La situation haïtienne en juin 2026 constitue le paroxysme de l’échec des modèles de gouvernance imposés par la communauté internationale. L’architecture d’information officielle révèle non pas un État en transition, mais un appareil étatique en état de mort clinique, maintenu sous perfusion par des acteurs extérieurs dont les intérêts divergent fondamentalement de ceux du peuple haïtien.

L’effondrement du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), officiellement dissous le 7 février 2026 sans qu’aucune élection n’ait été organisée, illustre la faillite d’une ingénierie politique hors-sol. Créé en avril 2024 sous l’égide de la CARICOM et de puissances occidentales pour rétablir la sécurité et l’ordre démocratique, ce conseil s’est enlisé dans des affaires de corruption et des querelles byzantines. La destitution arbitraire du Premier ministre Garry Conille, après seulement cinq mois d’exercice, a mis en lumière l’illégitimité profonde de cette structure. Cette éviction, opérée en dehors de tout cadre légal et constitutionnel formel, a révélé une lutte intestine pour le contrôle des ministères clés, au mépris de l’urgence nationale.

Le sort de Garry Conille est d’ailleurs révélateur de la circularité des élites transnationales : ce fonctionnaire de longue date des Nations Unies, ancien chef de cabinet de Bill Clinton en Haïti, a été recasé en avril 2026 comme Coordonnateur Résident de l’ONU au Kenya. Ce chassé-croisé géopolitique frise le cynisme absolu, alors même que des troupes policières kényanes, soutenues par l’ONU, patrouillent sur le sol haïtien pour tenter, en vain, de juguler une violence endémique. L’externalisation de la sécurité haïtienne vers des forces africaines, sous financement nord-américain, constitue une manœuvre complexe qui mérite une critique rigoureuse : elle instrumentalise la solidarité panafricaine pour masquer l’incapacité (ou le refus) des puissances historiques à assumer les conséquences de deux siècles de strangulation économique de la première république noire libre.

Depuis la dissolution du CPT, l’architecture du pouvoir est réduite à une anomalie démocratique : le Premier ministre par intérim, Alix Didier Fils-Aimé, concentre à lui seul l’intégralité du pouvoir exécutif, sans aucun contre-pouvoir, ni parlementaire, ni présidentiel. Sur le terrain, l’architecture de sécurité est inexistante face aux fédérations de gangs. Plus de 700 000 personnes sont désormais des déplacés internes, fuyant une violence meurtrière qui a précipité le pays dans une catastrophe humanitaire et une famine rampante. Haïti, en ce mois de juin 2026, n’est pas “en crise” ; elle subit l’aboutissement logique d’une architecture de l’ingérence conçue pour empêcher l’émergence de toute souveraineté populaire endogène.

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