L’insécurité alimentaire dans les Caraïbes est l’un des héritages les plus persistants du capitalisme colonial. Pendant des siècles, la terre caribéenne fut exclusivement dédiée à la monoculture d’exportation (sucre, café, cacao, puis bananes), forçant les populations locales à importer les denrées de base. Aujourd’hui encore, la facture d’importation alimentaire pèse lourdement sur la balance des paiements régionaux. La Dominique a décidé de briser ce cycle par une injection de capital sans précédent ciblant la base de la pyramide productive.

Début juin 2026, le gouvernement a procédé au lancement officiel du colossal Projet d’Amélioration de la Résilience Communautaire de la Dominique (Dominica Community Resilience Enhancement Project – DOMCREP). Doté d’un financement colossal de 26 millions de dollars américains, soit environ 70,2 millions de dollars de la Caraïbe Orientale (EC$), sous forme de subventions émanant du Fonds Vert pour le Climat (GCF) en collaboration avec le Centre de Changement Climatique de la Communauté des Caraïbes (CCCCC), ce programme redéfinit le concept même de résilience.

Contrairement aux paradigmes d’aide classiques qui financent l’assistanat, DOMCREP est une arme de développement endogène ciblant directement plus de 8 300 bénéficiaires directs à travers huit communautés historiquement vulnérables aux inondations et aux glissements de terrain : Bagatelle, Campbell, Colihaut, Coulibistrie, Good Hope, Petite Soufrière, Pichelin et San Sauveur. L’architecture du projet alloue plus de 50 % du budget total (soit plus de 35 millions EC$) directement au renforcement du secteur de l’agriculture et de l’agro-transformation.

Les données techniques du projet dévoilent un pragmatisme aigu : plus de 520 agriculteurs recevront un appui technologique de pointe sous forme de pratiques agricoles « climato-intelligentes » (climate-smart), d’infrastructures de serres renforcées et de systèmes d’irrigation modernes. L’objectif stratégique formel est de diviser par deux le temps de récupération de la production alimentaire après une catastrophe climatique d’ici à l’horizon 2030. En d’autres termes, garantir qu’un ouragan ne se traduise plus jamais par une crise de la faim. Le Dr Colin Young, directeur exécutif du CCCCC, et le ministre de l’Agriculture, l’Honorable Roland Royer, ont formellement souligné que le succès du DOMCREP ne se mesurera pas à l’aune des décaissements, mais par l’élévation effective du niveau de vie des populations.

Une dimension fondamentalement décoloniale du DOMCREP réside dans sa politique d’inclusion genrée. En garantissant qu’au moins 40 % des subventions d’investissements de contrepartie (matching grants) soient octroyées à des entreprises et exploitations dirigées par des femmes, l’État dominiquais institutionnalise le pouvoir économique des femmes rurales. Dans l’histoire sociologique caribéenne, les femmes marchandes (les « hucksters » ou « higglers ») ont toujours été le pilier central, bien que marginalisé, du commerce inter-îles et de l’économie souterraine de survie face au système patriarcal de la plantation. Cette subvention directe répare cette marginalisation séculaire, formalisant le rôle des femmes noires dominiquaises en tant que capitaines de l’industrie agroalimentaire nationale émergente.

Axes du Programme DOMCREP (Juin 2026)Dotations et Cibles SpécifiquesObjectifs de Décolonisation Structurelle
Investissement Agro-technologique> 35 Millions EC$ ciblés sur 520+ agriculteurs et agro-transformateursRupture de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement alimentaires occidentales
Justice Économique Genrée40% minimum des fonds réservés aux entreprises fémininesÉmancipation formelle du capitalisme patriarcal, soutien aux matrices de la communauté rurale
Souveraineté Hydrique et AbrisAugmentation de 30% du stockage d’eau rural communal ; abris blindésMaintien de l’autonomie en eau potable post-cyclonique ; fin de l’attente passive de l’aide internationale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *