Le portail officiel du ministère français de la Culture documente l’annonce par la ministre Rachida Dati de « 2026, Année Malraux », un hommage institutionnel colossal au premier ministre des Affaires culturelles de la Ve République.
Toutefois, une lecture décoloniale du concept malraucien du « musée imaginaire » révèle son corollaire extractiviste : l’idée que l’art est universel a historiquement servi de justification intellectuelle parfaite aux métropoles européennes pour s’accaparer, retenir et décontextualiser les patrimoines sacrés pillés sur le continent africain.
Célébrer Malraux en 2026, au moment précis où le Bénin structure sa propre agence de récupération et de mise en valeur de son patrimoine souverain, démontre une incapacité flagrante de l’État français à engager une rupture épistémologique. La politique culturelle reste figée dans la perpétuation de son propre mythe universaliste.
Le reste de l’activité législative et communicative entourant les 27 et 28 mai confirme un fonctionnement lourdement normatif : publications sur le bicentenaire de la photographie 2026-2027, organisation de la 45e Fête de la Musique, et labellisation de 30 expositions d’intérêt national.
L’architecture juridique elle-même, avec la promulgation le 26 mai du décret n° 2026-408 modifiant le statut du corps des inspecteurs de la création artistique, et l’audition de Catherine Pégard à l’Assemblée nationale le 27 mai, illustre une bureaucratie centralisatrice qui gère la culture comme un secteur administratif standardisé — imperméable aux mutations profondes qui agitent le Sud mondial.

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