Grèce · Énergie / Infrastructures

GREGY entre dans la phase décisive des études finales

L’interconnexion électrique Égypte-Grèce, connue sous le nom de GREGY, a franchi en 2026 plusieurs étapes qui permettent de parler d’une revue opérationnelle de sa mise en œuvre. Le projet n’est toutefois pas en exploitation et sa construction n’a pas commencé. Les documents disponibles montrent surtout le passage d’un concept géopolitique soutenu par Le Caire, Athènes et Bruxelles vers une phase structurée d’études techniques, environnementales et maritimes, préalable aux permis et à la décision d’investissement.

En juin 2026, le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a reçu à Bruxelles Ioannis Karydas, dirigeant du groupe Copelouzos, pour examiner les développements financiers et d’exécution. Le 5 août, Abdel Fattah al-Sissi et Kyriakos Mitsotakis ont à leur tour salué les progrès du projet. Ces séquences attestent une mobilisation politique continue ; elles ne démontrent ni la clôture du financement total, ni l’obtention de tous les permis, ni le lancement du chantier sous-marin.

De l’accord politique au chantier préparatoire

GREGY vise à relier directement les systèmes électriques égyptien et grec par une liaison à courant continu haute tension. ELICA Interconnector, société du groupe Copelouzos, annonce une capacité de 3 000 MW et une architecture HVDC de ±525 kV. La liaison doit être bidirectionnelle, même si sa logique économique principale est aujourd’hui l’acheminement vers la Grèce et l’Europe d’électricité renouvelable produite en Égypte. L’Union européenne la classe parmi les projets d’intérêt mutuel reliant son réseau à un pays tiers.

Cette reconnaissance a été renouvelée dans la deuxième liste PCI/PMI. Le règlement européen de 2026 maintient GREGY sous le numéro PMI 2.13. Un corrigendum a remplacé, dans la désignation juridique, Wadi El Natroon par Sidi Barrani shore comme point égyptien, alors que certaines pages du promoteur reprennent encore l’ancienne formulation. Cette divergence confirme que le tracé doit être lu à partir des documents les plus récents et que les études finales restent déterminantes.

Ce que l’avancement de 2026 permet d’établir

Le fait financier le plus concret de l’année concerne les études finales. Le 28 janvier 2026, la CINEA a annoncé une subvention maximale de 9,56 millions d’euros au titre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Cette somme finance les études finales de GREGY ; elle n’est ni un financement de construction du câble ni la couverture de son coût total. La qualification de l’instrument est donc essentielle pour éviter de surestimer le degré de financement du projet.

Cette aide s’ajoute à un dispositif antérieur sans s’y confondre. En avril 2025, la BERD et ELICA avaient signé un accord de subvention pour une partie des premières études, notamment l’étude de bureau du tracé et une analyse coûts-bénéfices et technique, financées via le pôle de conseil InvestEU. Il s’agit d’une étape préparatoire distincte du financement CEF de 2026 ; les additionner comme une enveloppe unique de construction serait erroné.

L’exécution des études finales s’est ensuite matérialisée par des procédures de marché. Le 30 juin 2026, ELICA a lancé l’appel à manifestation d’intérêt pour l’étude d’impact environnemental. Le 31 juillet, deux nouvelles procédures ont concerné la reconnaissance marine et les études de travaux civils terrestres. Elles confirment la progression de la préparation technique ; elles ne signifient pas que les études sont achevées ni que les marchés de construction du câble ont été attribués.

Une revue opérationnelle, pas encore une décision finale d’investissement

Le vocabulaire public peut donner l’impression d’un projet plus avancé qu’il ne l’est juridiquement. Le soutien des chefs d’État, Global Gateway et le statut PMI sont des signaux importants. Mais l’infrastructure reste soumise à plusieurs étapes : tracé définitif, études environnementales et marines, ouvrages terrestres, accords de raccordement, cadre réglementaire, contrats d’achat d’électricité, financement et décision finale d’investissement. Au 31 août 2026, aucune source institutionnelle consultée n’établit que cette chaîne est entièrement close.

Le dossier européen lui-même invite à la prudence. Une fiche CINEA mise à jour en décembre 2025 décrivait encore le projet comme « under consideration » et affichait une mise en service indicative en janvier 2030. Or plusieurs études finales ne sont mises en concurrence qu’en 2026. Ce décalage montre qu’un calendrier de planification n’est pas une date contractuellement garantie. Faute d’échéancier officiel révisé après les appels d’offres, la mise en service reste une projection.

La revue du 14 juin 2026 à Bruxelles renforce cette lecture. Badr Abdelatty a réaffirmé le soutien de l’Égypte et reçu une présentation des développements financiers et d’exécution. Le 5 août, Abdel Fattah al-Sissi a salué les progrès de GREGY lors d’un échange avec Kyriakos Mitsotakis. Ces déclarations documentent une supervision politique de haut niveau, mais elles ne publient pas un montage définitif de dette, de fonds propres, de garanties ou de coût de construction.

Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse l’exportation d’électrons verts

GREGY est présenté en Europe comme un corridor de sécurité énergétique, de décarbonation et de diversification. Pour l’Égypte et la souveraineté énergétique africaine, le critère de réussite est plus large. Exporter de l’électricité renouvelable peut générer des recettes et renforcer la position égyptienne en Méditerranée. Mais la valeur stratégique dépendra aussi du développement de capacités renouvelables additionnelles, de la consolidation du réseau national et de la préservation des besoins industriels égyptiens.

La question du partage de la valeur est centrale. Le promoteur envisage qu’une partie de l’électricité alimente l’industrie grecque, qu’une autre serve à produire de l’hydrogène vert et qu’une autre soit exportée vers l’Union européenne. Côté africain, les informations publiques ne permettent pas encore de mesurer précisément le contenu local, les emplois qualifiés, la fiscalité sur les revenus d’exportation ou les transferts de technologie. Ces indicateurs seront indispensables pour évaluer le bénéfice net du corridor.

Un point du règlement européen mérite une attention particulière : les renforcements internes situés en Égypte et associés à GREGY ne sont pas considérés comme des investissements éligibles au titre de la liste PCI/PMI. Cela n’exclut pas tout soutien européen par d’autres instruments, mais leur financement ne découle pas automatiquement du statut PMI du câble. Pour l’Égypte, les postes, lignes et renforcements nécessaires constituent donc un enjeu financier distinct de la subvention européenne aux études.

Cette séparation a une portée politique. Une interconnexion transméditerranéenne peut être viable tout en laissant à la partie africaine une charge importante d’investissement domestique : réseau, raccordement des nouvelles centrales, gestion du système et stabilité électrique. La souveraineté énergétique se mesurera donc à la capacité de négocier une architecture où coûts, risques et revenus sont répartis de façon soutenable et où les actifs construits renforcent aussi la résilience du système égyptien.

Le caractère bidirectionnel prévu pour GREGY offre théoriquement une protection supplémentaire : l’infrastructure ne serait pas un simple corridor à sens unique. Dans la pratique, sa valeur dépendra des règles de marché, des capacités disponibles, des contrats d’accès au réseau et des besoins des deux systèmes. Sans publication des futurs accords commerciaux et réglementaires, il serait prématuré d’en déduire un équilibre automatique des avantages entre l’Égypte et l’Europe.

L’intérêt africain peut enfin être régional. Un projet réussi renforcerait l’expérience du continent en matière de grands réseaux transfrontaliers, de financement électrique et d’intégration massive des renouvelables. Mais un corridor Afrique-Europe ne se substitue pas à l’intégration électrique intra-africaine. Le scénario le plus favorable est celui où les exportations méditerranéennes complètent les investissements dans les réseaux nationaux et les échanges continentaux au lieu de les concurrencer.

Les points techniques et financiers encore ouverts

Plusieurs informations restent à confirmer. Le tracé définitif doit être consolidé après les études marines et environnementales. La documentation européenne a corrigé en 2026 le point égyptien de la désignation juridique, tandis que des supports du promoteur utilisent encore l’ancienne référence. Tant que les études et autorisations finales ne sont pas publiées, il faut éviter de présenter un tracé historique comme définitivement figé.

Le financement intégral constitue une deuxième incertitude. Les 9,56 millions d’euros du CEF financent des études et non le chantier ; l’accord BERD-ELICA de 2025 soutient lui aussi des travaux préparatoires. Les coûts globaux avancés restent des estimations tant qu’un montage final, une structure de capital, des prêteurs, des garanties et une décision finale d’investissement ne sont pas publiés de manière complète et concordante.

Une troisième inconnue concerne l’économie contractuelle de l’électricité. GREGY doit transporter de l’énergie renouvelable produite en Égypte au moyen d’accords d’achat spécifiques. Les prix, durées, garanties d’origine, règles de congestion, partage des revenus et conditions d’accès au réseau ne sont pas encore publiés dans un ensemble permettant une évaluation indépendante. Cette limite ne remet pas en cause le projet ; elle empêche seulement d’en mesurer aujourd’hui la rentabilité et le partage exact des bénéfices.

De 2026 à la mise en service, trois tests de crédibilité

Le premier test sera technique. Les appels d’offres de 2026 doivent stabiliser le tracé, les impacts environnementaux, les besoins de génie civil et les contraintes sous-marines. Si ces travaux confirment la faisabilité sans modification majeure, GREGY pourra avancer vers les permis et la contractualisation. Dans le cas contraire, coût et calendrier devront être revus. À ce stade, aucun de ces scénarios ne peut être présenté comme acquis.

Le deuxième test sera financier. Le statut PMI et le soutien européen réduisent certains risques de développement, mais ne remplacent pas le financement de plusieurs milliards nécessaire à une grande liaison HVDC et aux actifs associés. La crédibilité économique dépendra d’engagements fermes, de contrats d’achat bancables et d’une répartition claire des risques entre promoteurs, opérateurs de réseau, États, institutions financières et acheteurs d’électricité.

Le troisième test sera africain : mesurer ce que l’Égypte conserve de la valeur créée. Les indicateurs pertinents ne seront pas seulement les mégawatts exportés, mais aussi les capacités renouvelables additionnelles, la robustesse du réseau, les emplois et compétences, le contenu local, les recettes publiques et les investissements industriels induits. C’est sur ces résultats que pourra être jugée la contribution du corridor à une souveraineté énergétique africaine concrète.

Au 31 août 2026, la conclusion la plus solide est graduée : GREGY a avancé de manière tangible dans sa phase préparatoire, avec un soutien politique renouvelé, un financement européen des études finales et le lancement de marchés techniques essentiels. Le projet n’est toutefois ni construit ni opérationnel, son financement intégral n’est pas publiquement clos et son calendrier final reste à confirmer. La « revue opérationnelle » désigne donc la montée en maturité du dossier, non l’entrée en exploitation du câble.

Les documents institutionnels qui fondent l’évaluation

  • Commission européenne / CINEA — Attribution CEF Energy 2026 : 9,56 millions d’euros pour les études finales de GREGY, 28 janvier 2026.
  • Union européenne — Règlement délégué (UE) 2026/764 et corrigendum relatif à la deuxième liste PCI/PMI ; maintien de GREGY comme PMI 2.13 et correction du point égyptien vers Sidi Barrani shore.
  • CINEA — Fiche du projet d’intérêt mutuel GREGY, dernière mise à jour décembre 2025 : statut de mise en œuvre, calendrier indicatif et caractéristiques du projet.
  • ELICA Interconnector / Copelouzos Group — Appel à manifestation d’intérêt pour l’étude d’impact environnemental, 30 juin 2026.
  • ELICA Interconnector / Copelouzos Group — Appels à manifestation d’intérêt pour la reconnaissance marine et les études de travaux civils terrestres, 31 juillet 2026.
  • EBRD / ELICA Interconnector — Accord de subvention pour les premières études de l’interconnexion Égypte-Grèce, 30 avril 2025.
  • Présidence de la République arabe d’Égypte — Communications sur le projet GREGY et la coopération énergétique avec la Grèce, notamment l’échange al-Sissi-Mitsotakis du 5 août 2026.
  • Ministère égyptien des Affaires étrangères — Rencontre de Badr Abdelatty avec Ioannis Karydas à Bruxelles sur les développements financiers et d’exécution de GREGY, 14 juin 2026.
  • Commission européenne — Global Gateway : fiche de l’interconnexion haute tension GREGY entre l’Égypte et la Grèce.

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