Oman  |  Diplomatie stratégique

Oman entre dans GASPI sans en être l’initiateur

Le 23 juillet 2026, l’ambassadrice d’Oman en Éthiopie, Dr Afkar Alfarsi, également observatrice permanente du sultanat auprès de l’Union africaine, a participé à Addis-Abeba au premier dialogue de haut niveau du Gulf–Africa Strategic Partnership Initiative, ou GASPI. La réunion devait contribuer à définir les priorités qui seront soumises au sommet inaugural prévu à Abidjan.

Le titre du référentiel doit cependant être interprété avec précision : GASPI n’est pas une initiative créée par Oman. Les documents ivoiriens et ceux des organisateurs établissent qu’elle a été conçue par Gravitas Sovereign and Strategic Advisory avec l’appui du gouvernement de Côte d’Ivoire et de plusieurs partenaires institutionnels. Oman y intervient comme État du Golfe participant, à un moment où Mascate renforce parallèlement sa représentation auprès de l’Union africaine et ses relations économiques avec l’Afrique orientale.

L’intérêt stratégique du dossier réside donc moins dans une prétendue « initiative omanaise » que dans la manière dont Oman cherche à s’inscrire dans une nouvelle architecture de dialogue entre les six États du Conseil de coopération du Golfe et les économies africaines. Cette nuance est essentielle pour ne pas attribuer au sultanat la propriété institutionnelle d’un mécanisme multilatéral qu’il n’a pas fondé.

Addis-Abeba devient le point d’appui africain de Mascate

La participation omanaise à GASPI s’inscrit dans une présence africaine devenue plus structurée. En octobre 2025, Oman a accrédité à Addis-Abeba un observateur permanent auprès de l’Union africaine. Le 31 décembre de la même année, Dr Afkar Alfarsi rencontrait le chef de cabinet de la Commission de l’Union africaine afin d’examiner le renforcement des relations Oman-UA.

Le 6 janvier 2026, Oman et l’Éthiopie ont tenu leur première session de consultations politiques. Les échanges ont porté sur le commerce, la régulation du travail, les liaisons maritimes et aériennes, l’agriculture, les services financiers et les possibilités d’investissement. Cette séquence a donné à Addis-Abeba une fonction double : relation bilatérale avec l’Éthiopie et accès diplomatique permanent aux institutions continentales.

GASPI se développe dans le même environnement. La Côte d’Ivoire a officiellement lancé la plateforme à Abidjan en juillet 2025 comme mécanisme de dialogue stratégique entre l’Afrique et les pays du Golfe. L’objectif annoncé est de rapprocher gouvernements, institutions publiques, investisseurs, entreprises et organismes de développement autour de projets susceptibles de renforcer commerce, financement et coopération politique.

Cette architecture répond à la montée des capitaux du Golfe dans la logistique, l’agriculture, l’énergie, les mines et la finance africaines. Pour Oman, une plateforme collective offre aussi un accès à des projets qu’il serait plus difficile de structurer seul.

Ce que le dialogue de juillet 2026 permet réellement d’établir

Le dialogue régional organisé à Addis-Abeba les 22 et 23 juillet 2026 constitue le principal fait déclencheur. Il a réuni diplomates, responsables publics, investisseurs, chercheurs, institutions de développement et secteur privé afin d’identifier les priorités concrètes du partenariat Golfe-Afrique. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères indique que les discussions ont porté sur la transformation économique, les investissements, l’industrialisation, les infrastructures, les énergies renouvelables, l’agriculture, la finance, les technologies et la sécurité alimentaire.

Oman y était représenté par Dr Afkar Alfarsi. Le ministère omanais des Affaires étrangères précise que la réunion devait contribuer à façonner l’agenda du sommet inaugural. Cette présence est donc officiellement documentée ; aucune source institutionnelle consultée ne montre toutefois qu’Oman préside GASPI, en finance seul le secrétariat ou en détermine unilatéralement l’agenda.

La plateforme vise un dialogue périodique entre l’Afrique et les six États du CCG. ODI Global évoque plusieurs dizaines de pays africains et met l’accent sur l’investissement, la préparation des projets et la conversion des mémorandums en opérations bancables.

Une incertitude de calendrier doit être signalée. Le site de GASPI et le Parc des expositions d’Abidjan affichent encore les dates du 8 au 10 décembre 2026. En revanche, les sources plus récentes publiées en juillet 2026 par le ministère omanais des Affaires étrangères, le ministère éthiopien et ODI Global indiquent que le sommet inaugural est désormais prévu en mars 2027. Les éléments les plus récents rendent donc plausible un report, sans qu’un communiqué unique d’annulation des dates de décembre ait été identifié.

En août 2026, la diplomatie ivoirienne poursuivait ses préparatifs à Riyad avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique et le Secrétariat général du CCG. Abidjan présente GASPI comme un instrument susceptible d’aider à mobiliser des ressources pour des projets structurants en Côte d’Ivoire et plus largement en Afrique.

Une plateforme pensée pour transformer les flux du Golfe en projets bancables

GASPI cherche à réduire la fragmentation des relations Afrique-Golfe entre accords bilatéraux, investissements souverains, fonds de développement et initiatives privées, en réunissant stratégie, finance et exécution dans un même cadre.

Le dialogue d’Addis-Abeba met surtout en évidence le déficit de préparation technique, juridique et financière de nombreux projets africains. L’enjeu est de créer des opérations suffisamment structurées pour accueillir le capital dans des conditions soutenables.

Pour Oman, cette logique correspond à une diplomatie de réseau. Mascate dispose d’une tradition de médiation, d’une géographie tournée vers l’océan Indien et de liens historiques avec l’Afrique de l’Est. Sa participation à GASPI peut compléter ses propres démarches commerciales en Tanzanie, en Éthiopie ou à Madagascar, sans exiger du sultanat les mêmes volumes d’investissement souverain que ses voisins du Golfe.

Oman peut valoriser ses compétences dans les ports, la logistique, l’aviation, la pêche, l’agroalimentaire et l’énergie. Mais aucune liste officielle de projets omanais labellisés GASPI n’est publiée : il s’agit encore d’une opportunité stratégique, non d’un portefeuille constitué.

L’enjeu africain : capter le capital sans céder la définition des priorités

Pour les États africains, la question centrale est la gouvernance du partenariat. Une plateforme consacrée à l’accès du capital du Golfe aux secteurs stratégiques du continent peut fournir des financements nouveaux, mais elle peut également renforcer des asymétries si les priorités sont définies principalement par les investisseurs extérieurs.

Le dialogue d’Addis-Abeba a insisté sur l’industrialisation, la valeur ajoutée et l’intégration régionale. Cette orientation peut soutenir la ZLECAf si les capitaux financent des capacités productives régionales plutôt que des projets enclavés.

La préparation des projets est un levier de souveraineté : des États disposant de dossiers techniquement, juridiquement et financièrement solides négocient avec davantage de marge et réduisent leur dépendance envers les conditions des financeurs.

Les contrats devront préciser contenu local, emplois, transfert de compétences, fiscalité, environnement, données, maintenance et règlement des différends. Aucune architecture contraignante commune n’est encore publiée.

Enfin, GASPI ne doit pas se substituer aux institutions africaines. Union africaine, ZLECAf, banques régionales et communautés économiques régionales disposent déjà de stratégies continentales. La valeur de la plateforme dépendra de sa capacité à s’aligner sur ces priorités plutôt qu’à créer un circuit parallèle de décision.

Calendrier, gouvernance, engagements : plusieurs inconnues demeurent

La première incertitude concerne le calendrier. Les supports officiels et para-officiels ne sont pas encore harmonisés : certains annoncent décembre 2026, alors que les publications les plus récentes d’Oman, d’Éthiopie et d’ODI indiquent mars 2027. L’article retient donc mars 2027 comme calendrier le plus récent, tout en signalant l’absence d’une mise à jour uniforme.

La deuxième concerne la gouvernance. Les objectifs généraux de GASPI sont publics, mais la composition définitive de ses organes, les droits de décision des États participants, le mode de sélection des projets et les critères de suivi ne sont pas suffisamment détaillés dans les sources consultées.

La troisième concerne Oman. Sa participation au dialogue d’Addis-Abeba est établie, tout comme sa présence d’observateur auprès de l’Union africaine. En revanche, aucun engagement financier omanais spécifique à GASPI, aucun projet portant officiellement un label Oman-GASPI et aucune fonction de direction de la plateforme ne sont publiés.

Enfin, les montants futurs ne doivent pas être extrapolés à partir des investissements globaux du Golfe en Afrique. GASPI est un mécanisme de dialogue et de préparation ; il ne constitue pas, à ce stade, un fonds doté d’une enveloppe financière unique et déjà mobilisée.

Le sommet d’Abidjan devra prouver que GASPI dépasse le forum

Le scénario le plus favorable serait un sommet d’Abidjan créant un pipeline public de projets, des critères de bancabilité, des mécanismes de préparation et un suivi régulier. GASPI pourrait alors convertir le dialogue politique en investissement productif.

Un scénario intermédiaire verrait la plateforme fonctionner principalement comme forum de rencontres entre dirigeants et investisseurs. Elle conserverait une valeur diplomatique, mais son impact resterait difficile à distinguer de celui des multiples initiatives déjà existantes entre pays africains et États du Golfe.

Le risque principal serait que la recherche de capitaux conduise à privilégier des projets de rendement immédiat sans transformation locale suffisante. L’Afrique disposerait alors de nouveaux financeurs sans modifier profondément la structure de ses chaînes de valeur.

Pour Oman, la prochaine étape sera de démontrer ce qu’il apporte spécifiquement au mécanisme : projets logistiques, liaisons aériennes ou maritimes, investissements sectoriels, coopération technique ou capacités de médiation. Au 3 septembre 2026, sa participation est diplomatiquement établie, mais son portefeuille propre dans GASPI reste à construire.

L’estimation centrale est donc celle d’une initiative interrégionale crédible en phase de structuration, à laquelle Oman cherche activement à se raccorder. La réussite se mesurera non au nombre de délégations présentes, mais aux projets africains effectivement financés, exécutés et intégrés aux stratégies de transformation du continent.

Le socle documentaire de l’enquête

  • Ministère des Affaires étrangères du Sultanat d’Oman — participation de l’ambassadrice Dr Afkar Alfarsi au dialogue inaugural GASPI à Addis-Abeba, 23 juillet 2026 ; statut d’observateur d’Oman auprès de l’Union africaine ; premières consultations politiques Oman–Éthiopie, 6 janvier 2026.
  • Ministère des Affaires étrangères de l’Éthiopie — dialogue régional de haut niveau sur la coopération économique Golfe-Afrique, Addis-Abeba, juillet 2026 ; priorités relatives à l’industrialisation, aux infrastructures, aux énergies renouvelables, à l’agriculture, à la finance et à la sécurité alimentaire.
  • Ministère du Plan et du Développement de Côte d’Ivoire — lancement officiel du Gulf–Africa Strategic Partnership Initiative à Abidjan en juillet 2025 et objectifs de mobilisation d’investissements.
  • Ministère d’État, ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de Côte d’Ivoire — préparatifs de GASPI à Riyad avec la BADEA et le Secrétariat général du Conseil de coopération du Golfe, août 2026.
  • ODI Global Advisory — dialogue d’Addis-Abeba de juillet 2026, rôle de partenaire de connaissance et calendrier du sommet inaugural annoncé pour mars 2027.
  • GASPI / Gravitas Sovereign and Strategic Advisory — objectifs, architecture générale et supports de présentation du sommet inaugural.

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