Une carte ne fournit pas encore de courant

Le portail HYDRO-RDC, lancé le 21 septembre 2026 par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, centralise une cartographie annoncée de 3 349 sites hydroélectriques. Le potentiel présenté atteint environ 167 gigawatts. Selon les données publiées à l’occasion du lancement, 251 sites comportent déjà des aménagements en exploitation ou à l’arrêt.

L’annonce peut constituer un progrès pour la connaissance des ressources nationales. Mais son interprétation exige une distinction fondamentale : 167 GW de potentiel recensé ne sont ni 167 GW de centrales construites ni 167 GW disponibles pour alimenter les ménages.

Entre l’identification d’une chute d’eau et un service électrique utilisable se trouvent des décisions techniques, financières, sociales et territoriales. L’utilité du portail dépendra donc moins de la puissance affichée en tête de présentation que de sa capacité à orienter des projets réalisables et des raccordements effectivement accessibles.

L’inventaire rejoint une politique d’accès déjà engagée

HYDRO-RDC n’apparaît pas dans un secteur dépourvu d’objectifs. En juin 2025, la Banque mondiale indiquait que le Pacte national de l’énergie de la RDC visait à porter l’accès à l’électricité à 62 % d’ici 2030. Elle présentait cette trajectoire comme reposant sur la production, les réseaux, les investissements et l’amélioration du fonctionnement du secteur. Il s’agit d’un objectif gouvernemental, pas d’un résultat acquis.

Le même mois, l’institution approuvait un premier crédit de 250 millions de dollars pour un programme de développement d’Inga 3, notamment destiné aux études, aux capacités institutionnelles et aux investissements locaux préparatoires. Ce financement ne devait pas être confondu avec la livraison immédiate d’une nouvelle centrale.

Cette chronologie permet de comprendre la place possible du portail. Une cartographie nationale peut compléter les grands programmes en donnant de la visibilité à des sites moins connus et à des besoins territoriaux différents. Elle peut aussi servir à comparer plusieurs options au lieu de présumer que la solution se trouve nécessairement dans un seul ensemble d’ouvrages.

La question historique pertinente devient alors celle du passage d’une richesse hydraulique reconnue à une capacité durable de planification, de construction, d’exploitation et de distribution.

Les chiffres décrivent des sites, pas tous le même niveau de maturité

Les publications consultées donnent des valeurs arrondies légèrement différentes : 167,2 ou 167,25 GW. Elles convergent sur le nombre de sites recensés et sur les 251 sites comportant des aménagements. Cette précision doit être préservée : il s’agit d’installations pouvant être en exploitation ou à l’arrêt, et non de 251 centrales toutes disponibles.

Autre distinction : environ 7,5 % des sites recensés comporteraient déjà des aménagements. Ce pourcentage porte sur un nombre de sites. Il ne mesure pas la proportion du potentiel électrique national effectivement utilisée. Des sites de puissances très différentes ne peuvent être additionnés comme des unités équivalentes pour répondre à cette seconde question.

La nature du potentiel reste également à préciser. Est-il théorique, techniquement exploitable ou économiquement mobilisable selon des hypothèses explicites ? Quelles contraintes ont été intégrées ? Les documents consultés ne permettent pas de répondre complètement à ces questions.

Enfin, un gigawatt exprime une puissance, tandis qu’une production annuelle dépend de cette puissance et de sa durée d’utilisation. Pour comparer des projets, il faut donc connaître non seulement une valeur de puissance, mais aussi la disponibilité attendue de l’eau et les conditions d’exploitation. La conversion du potentiel annoncé en fourniture électrique ne peut pas être déduite du seul total national.

De l’information hydraulique à la décision d’investissement

Selon la présentation du lancement, le portail doit aider à consulter et rechercher les données sur les sites, et contribuer à l’orientation des concessions. Les comptes rendus évoquent son articulation avec la planification nationale et les organismes du secteur, notamment l’Autorité de régulation de l’électricité et l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain.

L’effet attendu est plausible : une information commune peut permettre aux administrations et aux développeurs de comparer les possibilités avant d’engager des études coûteuses. Mais la qualité de cette comparaison dépendra de la documentation attachée à chaque site.

Un dossier utile devrait, par exemple, permettre de distinguer une première estimation d’une étude de faisabilité avancée. Il devrait indiquer la date des observations, les hypothèses de calcul, l’existence d’aménagements antérieurs et les incertitudes. Sans cette hiérarchie, une carte très précise visuellement pourrait donner une impression de certitude supérieure à celle des données.

Il faut aussi comparer les projets au service recherché. Alimenter un centre de santé, stabiliser l’électricité d’une ville et fournir une installation industrielle ne posent pas exactement les mêmes exigences. Le portail gagnerait en valeur décisionnelle s’il permettait de relier les ressources aux besoins, plutôt que d’ordonner les sites uniquement par puissance.

La souveraineté énergétique commence aussi dans les données

L’enjeu africain n’est pas seulement de posséder des cours d’eau ou d’attirer des constructeurs. Il concerne la capacité des institutions congolaises à comprendre, actualiser et discuter les données sur lesquelles reposent les contrats.

Qui peut corriger une fiche ? Les méthodes sont-elles accessibles aux chercheurs et ingénieurs congolais ? L’administration conserve-t-elle les bases, les outils et les compétences nécessaires à leur maintenance ? Ces questions déterminent si la plateforme devient une capacité publique durable ou un outil dont le fonctionnement reste dépendant de prestataires difficiles à remplacer.

La destination de l’électricité constitue un second rapport de force. Un projet peut répondre à une demande industrielle tout en contribuant à d’autres usages, mais ce partage doit être organisé. La présence d’une ligne à proximité d’une localité ne suffit pas à démontrer que les habitants bénéficieront d’un raccordement ou d’un tarif accessible.

Dans ses documents relatifs à Inga, la Banque mondiale reconnaît elle-même l’importance des compétences locales, des consultations et des investissements communautaires. Ces engagements fournissent des critères de suivi ; ils ne prouvent pas que les bénéfices annoncés sont déjà distribués.

Une lecture centrée sur les populations conduirait donc à examiner qui reçoit le service, qui supporte les coûts et qui conserve les compétences. Le nombre de mégawatts constitue un indicateur nécessaire, mais insuffisant.

Le portail doit encore livrer ses méthodes à l’examen

Le portail officiel n’a pas pu être consulté directement de manière exploitable pendant cette recherche. Les fichiers de données, les fiches techniques détaillées et la méthodologie de calcul du total national n’ont donc pas été audités. Cette limite interdit de certifier indépendamment le potentiel annoncé.

Le texte réglementaire présenté comme encadrant l’utilisation de la plateforme n’a pas non plus été obtenu dans une version intégrale permettant d’en examiner précisément la portée. Il serait imprudent d’affirmer que toutes les concessions sont désormais soumises à des obligations identiques sans lire ce texte.

Plusieurs informations seraient décisives : le traitement des sites proches sur un même cours d’eau, les éventuels recoupements d’estimations, les contraintes environnementales, les droits existants et l’état des études. Elles permettraient de comprendre si le total agrège des possibilités indépendantes ou des options parfois alternatives.

Les coûts et le raccordement constituent une autre lacune. Un site identifié n’est pas nécessairement un projet prioritaire pour une zone donnée. Sans estimation comparable des investissements et du service attendu, il n’est pas possible de classer les bénéfices pour les consommateurs.

Trois usages possibles d’une même cartographie

Dans un premier scénario, HYDRO-RDC deviendrait un instrument public de planification régulièrement actualisé. Les administrations pourraient comparer les projets, les chercheurs vérifier les méthodes et les communautés accéder à une information intelligible sur les aménagements envisagés.

Dans un deuxième, la plateforme servirait surtout à prospecter des investissements. Cet usage pourrait attirer des développeurs, mais son effet sur l’électrification dépendrait alors des obligations inscrites dans les projets : réseaux, desserte, maintenance et conditions de service. Le nombre de dossiers reçus ne suffirait pas à mesurer le bénéfice collectif.

Dans un troisième, l’outil resterait une vitrine statistique peu actualisée. Le risque serait alors de répéter un chiffre impressionnant sans disposer d’une chaîne permettant de suivre la transformation des sites en études, des études en financements et des financements en services fonctionnels.

Le critère de réussite devrait donc être observable : davantage de décisions comparables, de projets exécutés dans des conditions connues et de consommateurs effectivement desservis. HYDRO-RDC peut contribuer à réduire l’incertitude sur les ressources ; il ne résout pas, par sa seule existence, les choix de financement, de réseau et de distribution.

Une annonce recoupée, un inventaire encore à auditer

Mines & Eco et Instant News RDC documentent le lancement, les principaux chiffres et les fonctions annoncées. Leur information établit ce qui a été présenté publiquement, mais ne remplace pas l’examen des données du portail.

Les documents de la Banque mondiale sur le Pacte énergétique et Inga permettent de situer l’annonce dans une politique plus large. Ils décrivent des engagements et des programmes financés, dont les résultats doivent être contrôlés séparément.

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