En 2026, l’Union des Comores fait face à une contradiction critique : l’orthodoxie monétaire de la Banque Centrale se heurte à la faillite technique imminente du système de retraites. D’un côté, la Banque Centrale des Comores (BCC) déploie une politique monétaire restrictive et rigoureuse pour contenir l’inflation et stabiliser le cadre macroéconomique. De l’autre, le système de protection sociale formel, incarné par la Caisse des Retraites des Comores (CRC), se trouve en situation de faillite technique imminente. Cette enquête révèle que le modèle comorien repose sur des subventions étatiques croisées non viables à long terme, menaçant de faire dérailler les objectifs de consolidation budgétaire exigés par le Fonds Monétaire International (FMI).

L’Union des Comores fait face à une contradiction institutionnelle critique

Le pilotage économique des Comores en 2026 est caractérisé par un dualisme de gestion. Sur le plan monétaire, le Comité de Politique Monétaire et de Gestion des Réserves (CPM) de la BCC, réuni le 9 janvier et le 28 avril 2026, a maintenu une ligne dure. Le taux d’intérêt maximum des appels d’offres de liquidité (TSAO) a été fixé à 2,5 %, et le taux de la facilité de prêt marginal à 5,5 %. Pour absorber l’excédent de liquidités, la BCC a procédé à des ponctions massives régulières, atteignant le plafond de 15 milliards de francs comoriens (FC) lors des adjudications de mai et juin 2026, avec des taux moyens pondérés avoisinant 1,97 % à 1,99 %.

Au niveau exécutif, la gestion des affaires courantes a nécessité une ingénierie institutionnelle spécifique. Le Président de l’Union, Azali Assoumani, a multiplié les décrets confiant la suppléance de la Présidence à ses ministres (notamment Hassane Alfeine Yasmine et le Dr Aboubacar Said Anli) durant ses missions diplomatiques à l’étranger (Décrets N°26-034/PR, N°26-065/PR, N°26-078/PR).

Dans ce contexte, la Loi de Finances 2026 a été promulguée, fixant des contraintes drastiques. La masse salariale a été plafonnée à 37,81 milliards de FC, absorbant une part critique des 53,17 milliards de FC de recettes fiscales projetées.

Se cache une hémorragie budgétaire interne

Derrière l’apparente résilience macroéconomique célébrée par la BCC—avec une inflation retombée à 2,1 % au troisième trimestre 2025 et des réserves de change couvrant huit mois d’importations—se cache une hémorragie budgétaire interne.

L’analyse des documents actuariels du FMI publiés en février/mars 2026 démontre que le système de filet de sécurité formel est arrivé à un point de rupture. La Caisse des Retraites des Comores (CRC) affiche un déficit théorique massif. Bien que le déficit net affiché en 2024 fût de 118 millions de FC, l’enquête révèle que ce chiffre est artificiellement maintenu bas. Sans les transferts exceptionnels de l’État et l’apurement progressif des arriérés de cotisations (à hauteur de 60 millions de FC par mois), le déficit réel de la CRC aurait dépassé 1,4 milliard de FC.

Pour boucler le budget 2026, l’État a dû prévoir une enveloppe spécifique de 2,07 milliards de FC pour l’apurement des arriérés, dont 720 millions dédiés exclusivement à la CRC.

Solde Budgétaire Comores (Milliards FC)20232024 (Estimé)
Recettes Totales96,6101,6
Dépenses Totales104,8115,1
Solde Primaire-12,3-5,6

L’archétype d’un État insulaire piégé entre sa souveraineté sociale et l’orthodoxie financière

La situation comorienne est l’archétype d’un État insulaire piégé entre sa souveraineté sociale et l’orthodoxie financière internationale. Le défaut de conception de la CRC est structurel : les fonctionnaires et non-fonctionnaires peuvent liquider leurs droits à la retraite dès l’âge de 55 ans, après seulement 15 ans de cotisations.

Les projections établies avec l’outil ILO-Pension sont sans appel : pour maintenir le système par répartition actuel sans subvention étatique, le taux de cotisation (partagé entre employeurs et employés) devrait passer du niveau légal actuel de 17 % à près de 38 % d’ici 2035. L’État procède à des “subventions informelles croisées” de plus en plus insoutenables.

Face à cela, le FMI, dans le cadre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC), impose une consolidation budgétaire impitoyable. Des critères de réalisation quantitatifs (CRQ) sur le solde primaire intérieur et les arriérés ont déjà été manqués fin 2025, exigeant l’adoption de mesures correctives immédiates via la loi de finances 2026. L’État comorien doit ainsi financer son déficit (évalué à plus de 20 milliards de FC en 2026) par l’émission de bons du Trésor sur le marché domestique, drainant la liquidité que la BCC tente précisément de réguler.

La viabilité de la CRC est le pilier du contrat social comorien

La viabilité de la CRC est le pilier du contrat social comorien. Le non-paiement ou la réduction des pensions risquerait d’entraîner une déstabilisation politique majeure de la classe moyenne formelle (fonctionnaires et militaires).

La pression fiscale est projetée à seulement 8 % du PIB en 2026. Ce taux extrêmement faible limite les capacités d’intervention de l’État, rendant l’économie très vulnérable à toute baisse des droits de douane ou des transferts de la diaspora.

La précarité budgétaire impacte la souveraineté. La dépendance de l’Union aux appuis extérieurs conditionnés limite sa marge de manœuvre diplomatique et stratégique dans la zone de l’océan Indien.

L’État a engagé la validation d’un nouveau cadre juridique pour les téléprocédures fiscales et la modernisation du système bancaire (recrutement d’un consultant pour l’élaboration de la Loi Bancaire) afin d’augmenter le recouvrement.

L’investigation relève une absence de données officielles disponibles

S’agissant des hypothèses démographiques de la CRC, particulièrement concernant la capacité réelle d’intégration des travailleurs du secteur informel (qui représentent la majorité de la population active comorienne) dans le système formel de cotisation afin d’élargir l’assiette, l’investigation relève une absence de données officielles disponibles.

L’économie comorienne est sous respiration artificielle

L’économie comorienne est sous respiration artificielle. Si la politique rigoureuse de la Banque Centrale offre un vernis de stabilité macroéconomique (faible inflation, réserves adéquates), la bombe à retardement des retraites menace de faire exploser le cadre budgétaire. Sans une réforme paramétrique courageuse (relèvement de l’âge de départ, modification du taux de remplacement), le déficit de la CRC absorbera l’intégralité des faibles marges d’investissement public d’ici la fin de la décennie, entraînant potentiellement une rupture du programme avec le FMI.

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