AFR-012 — Illustration de synthèse : photomontage éditorial de Teodoro Nguema Obiang Mangue et d’une scène technique fictive, sans représentation d’un événement réel.
La valeur du patrimoine public reste au centre de la négociation
Le 16 octobre 2026, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a demandé d’accélérer la transmission à KPMG des documents nécessaires à l’évaluation de GECOMSA. Selon la vice-présidence, ce travail doit déterminer la valeur des installations, équipements et autres actifs, dont 84 tours de télécommunications, avant de fixer la participation de l’État dans TELGESA, projet mené avec EGSA Loita. Une signature était souhaitée avant la fin d’octobre. [1]
Cette échéance exprime un objectif politique. Au 30 octobre, les documents vérifiés ici ne permettent pas d’établir les conditions finales de l’accord ni l’entrée en service du nouvel opérateur. Ils montrent surtout que la valorisation du patrimoine constitue encore une étape de la préparation.
L’opération engage deux intérêts publics liés : préserver la valeur de ce qui a déjà été financé et obtenir un service de télécommunications réellement meilleur. Une réorganisation peut répondre au second sans garantir automatiquement le premier. Il faut donc examiner les apports, les dettes reprises, les pouvoirs de décision et les engagements de déploiement dans un même ensemble.
Les difficultés de GECOMSA et un précédent contesté précèdent l’offre actuelle
En septembre 2024, le gouvernement annonçait un audit de GECOMSA après une réunion consacrée à ses difficultés. Le compte rendu attribuait à sa direction une créance de 12,244 milliards de francs CFA sur l’État pour des services de 2013 à 2020. Il mentionnait aussi des dettes envers des organismes du secteur et l’obsolescence des équipements. Ce sont des déclarations administratives sur la situation de l’entreprise, pas des comptes audités publiés dans cette page. [2]
Le 23 octobre 2025, une autre communication officielle rapportait que le vice-président contestait la constitution d’une société entre GECOMSA et EGSA Loita sans approbation gouvernementale. Il demandait un réexamen et le lancement d’une procédure internationale pour rechercher des investisseurs. La qualification d’irrégularité appartient à cette déclaration ; aucun jugement n’est établi par le document. [3]
Ce précédent interdit de raconter le dossier comme une création commencée seulement en 2026. Il n’autorise pas davantage à conclure qu’une société définitivement opérationnelle existait déjà. La chronologie révèle des négociations et un désaccord sur les autorisations. Le registre des sociétés, les statuts et les décisions compétentes seraient nécessaires pour préciser chaque étape juridique.
Cinquante millions de dollars décrivent une proposition d’investissement
Le 30 janvier 2026, le portail gouvernemental a présenté une offre d’EGSA Loita de 50 millions de dollars. Le schéma annoncé prévoyait une participation publique initiale de 49 %, 260 antennes, une couverture nationale visée de 90 % et un millier d’emplois. Ces chiffres sont des objectifs attribués au promoteur du projet. Ils ne constituent ni des investissements constatés, ni des équipements réceptionnés, ni des emplois recensés. [4]
L’évaluation demandée en octobre montre que la répartition du capital doit encore être éclairée par la valeur des apports. Le pourcentage évoqué en janvier ne peut donc être traité comme une photographie vérifiée de l’actionnariat final. De même, la référence aux 84 tours de GECOMSA ne renseigne pas, à elle seule, leur état, leur disponibilité ou la capacité utile qu’elles offrent. [1]
Le mot « couverture » exige également une définition. Couvrir une proportion du territoire, de la population ou des lieux habités ne correspond pas au même engagement. Les communications retenues n’en donnent pas une méthode de mesure détaillée. Une promesse de couverture doit être associée à une technologie, à un niveau de qualité et à une date avant de devenir un objectif contrôlable.
L’inventaire des tours doit conduire à une valeur nette justifiable
La valeur d’une entreprise ne se déduit pas du nombre de ses pylônes. L’évaluation doit examiner l’état des équipements, les droits d’usage des sites, les autorisations, les contrats et les dépenses nécessaires à leur remise à niveau. Un actif comptabilisé peut avoir perdu de l’utilité ; une infrastructure encore utilisable peut conserver une valeur stratégique supérieure à sa seule valeur de revente.
Le traitement des passifs est tout aussi important. Qui prendra en charge les fournisseurs impayés, les obligations envers les salariés, les engagements fiscaux ou les éventuels contentieux ? Une reprise d’actifs laissant les dettes dans une structure publique n’a pas le même effet budgétaire qu’une reprise globale. Ces deux hypothèses ne doivent pas être confondues tant que le montage n’est pas documenté.
La créance sur l’État rapportée en 2024 appelle elle-même un examen contradictoire : montant reconnu, pièces justificatives, mécanisme de compensation éventuel et perspective de recouvrement. [2] Sa valeur économique dépendrait de ces conditions. La reprendre au nominal dans un apport, l’annuler ou la régler avant l’opération produirait des effets différents pour le budget et les actionnaires.
Enfin, une somme annoncée comme investissement peut désigner du capital, un prêt, une enveloppe de dépenses futures ou une combinaison de ces instruments. Les 50 millions ne suffisent donc pas à calculer mécaniquement la valeur de GECOMSA ou un prix par action. Il faut savoir quelle part serait versée à l’entreprise, dans quel délai et contre quels droits.
La participation de l’État doit s’apprécier avec les droits et les obligations
Une participation publique de 49 %, si elle était finalement retenue, ne résumerait pas le contrôle exercé. Les nominations au conseil, les décisions réservées, les règles de financement et les conditions de cession des actions détermineraient aussi la capacité de l’État à défendre ses intérêts. Ces mécanismes doivent être connus avant de conclure à une maîtrise publique suffisante ou insuffisante.
L’État porte en outre plusieurs responsabilités distinctes : actionnaire, acheteur de services et garant des règles du secteur. Leur articulation mérite une attention particulière. Un opérateur peut devoir recouvrer ses factures auprès d’administrations tout en respectant les mêmes obligations que ses concurrents. La discipline de paiement public et la neutralité de la régulation comptent autant que la composition du capital.
La réorganisation devrait aussi préciser le devenir des salariés : contrats repris, compétences nécessaires, formation et modalités d’un éventuel changement d’employeur. L’annonce d’emplois futurs ne répond pas à elle seule à ces questions. Une politique de modernisation crédible doit associer les compétences locales à l’exploitation et à la maintenance, sans confondre cette ambition avec une obligation contractuelle déjà vérifiée.
Pour les usagers, la participation nationale prend enfin un sens concret dans la qualité, les tarifs et les possibilités de recours. Un patrimoine correctement valorisé peut servir un service inaccessible à une partie de la population. L’évaluation financière et l’intérêt des abonnés doivent donc faire l’objet de contrôles complémentaires.
Le diagnostic technique ne remplace pas le contrat de réorganisation
Le gouvernement a présenté, le 25 avril 2026, les conclusions d’une évaluation du réseau national menée par Cyberteq. Le compte rendu mentionne des équipements vieillissants, des lenteurs de transmission, des appels interrompus par saturation et des défauts de configuration ou de dimensionnement. Il décrit un chantier sectoriel, qui ne doit pas être attribué intégralement à GECOMSA ni confondu avec la valorisation confiée à KPMG. [5]
Ces constats expliquent pourquoi changer de structure juridique ne suffit pas à garantir une amélioration. Il faut financer la capacité, l’alimentation des sites, les liaisons et l’entretien. Le déploiement de nouvelles antennes doit être coordonné avec ces fonctions, faute de quoi la disponibilité théorique du réseau peut ne pas se traduire par une connexion utilisable.
Les sources consultées ne fournissent pas le rapport complet de valorisation, les statuts définitifs, la liste des passifs repris ni un calendrier contractuel des apports. Elles ne permettent pas non plus d’établir l’issue de la procédure internationale demandée en 2025. Cette limite documentaire ne démontre pas l’absence de tels actes ; elle empêche de présenter leurs résultats comme acquis.
Les déclarations officielles éclairent la position du gouvernement, mais ne remplacent ni les comptes de l’entreprise, ni la réponse documentée de l’investisseur, ni des mesures indépendantes de qualité. Ces pièces complémentaires seraient nécessaires pour apprécier le partage final de la valeur et des risques.
La modernisation devra se vérifier dans le patrimoine conservé et le service rendu
Un scénario favorable associerait une évaluation contradictoire, des apports effectivement libérés et des obligations de service mesurables. Le patrimoine repris serait identifié, les dettes traitées sans ambiguïté et le déploiement suivi par étapes. La population pourrait alors constater des appels plus stables, une connexion disponible et des offres dont le coût est explicite.
Un scénario défavorable serait celui d’un accord conclu avant de clarifier les actifs et les charges, puis d’investissements retardés. L’État pourrait conserver des obligations anciennes tandis que les objectifs de service resteraient hors d’atteinte. Cette possibilité ne constitue pas une accusation sur l’accord en préparation ; elle indique ce que les clauses et les contrôles devraient prévenir.
Les prochaines preuves attendues sont concrètes : résultat de la valorisation, autorisations, répartition du capital, apports réalisés et indicateurs de service. La création de TELGESA sera économiquement convaincante si elle protège la contribution publique tout en améliorant l’usage quotidien des télécommunications. La signature, à elle seule, ne démontrera aucun de ces deux résultats.
Les documents officiels retracent les étapes sans établir leur aboutissement
[1] Vice-présidence de Guinée équatoriale, réunion sur TELGESA du 16 octobre 2026 : mission confiée à KPMG, patrimoine à évaluer et objectif de signature. Le compte rendu ne contient pas l’accord final.
[2] Gouvernement de Guinée équatoriale, annonce d’un audit de GECOMSA, 13 septembre 2024 : difficultés et créances rapportées par la direction. Ces déclarations ne sont pas utilisées comme comptes certifiés ni comme preuve d’un encours actuel.
[3] Gouvernement de Guinée équatoriale, réexamen de TELGESA, 23 octobre 2025 : contestation de l’autorisation de la société et instruction de rechercher des investisseurs. Les appréciations juridiques sont attribuées à leur auteur.
[4] Gouvernement de Guinée équatoriale, proposition d’EGSA Loita, 30 janvier 2026 : montant, participation envisagée et objectifs de déploiement. Aucun de ces objectifs n’est assimilé à un résultat réalisé.
[5] Gouvernement de Guinée équatoriale, présentation du diagnostic Cyberteq, 25 avril 2026 : résumé officiel d’une évaluation sectorielle distincte de la valorisation de GECOMSA. Le rapport technique intégral n’a pas été consulté.

