Scène illustrative. Deux techniciens inspectent un coffret de distribution électrique près d’un atelier céréalier dans une localité du Burkina Faso.

Une ambition nationale qui commence au compteur

Le Conseil des ministres du 22 octobre 2026 a adopté un décret créant l’initiative présidentielle « Faso Wa-Fulu », consacrée à l’accès universel à l’énergie électrique. Le programme annonce un changement d’échelle. Pour les ménages et les entreprises, sa portée se mesurera à la possibilité d’obtenir une alimentation utilisable, régulière et abordable, au-delà de la présence d’une ligne dans leur localité. [1]

L’électricité permet d’éclairer un logement, mais aussi de conserver des aliments, de faire fonctionner une machine ou d’équiper un service public. Ces usages n’exigent pas tous la même puissance ni la même continuité. L’évaluation devra donc partir des besoins des habitants et des producteurs. Un décompte d’ouvrages renseigne l’effort de construction ; il ne suffit pas à décrire le service réellement accessible.

Une nouvelle initiative dans un chantier déjà engagé

La série de la Banque mondiale consacrée à l’accès à l’électricité situe cet accès à 34 % de la population burkinabè pour 2024. Il s’agit de l’année observée dans l’indicateur, non d’une mesure de novembre 2026. Cette donnée renseigne l’ampleur du déficit historique, sans établir à elle seule le nombre d’heures disponibles, la qualité de la tension ou le poids de la facture. [3]

D’autres dispositifs précèdent Faso Wa-Fulu. Le projet Solar Energy and Access Project, couramment désigné SOLEER, a été approuvé en juin 2021 et est entré en vigueur le 22 juin 2022, selon la documentation de la Banque mondiale. Il associe accès rural et développement du solaire. Cette antériorité oblige à distinguer les réalisations des programmes existants de celles que produira la nouvelle initiative. [4]

L’enjeu de coordination est concret : réutiliser les études utiles, éviter de compter deux fois un même bénéficiaire et organiser l’entretien des équipements. La création d’un nouveau cadre peut renforcer l’action publique si elle clarifie les responsabilités. Elle pourrait aussi disperser les moyens si les interventions se superposent. Les documents d’exécution devront permettre de trancher entre ces possibilités.

Des objectifs chiffrés et un calendrier à préciser

La synthèse officielle chiffre le coût du programme à plus de 2 800 milliards de francs CFA sur dix ans. Elle présente quatre composantes : brigades d’électrification, inclusion communautaire, accès énergétique et souveraineté énergétique. Le ministre chargé de l’Énergie, Yacouba Zabré Gouba, évoque une phase d’accélération puis une consolidation de cinq ans. Ce montant est une estimation de programme, pas la preuve d’une somme déjà disponible. [1]

Le Service d’information du gouvernement annonce l’électrification de 6 700 localités supplémentaires et l’accès aux services énergétiques pour 3,5 millions de ménages et d’entreprises additionnels, représentant environ 17,9 millions de personnes. Ces volumes désignent des résultats attendus. Ils ne doivent pas être présentés comme des raccordements effectués ou des bénéficiaires déjà desservis. [2]

La communication vise également un accès généralisé d’ici à 2030. L’articulation entre cette échéance et la durée décennale n’est pas détaillée dans la synthèse consultée. Une interprétation possible serait de distinguer l’objectif d’accès de la consolidation ultérieure, mais elle doit être confirmée par le calendrier opérationnel. Donner une date finale précise à partir de ces seules formulations ajouterait une information que les pièces disponibles n’établissent pas. [1]

Relier la construction des réseaux au service rendu

L’électrification suppose une chaîne cohérente entre production, transport, distribution et installation chez l’usager. Étendre le réseau sans disponibilité suffisante d’énergie peut déplacer la contrainte. Augmenter la production sans desserte locale peut laisser les ménages à distance du service. Cette distinction explique pourquoi les objectifs de lignes, de puissance et de branchements doivent être suivis séparément.

Le choix entre réseau interconnecté et solutions décentralisées dépend notamment de la distance, de la densité des usages et de la demande prévisible. Le précédent SOLEER intègre précisément plusieurs modalités, dont la densification, l’extension et les mini-réseaux. [4] Rien dans les communications consultées ne permet d’imposer à Faso Wa-Fulu une répartition technique déterminée. Une carte des investissements préciserait les arbitrages retenus.

L’entretien représente un autre test. Une installation peut être livrée puis perdre de sa disponibilité faute de maintenance, de pièces ou de personnel. Les marchés gagneraient à rendre vérifiables les obligations de réparation, les garanties et la formation des équipes. Ce sont des critères d’analyse du coût complet, non des défauts déjà constatés dans le programme nouvellement créé.

La souveraineté énergétique se joue aussi dans les usages

Pour les producteurs burkinabè, l’accès énergétique peut permettre davantage de transformation sur place : mouture, froid, conditionnement ou travail mécanique. Le gain reste conditionnel. Une entreprise a besoin d’une puissance adaptée, d’horaires prévisibles et de débouchés. Il serait donc excessif d’attribuer automatiquement une hausse des revenus ou de l’emploi à chaque branchement nouveau.

Les effets seront également distributifs. Le paiement initial d’un raccordement peut constituer un obstacle différent de la facture mensuelle. Une aide au branchement ne résout pas nécessairement les difficultés de consommation courante. À l’inverse, un tarif réduit sans financement durable peut fragiliser le service. La publication des conditions d’accès permettrait de comprendre quels ménages et quelles activités sont effectivement visés.

La maîtrise nationale repose enfin sur les compétences et les possibilités de choix. Former des techniciens, organiser les stocks et permettre des achats concurrentiels peuvent réduire la dépendance envers un fournisseur unique. Cela ne signifie pas que tout équipement importé compromettrait l’autonomie. La question est de savoir si son acquisition accroît durablement les capacités locales, dans des conditions financières et techniques soutenables.

Les données manquantes pour apprécier la faisabilité

Le plan de financement détaillé n’a pas été obtenu dans le corpus consulté. Il faudrait connaître les ressources budgétaires, les éventuels prêts, dons ou apports d’opérateurs, ainsi que leur calendrier. Le coût annoncé ne dit pas quelle fraction est sécurisée. Sans ces éléments, il est impossible de conclure que toutes les dépenses prévues pourront être engagées selon l’échéancier souhaité.

Il manque aussi la liste des localités prioritaires, les critères de sélection, les tarifs applicables et les indicateurs de continuité du service. Pour mesurer l’équité territoriale, une ventilation des investissements et des nouveaux usagers serait plus informative qu’un total national. Les besoins des personnes déplacées ou des zones difficiles d’accès doivent pouvoir être identifiés dans ces données, sans présumer de leur prise en charge actuelle.

Les documents examinés sont surtout des annonces administratives et des données de contexte. Ils ne fournissent pas encore une évaluation indépendante de Faso Wa-Fulu ni des retours d’usagers sur son exécution. Cette limite est compatible avec le caractère récent de la décision. Elle impose de présenter le programme comme une politique créée, dont les résultats restent à observer.

Des résultats à suivre au-delà du nombre de localités

Un premier scénario serait celui d’une montée en charge coordonnée : les crédits sont disponibles, les équipements livrés et les usagers raccordés disposent d’un service fiable. Le bilan devrait alors rapprocher les dépenses des résultats effectifs, notamment les nouveaux usages productifs et l’amélioration des services collectifs. La vérification exige des séries régulières, pas seulement une communication à l’inauguration.

Une autre trajectoire pourrait associer construction rapide et accès inégal, si les frais de branchement ou la qualité de l’alimentation excluent une partie des habitants. Un retard des financements pourrait aussi étaler les réalisations. Ce sont des scénarios conditionnels qui permettent d’identifier les points de vigilance ; les sources disponibles ne démontrent pas qu’ils sont déjà à l’œuvre.

Faso Wa-Fulu donne ainsi une portée nationale à une ambition d’accès. La prochaine étape probante sera la publication d’une programmation financée, puis de résultats contrôlables : logements effectivement alimentés, services publics fonctionnels, activités économiques utilisatrices et durée des interruptions. C’est à cette échelle que la promesse énergétique pourra être confrontée à la vie quotidienne.

Les annonces officielles et les repères statistiques

[1] Service d’information du gouvernement du Burkina Faso, « Synthèse – Conseil des ministres du 22 octobre 2026 », communication de la Présidence du Faso : création, coût annoncé et calendrier général.

[2] Service d’information du gouvernement, « Énergie : création de l’Initiative présidentielle Faso Wa-Fulu », 22 octobre 2026 : cibles de localités et de bénéficiaires.

[3] Banque mondiale, World Development Indicators, indicateur EG.ELC.ACCS.ZS, Burkina Faso, année 2024, série SDG 7.1.1 consultée le 3 novembre 2026. L’indicateur d’accès ne décrit pas l’ensemble des caractéristiques du service.

[4] Banque mondiale, Solar Energy and Access Project, P166785, document de restructuration publié en mai 2025 : historique et composantes du projet. Ces informations concernent SOLEER et ne constituent pas un bilan de Faso Wa-Fulu.

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