Enquête — Le Ghana et le Royaume-Uni ont rendu effectif le 24 septembre 2025 un accord bilatéral couvrant environ 256 millions de dollars de dette, dans le cadre du traitement négocié avec les créanciers officiels. Le texte reporte à 2039-2043 la dette exigible pendant le programme du FMI et permet la reprise de financements UKEF sur cinq projets d’infrastructure. Il s’agit d’un rééchelonnement profond, non d’un effacement pur et simple.

Un accord de 256 millions de dollars qui dépasse la seule relation bilatérale

Le Royaume-Uni et le Ghana ont conclu à Accra, le 24 septembre 2025, le United Kingdom/Ghana Debt Agreement No. 1 (2025). Le traité britannique précise qu’il est entré en vigueur le jour même, à la réception de la lettre d’acceptation du gouvernement ghanéen. Le ministère des Finances du Ghana l’a annoncé publiquement le 25 septembre et évalue à environ 256 millions de dollars le montant couvert. La différence d’un jour entre la date juridique et la communication publique ne constitue donc pas une contradiction : elle renvoie à deux moments distincts de la même opération.

L’accord est le troisième instrument bilatéral signé par Accra sous le Cadre commun du G20, après ceux conclus avec la France et l’Export-Import Bank of China. Il transpose les paramètres négociés avec le Comité des créanciers officiels, composé de 25 pays et coprésidé par la Chine et la France. Le Royaume-Uni n’accorde donc pas un traitement isolé : il applique une discipline multilatérale destinée à préserver un effort comparable entre créanciers.

Le dossier suit la suspension d’une partie du service de la dette extérieure annoncée en décembre 2022. Le rapport annuel de dette 2025 indique qu’à fin décembre, sept accords bilatéraux avaient été exécutés et qu’environ 1,024 milliard de dollars avaient été rééchelonnés, soit 36 % des 2,845 milliards de dollars de service visés pendant la période du programme.

Le traité reporte à 2039-2043 les paiements exigibles pendant la crise

Le texte britannique permet d’aller au-delà du communiqué politique. Il prévoit le report de 100 % de la « Deferred Debt », c’est-à-dire du principal, des intérêts et, selon les cas, des arriérés devenus exigibles entre le 20 décembre 2022 et le 31 décembre 2026 sur les créances éligibles. Les paiements ne disparaissent pas : ils sont capitalisés et repoussés. Les montants dus fin décembre 2022 doivent être payés le 1er janvier 2039 ; ceux dus en 2023 sont répartis entre juillet 2039 et juillet 2040 ; ceux de 2024 entre juillet 2040 et juillet 2041 ; ceux de 2025 entre juillet 2041 et juillet 2042 ; ceux de 2026 entre juillet 2042 et juillet 2043.

Cette architecture procure au Ghana une longue respiration de trésorerie, mais les intérêts sont capitalisés. Leur taux dépend du contrat d’origine et est plafonné : taux initial pour les prêts à 1 % ou moins, puis plafonds de 1 %, 2 % ou 3 % selon la tranche contractuelle. Les intérêts sont ajoutés au principal chaque 1er juillet jusqu’au remboursement final. Le traitement réduit donc les sorties de devises à court terme sans constituer une annulation nominale générale.

Le périmètre juridique est également précisément encadré. Les facilités concernées sont des crédits acheteurs d’une maturité supérieure à un an, conclus et décaissés au plus tard le 31 décembre 2022. Les décaissements intervenus à partir du 1er janvier 2023 qui deviennent exigibles après le programme ne sont pas restructurés et restent soumis à leur calendrier initial. Les prêts directs d’UK Export Finance ne sont pas couverts formellement par le même échange de lettres, mais le traité impose qu’ils soient amendés séparément selon les mêmes termes du Cadre commun.

Quatorze facilités UKEF inscrivent la dette dans des infrastructures concrètes

L’annexe du traité recense quatorze facilités de crédit acheteur. Elles renvoient à des actifs tangibles : hôpitaux de Bekwai et de Koforidua, modernisation du Komfo Anokye Teaching Hospital, hôpital de police d’Accra, aéroports de Kumasi et Tamale, ponts d’intervention rapide, échangeur Obetsebi Lamptey, route Tema-Aflao, corridor Bolgatanga-Bawku-Pulimakom et modernisation du Kumasi Central Market. Le document relie ainsi directement la restructuration à une génération antérieure de financement d’infrastructures garanti par le Royaume-Uni.

Cinq projets ont une portée opérationnelle immédiate. Le ministère ghanéen indique que l’accord permet la réactivation de financements UKEF pour la route Bolgatanga-Bawku-Pulimakom, le Komfo Anokye Teaching Hospital, la phase II de l’échangeur Obetsebi Lamptey, la route Tema-Aflao et le Kumasi Central Market. La crise de dette avait perturbé plusieurs projets soutenus par UKEF, comme l’agence britannique l’avait reconnu dans son rapport annuel 2024-2025.

Mais « débloquer » un financement ne signifie pas que l’intégralité des crédits soit immédiatement décaissée ni que chaque chantier soit achevé. Les engagements doivent encore respecter les plafonds d’endettement et les paramètres du programme ghanéen. UKEF publiait encore en juin 2026 une ligne de restructuration de prêt direct au Ghana liée à la mise en œuvre de l’accord Paris Club/G20, pour 76,5 millions de dollars, avec des conditions concessionnelles. Cette donnée confirme l’exécution financière du traitement, sans se substituer au montant global de 256 millions communiqué par Accra.

Derrière le soulagement, une discipline de comparabilité très contraignante

L’accord protège l’égalité de traitement entre créanciers. Le Ghana s’engage à ne pas accorder à d’autres créanciers externes un traitement jugé plus favorable que celui du Comité des créanciers officiels. La comparaison repose sur trois critères : service nominal pendant le programme, réduction en valeur actuelle nette et extension de maturité, avec un taux d’actualisation de 5 %. Cette clause limite les arrangements ultérieurs susceptibles de déplacer l’effort vers les seuls États créanciers.

Une clause de « claw-back » renforce cette discipline. Si le Comité des créanciers officiels déclarait le mémorandum inefficace à la suite d’un événement prévu par celui-ci, les dettes déjà arrivées à échéance pourraient redevenir immédiatement exigibles et les échéances futures retrouver leur calendrier contractuel. Un intérêt de retard de 5 % par an est également prévu. Le soulagement britannique est donc conditionnel au respect de l’architecture commune et ne peut être présenté comme une concession irrévocable détachée du reste du processus de restructuration.

Le traité prévoit aussi une option de résilience. Si un choc climatique, une catastrophe naturelle, une pandémie ou une épidémie affectait la capacité de paiement du Ghana entre juillet 2039 et juillet 2043, Londres pourrait examiner une demande de report supplémentaire. Ce mécanisme n’est pas automatique et exigerait un amendement, mais il intègre explicitement le risque de choc extrême dans le profil futur de la dette.

Pour l’Afrique, le lien entre dette restructurée et infrastructures est décisif

Le cas ghanéen rappelle qu’une crise de dette souveraine ne dégrade pas seulement des ratios financiers : elle peut arrêter ou ralentir des infrastructures hospitalières, routières et commerciales. Lorsque les agences de crédit-export suspendent les décaissements, les effets se transmettent aux entreprises et aux populations. L’intérêt concret de l’accord britannique tient donc à la possibilité de redémarrer des projets productifs sans recréer immédiatement une trajectoire insoutenable.

Pour la souveraineté financière africaine, la leçon est double. L’allongement des maturités protège les réserves et l’investissement pendant la stabilisation, mais reporte une partie de la facture vers 2039-2043. Le risque n’est pas supprimé : il est déplacé. La qualité des projets financés, leur rendement et la capacité du Ghana à accroître ses recettes détermineront si ce report devient un pont vers une croissance plus robuste ou une dette différée pour une génération future.

La publication intégrale du traité britannique constitue un progrès documentaire. Londres a rendu public un texte de 18 pages avec calendrier de remboursement, règles de capitalisation, clauses de comparabilité et liste des facilités. Cette transparence permet aux citoyens, au Parlement et aux analystes africains de distinguer le « soulagement » annoncé des obligations financières réellement reportées.

Le chiffre de 256 millions ne décrit pas à lui seul le coût final du traitement

Une première zone d’incertitude concerne la composition exacte des 256 millions de dollars annoncés par le ministère ghanéen. Le traité publié ne présente pas, dans son annexe visible, un tableau donnant pour chaque facilité le principal restructuré et les intérêts concernés. Il renvoie à une « Debt List » convenue entre UKEF et le Ghana et amendable par accord mutuel. Le montant public donne donc l’ordre de grandeur du périmètre, mais il ne permet pas de reproduire ligne par ligne le calcul du stock ou du service reporté.

Une deuxième limite concerne les cinq projets annoncés comme devant bénéficier d’une reprise de financement. Le communiqué les identifie, mais ne donne pas pour chacun le montant restant à décaisser, le nouveau calendrier de travaux ni les éventuels surcoûts de suspension. Il serait donc excessif de présenter le rééchelonnement comme la garantie d’une livraison rapide : il crée une possibilité d’exécution, sans remplacer la gestion des chantiers.

Enfin, l’accord avec le Royaume-Uni ne signifie pas que la restructuration extérieure du Ghana soit totalement terminée. En juin 2026, le FMI indiquait que des accords bilatéraux conformes au traitement du Comité des créanciers officiels avaient été signés avec plus de la moitié des créanciers, tandis que des négociations restaient en cours avec d’autres créanciers officiels et commerciaux. Le Ghana vise une finalisation de l’essentiel du processus d’ici fin 2026, mais cette échéance demeure un objectif de politique de dette.

Le véritable test commencera lorsque les échéances différées reviendront

À court terme, le contexte macroéconomique est devenu plus favorable. Le FMI constate une forte amélioration des indicateurs, avec un ratio de dette publique au PIB, selon la définition du programme, tombé de 70,3 % fin 2024 à 48,8 % fin 2025. Le risque de surendettement a été reclassé en catégorie modérée. Ces résultats améliorent la capacité du Ghana à gérer sa transition post-crise, mais ils ne neutralisent pas les engagements futurs créés par la capitalisation et le rééchelonnement.

Si la croissance, les recettes et les exportations progressent durablement, le profil 2039-2043 pourrait rester absorbable. À l’inverse, un relâchement fiscal, de nouveaux risques liés aux entreprises publiques ou des emprunts à faible rendement pourraient recréer une contrainte avant même le retour des paiements britanniques. La restructuration achète du temps ; la politique économique déterminera l’usage de ce temps.

Le succès de l’accord devrait être mesuré à trois niveaux : reprise effective des cinq projets, maintien de la dette sous les seuils de risque et absence de nouveaux arriérés externes. Tant que ces résultats ne sont pas observables sur plusieurs années, l’opération ne peut être présentée comme une solution définitive. Ce qui est établi est un transfert massif du service hors de 2022-2026 et un cadre contractuel très transparent.

Un traité public permet de séparer le soulagement réel des effets d’annonce

La robustesse du dossier repose sur la convergence de sources ghanéennes, britanniques et multilatérales. Le traité établit la date d’entrée en vigueur, le calendrier 2039-2043, les taux de capitalisation, les clauses de comparabilité et les facilités couvertes. Le ministère ghanéen documente le montant d’environ 256 millions de dollars et les cinq projets à relancer ; UKEF et le FMI replacent l’accord dans l’ensemble de la restructuration.

Sources institutionnelles retenues :

  • Foreign, Commonwealth & Development Office — United Kingdom/Ghana Debt Agreement No. 1 (2025), Treaty Series No. 61, publié en novembre 2025.
  • Ministère des Finances du Ghana — communiqué du 25 septembre 2025 sur l’accord de restructuration avec le Royaume-Uni.
  • Ministère des Finances du Ghana — Annual Public Debt Report 2025, publié en juin 2026.
  • UK Export Finance — Annual Report and Accounts 2024-2025.
  • UK Export Finance — déclaration de conformité aux orientations du G20 sur le financement soutenable, octobre-décembre 2025, mise à jour en juin 2026.
  • Fonds monétaire international — consultation Article IV 2026, sixième revue de l’ECF et demande de Policy Coordination Instrument, juillet-août 2026.

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