources R&D Association. Ces dispositifs montrent que l’accès aux compétences des grands fonds devient lui-même un enjeu géopolitique.

L’enseignement pour l’Afrique est double. Une coopération technologique peut réduire les écarts de connaissance et permettre à des administrations nationales de mieux négocier avec des entreprises étrangères. Mais elle peut aussi créer une dépendance si les États ne contrôlent ni les données, ni les logiciels, ni la maintenance, ni les chaînes de traitement, ni les compétences critiques. La souveraineté technologique ne consiste donc pas seulement à envoyer des cadres en formation : elle suppose de pouvoir conserver, reproduire et institutionnaliser les savoirs acquis.

Les zones d’ombre se situent dans la propriété des données et l’autonomie future

Plusieurs éléments restent à confirmer. Les documents publics ne précisent pas quelles technologies précises ont été mises à disposition des participants cookiens, lesquelles relèvent de démonstrations, lesquelles peuvent être utilisées localement et quelles restrictions éventuelles s’appliquent aux données, logiciels ou méthodes transférés. Le terme « transfert de technologie » figure dans le mémorandum, mais son contenu juridique et matériel n’est pas détaillé publiquement.

Les sources ne permettent pas davantage d’établir si la Chine financera à l’avenir des équipements de recherche, des véhicules sous-marins, des systèmes de cartographie ou des infrastructures de traitement aux Îles Cook. Aucun contrat industriel de ce type n’est documenté dans les éléments consultés. De même, aucune participation chinoise à une future exploitation commerciale dans la zone économique exclusive cookienne ne peut être déduite du programme de formation.

Enfin, la capacité institutionnelle nationale reste difficile à mesurer. Vingt-trois participants formés constituent un apport significatif pour un petit État, mais la durabilité de cet investissement dépendra du maintien des compétences dans le pays, de leur intégration dans l’administration, de la poursuite des formations et de la capacité à développer des institutions locales de recherche suffisamment autonomes.

La prochaine étape sera de transformer l’apprentissage en capacité nationale durable

Si la coopération se poursuit, plusieurs trajectoires sont possibles. Les Îles Cook pourraient accroître leurs compétences internes en surveillance environnementale, analyse des données, cartographie, évaluation des ressources et gouvernance. Elles pourraient aussi utiliser les partenariats chinois pour comparer les résultats de leurs propres opérateurs, améliorer les exigences réglementaires et construire une expertise nationale capable de dialoguer avec des acteurs industriels internationaux sur un pied plus solide.

Une autre possibilité serait l’approfondissement de la recherche conjointe, notamment au travers du Second Institute of Oceanography, du Centre conjoint AIFM-Chine ou de futures expéditions scientifiques. Une telle évolution renforcerait la quantité de données disponibles, mais poserait en parallèle des questions de propriété intellectuelle, d’accès aux bases de données et de contrôle des résultats scientifiques.

Le véritable test sera donc moins le nombre de formations que leur effet sur la capacité de décision des Îles Cook. Si les compétences acquises permettent au pays d’évaluer de façon indépendante les risques, les technologies et les propositions commerciales, la coopération pourra servir la souveraineté nationale. Si l’expertise reste concentrée chez les partenaires étrangers, le renforcement affiché restera partiel. En 2026, les faits montrent une montée en capacité réelle ; ils ne permettent pas encore d’affirmer que l’autonomie technologique est acquise.

Sources institutionnelles retenues

• Seabed Minerals Authority des Îles Cook, programme Chine–Îles Cook de gestion des ressources profondes, 10 septembre 2026.

• Seabed Minerals Authority des Îles Cook, coopération sur la biodiversité profonde avec le Second Institute of Oceanography, 4 septembre 2026.

• Seabed Minerals Authority des Îles Cook, mémorandum de partenariat bleu sur les ressources minérales des fonds marins, 21 février 2025.

• Seabed Minerals Authority des Îles Cook, visite scientifique et technique en Chine, 13 février 2025.

• Ministère des Affaires étrangères et de l’Immigration des Îles Cook, rencontre Elikana–Wang Yi, 28 mai 2025.

• Cabinet du Premier ministre des Îles Cook, accords de coopération avec la Chine et Plan d’action 2025-2030, 21 février 2025.

• Autorité internationale des fonds marins, Centre conjoint AIFM–Chine de formation et de recherche, activités 2026.

• Autorité internationale des fonds marins, programmes de développement des capacités pour les États africains et les pays en développement, 2026.

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