Fidji — Diplomatie / Commerce / Gouvernance internationale
À Palau, le Pacifique réactive le levier OACPS–Union européenne
Le 31 août 2026, en marge du 55e Forum des îles du Pacifique organisé à Palau, le ministre fidjien des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, Sakiasi Ditoka, a participé à la réunion des dirigeants du groupe ACP du Pacifique. Présidée par Surangel Whipps Jr, président de Palau, la séquence a porté sur la conjoncture économique régionale, les partenariats, la mise en œuvre de l’Accord de Samoa et leur articulation avec la Stratégie 2050 pour le continent bleu du Pacifique.
Le ministère fidjien confirme que l’Accord de Samoa a été présenté comme le cadre de coopération avec l’Union européenne à travers l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, et que son application figurait parmi les thèmes centraux de la réunion.
L’intérêt dépasse l’Océanie. L’Accord de Samoa constitue le cadre général de la relation entre l’Union européenne et les États africains, caribéens et pacifiques qui y sont parties. Le Conseil de l’Union européenne recense actuellement 77 pays concernés, dont 47 États africains, 15 caribéens et 15 pacifiques, avec une application provisoire depuis janvier 2024.
Pour l’Afrique, l’enjeu n’est donc pas de supposer que le Pacifique fixe la ligne de l’OACPS. Rien ne permet de l’établir. Il s’agit plutôt d’observer comment un groupe régional coordonné utilise les institutions communes pour organiser ses priorités et renforcer sa capacité de négociation avec Bruxelles.
Du système de Cotonou à une architecture régionale intégrée
Signé le 15 novembre 2023, l’Accord de Samoa a succédé à l’Accord de Cotonou comme cadre juridique de long terme. Il repose sur un socle commun complété par trois protocoles régionaux : Afrique, Caraïbes et Pacifique.
Les textes européens identifient six priorités communes : droits humains, démocratie et gouvernance ; paix et sécurité ; développement humain et social ; croissance économique inclusive et durable ; environnement et changement climatique ; migrations et mobilité. Le traité vise aussi à faciliter des positions communes dans les enceintes internationales.
Cette architecture permet à chaque région de défendre des besoins spécifiques tout en restant reliée à un cadre collectif. Le protocole africain prévoit notamment un soutien à l’intégration régionale et continentale, à l’Agenda 2063, à la Zone de libre-échange continentale africaine, ainsi qu’aux architectures africaines de paix et de gouvernance.
Cette dimension est déjà opérationnelle. En mai 2026, la première session plénière de l’Assemblée parlementaire Afrique–UE s’est tenue à Ezulwini, en Eswatini, dans le cadre de l’Accord de Samoa. Le dispositif régional africain fonctionne donc parallèlement aux organes communs de l’OACPS.
Ce que les dirigeants du Pacifique ont effectivement décidé de traiter
Les éléments officiels permettent d’établir quatre points : les dirigeants ont réaffirmé l’importance de partenariats régionaux et internationaux ; ils ont placé la mise en œuvre de l’Accord de Samoa dans cette stratégie ; ils l’ont reliée aux priorités économiques du Pacifique et à la Stratégie 2050 ; enfin, le climat a été maintenu comme sujet transversal à travers les « Pacific Climate Champions » avant la COP31.
Ces éléments figurent dans le communiqué du ministère fidjien publié le 1er septembre 2026.
En revanche, ce communiqué ne publie ni mandat de négociation détaillé, ni demande financière chiffrée, ni nouvel engagement commercial de l’Union européenne. Il ne permet donc pas de conclure à un accord financier ou réglementaire nouveau.
La réunion documente une orientation politique et une volonté d’opérationnalisation ; elle ne documente pas encore un changement matériel des flux financiers ou des règles commerciales.
Une stratégie régionale qui ne vaut pas mandat sur l’Afrique
La portée stratégique tient surtout à la méthode. Les États du Pacifique cherchent à transformer l’Accord de Samoa en instrument opérationnel : ils identifient leurs priorités, les relient à une stratégie régionale existante et tentent de les faire remonter dans l’architecture OACPS–UE.
Cette méthode intéresse l’Afrique parce que le traité combine précisément un socle commun et des protocoles régionaux. Chaque région peut donc consolider sa propre position avant les séquences interrégionales.
Il serait toutefois excessif de parler d’une ligne pacifique imposée à l’ensemble de l’OACPS. Les organes communs incluent les différentes régions. Le Comité des ambassadeurs suit la mise en œuvre du partenariat OACPS–UE et l’OACPS indique que ses décisions, résolutions ou recommandations sont adoptées par consensus.
L’influence dépend donc moins de la taille d’un bloc que de sa capacité à arriver avec des positions préparées, techniquement argumentées et politiquement coordonnées.
Ce que l’Afrique peut tirer de cette dynamique
L’Afrique compte 47 États actuellement recensés par le Conseil de l’Union européenne parmi les pays couverts par l’Accord de Samoa. Ce poids numérique est important, mais il ne produit pas automatiquement une position commune. La valeur stratégique dépend de la coordination entre gouvernements africains, Union africaine, communautés économiques régionales et institutions du protocole Afrique–UE.
Plusieurs convergences avec le Pacifique sont plausibles. Le changement climatique est la plus évidente : adaptation, pertes et préjudices, accès au financement concessionnel, résilience et vulnérabilité concernent les deux régions, même si leurs situations nationales diffèrent.
Le financement du développement constitue un second terrain. La stratégie de mise en œuvre de l’Accord de Samoa adoptée par l’OACPS insiste sur l’appropriation régionale, les partenariats stratégiques et des résultats mesurables. En 2026, l’organisation continue de présenter l’opérationnalisation de l’accord comme une priorité institutionnelle.
Un troisième domaine concerne le multilatéralisme. Le traité prévoit la recherche de positions communes. Des alliances africaines et pacifiques peuvent donc être utiles sur certains dossiers où la construction de coalitions pèse dans les enceintes internationales.
Cette convergence ne doit pas être présumée. Les intérêts peuvent diverger sur des instruments commerciaux, des priorités budgétaires ou des calendriers réglementaires. La coopération doit être évaluée dossier par dossier.
Ce que les communiqués ne permettent pas encore d’établir
Le contenu exact des positions adoptées à Palau n’est pas entièrement public. Le communiqué fidjien décrit les thèmes discutés, mais pas un texte de conclusions détaillé.
Aucun document consulté ne permet non plus d’établir qu’une proposition décidée à Palau a déjà été transformée en position officielle de l’ensemble OACPS.
L’impact financier reste également indéterminé : aucune donnée institutionnelle consultée ne relie directement cette réunion à une nouvelle enveloppe européenne ou à une réallocation de financements.
Enfin, la convergence Afrique–Pacifique sur le climat, le financement ou le multilatéralisme est plausible, mais elle ne constitue pas une position commune tant qu’un texte conjoint ou une décision des organes compétents ne l’établit pas.
Vers des coalitions ACP plus thématiques que géographiques ?
Si la dynamique observée se poursuit, trois trajectoires sont envisageables.
La première serait une régionalisation renforcée : Afrique, Caraïbes et Pacifique structureraient davantage leurs positions dans leurs protocoles avant de les porter au niveau commun.
La deuxième serait celle de coalitions transrégionales thématiques. Des États africains et pacifiques pourraient coordonner davantage leurs positions sur la vulnérabilité climatique, le financement concessionnel, la dette ou la gouvernance des ressources naturelles.
La troisième serait plus fragmentée : si les priorités régionales divergent fortement ou si les mécanismes communs manquent de capacité, l’Accord de Samoa pourrait fonctionner surtout comme une juxtaposition de dialogues régionaux avec l’Union européenne.
À ce stade, les faits ne permettent pas de trancher. La réunion de Palau montre néanmoins que le Pacifique cherche à utiliser activement l’architecture du traité. Pour l’Afrique, la question stratégique est donc de s’assurer que ses propres priorités soient préparées et défendues avec un niveau comparable de cohérence.
Documents institutionnels mobilisés
- Ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur des Fidji, communiqué du 1er septembre 2026 sur la réunion des dirigeants ACP du Pacifique à Palau.
- Conseil de l’Union européenne, présentation institutionnelle de l’Accord de Samoa et de son champ d’application.
- EUR-Lex, synthèse juridique de l’Accord OACPS–UE et dispositions relatives aux protocoles régionaux.
- Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, documents sur la stratégie de mise en œuvre de l’Accord de Samoa, le Comité des ambassadeurs et les structures parlementaires Afrique–UE.

