Croatie · Développement / Coopération

Zagreb engage plus de 328 000 euros dans quatre projets africains

Le financement croate de projets de développement en Afrique a pris une forme précisément documentée en 2026. Par une décision datée du 9 février, le ministère croate des Affaires étrangères et européennes a approuvé dix projets de coopération internationale au développement et d’aide humanitaire pour un montant total de 836 425,93 euros. Quatre d’entre eux doivent être mis en œuvre en Afrique : en Zambie, au Sénégal, en Ouganda et au Maroc.

En additionnant les montants publiés projet par projet, la part destinée à ces quatre pays africains atteint 328 580,73 euros. Ce calcul représente environ 39,3 % de l’enveloppe du cinquième appel public. Il s’agit d’un résultat arithmétique fondé sur la décision officielle, non d’un pourcentage présenté comme tel par le gouvernement croate. Les contrats correspondants ont ensuite été signés le 2 mars 2026 avec les organisations croates sélectionnées.

La portée de l’annonce doit néanmoins être correctement graduée. Ces 328 580,73 euros ne constituent ni l’ensemble de l’aide publique au développement croate destinée à l’Afrique, ni un fonds continental, ni une enveloppe directement transférée à quatre gouvernements africains. Il s’agit de financements accordés à des organisations de la société civile croate pour des activités non commerciales dans des pays éligibles à l’aide publique au développement selon les règles du Comité d’aide au développement de l’OCDE.

Une politique de coopération qui se structure au-delà du voisinage européen

La Croatie est un donneur relativement récent. Sa politique de coopération repose largement sur une expérience propre : celle d’un pays passé, après les guerres des années 1990, d’une situation de bénéficiaire de l’aide internationale à celle de membre de l’Union européenne et de fournisseur d’aide publique au développement. Le ministère croate présente cette trajectoire comme une source d’expertise en reconstruction, renforcement institutionnel, réconciliation, santé, éducation, société civile et gestion des situations de crise.

Le cadre juridique a été modernisé par la loi sur la coopération internationale au développement et l’aide humanitaire, entrée en vigueur en février 2024. Le texte fixe parmi les objectifs la réduction de la pauvreté et des inégalités, le développement durable, les droits humains, la bonne gouvernance, la paix et la sécurité. Il prévoit que les priorités économiques, sociales et environnementales des pays partenaires doivent être prises en considération. Cette disposition fournit un critère important pour évaluer la qualité réelle des projets conduits en Afrique.

Le dispositif institutionnel a également évolué. La Croatie est devenue participante au Comité d’aide au développement de l’OCDE en septembre 2024 et a installé, en 2025, une nouvelle commission interministérielle chargée d’orienter stratégiquement la coopération et l’aide humanitaire. Les priorités croates restent fortement concentrées sur les Balkans occidentaux, l’Ukraine et le voisinage méridional, mais le ministère indique aussi pouvoir intervenir dans les autres pays inscrits sur la liste des bénéficiaires d’aide publique au développement. Les quatre projets africains de 2026 s’inscrivent dans cet élargissement.

Zambie, Sénégal, Ouganda et Maroc : quatre allocations vérifiables

La décision du 9 février permet d’identifier sans extrapolation les quatre financements africains. En Zambie, l’association humanitaire Srce za Afriku reçoit 84 900 euros pour un projet consacré à l’équipement d’un jardin d’enfants et à la formation d’éducatrices. Le titre même du projet met l’accent sur un effet de transmission : former les professionnelles qui pourront ensuite agir auprès de plusieurs générations d’enfants.

Au Sénégal, l’association EMEDEA obtient 73 932 euros pour HER4DEV, un projet associant des femmes de Croatie et du Sénégal autour du développement local durable et de l’entrepreneuriat féminin. En Ouganda, ADRA Hrvatska reçoit 84 865,88 euros pour « GROW Together », projet mis en œuvre dans le camp de réfugiés de Kyaka II. L’organisation indique que l’objectif porte sur la sécurité alimentaire et l’autonomie agricole, avec la formation de 50 formateurs appelés à transmettre leurs acquis à au moins 500 familles.

Au Maroc, l’association Bez Granica bénéficie de 84 882,85 euros pour la deuxième phase de « GROW STRONG! », centrée selon l’intitulé officiel sur l’extension du développement et de l’autonomisation dans les zones rurales. La décision croate fournit donc des bénéficiaires, des montants et des intitulés précis. En revanche, elle ne publie pas, pour chacun des quatre projets, une ventilation détaillée des dépenses entre partenaires locaux, achats en Croatie, salaires, équipements, déplacements ou prestations.

Le financement est contractuel et progressif, pas un versement immédiat

L’analyse financière du dispositif impose une distinction entre montant approuvé et argent effectivement décaissé. La décision prévoit qu’après la signature du contrat, un préfinancement de 30 % du montant convenu est versé à l’organisation bénéficiaire. Une deuxième tranche correspondant à 50 % du montant contractuel intervient après l’approbation du premier rapport semestriel. Le solde final est versé après acceptation du rapport final, dans la limite du montant total du contrat.

Cette architecture crée un mécanisme de contrôle qui conditionne une partie des versements à l’avancement et au reporting. Elle empêche de présenter l’intégralité des 328 580,73 euros africains comme déjà dépensée sur le terrain au 1er septembre 2026. Les contrats ont été signés le 2 mars ; les calendriers de mise en œuvre et les rythmes de décaissement peuvent différer d’un projet à l’autre. Les sources publiques consultées ne fournissent pas encore un tableau consolidé des paiements effectivement réalisés pour les quatre opérations africaines.

Le montant total du cinquième appel doit également être replacé dans son juste périmètre. Il ne représente qu’un canal de la coopération croate : celui des projets confiés à des organisations de la société civile. Le ministère coordonne parallèlement des contributions multilatérales, des projets avec des organisations internationales et d’autres interventions budgétaires. En 2025, le quatrième appel avait mobilisé 850 000 euros pour dix organisations, avec notamment des activités au Bénin et en Éthiopie. Faute de ventilation publique comparable par pays dans le communiqué de 2025, il serait artificiel de calculer une progression financière africaine d’une année sur l’autre.

Pour l’Afrique, l’enjeu est moins le don que la capacité créée

Une lecture afrocentrée ne peut mesurer ces projets uniquement à la somme engagée. Trois des quatre opérations africaines de 2026 touchent directement à la formation, à l’autonomisation économique ou à la production locale : éducation préscolaire en Zambie, entrepreneuriat féminin au Sénégal, agriculture et sécurité alimentaire en Ouganda, développement rural au Maroc. Leur valeur stratégique dépendra de la part des compétences, équipements et capacités qui restera dans les communautés après la clôture du financement.

Le cas ougandais fournit déjà un indicateur concret. ADRA Hrvatska a annoncé en juin 2026 le démarrage de « GROW Together » à Kyaka II et la sélection de 50 formateurs issus des communautés réfugiées et locales. Chaque formateur doit ensuite transmettre les techniques agricoles à au moins dix familles. Si le dispositif atteint les objectifs annoncés, le financement public croate servira moins à distribuer temporairement des intrants qu’à diffuser des compétences de production, d’irrigation, de protection des cultures, de récolte et de commercialisation.

Cette logique doit toutefois être vérifiée dans chaque pays. Les critères déterminants seront la place des partenaires africains dans la conception, la gouvernance et les achats ; le recours à des fournisseurs locaux ; la formation de personnels nationaux ; la maintenance des équipements ; la durabilité des activités après la fin de la subvention ; et la capacité des bénéficiaires à définir leurs propres priorités. La loi croate affirme le principe d’une coopération adaptée aux besoins des pays partenaires. L’enquête devra mesurer si ce principe apparaît effectivement dans l’exécution.

La décision laisse encore plusieurs questions essentielles sans réponse

Première zone d’incertitude : la ventilation locale des budgets. Les montants par projet sont publics, mais les documents consultés ne permettent pas de savoir quelle fraction de chaque subvention sera dépensée directement dans le pays africain concerné, quelle part couvrira des coûts de gestion en Croatie et quelle part rémunérera des fournisseurs ou consultants. Cette information est décisive pour apprécier la valeur économique réellement captée localement.

Deuxième question : les partenariats africains. Le projet ougandais identifie ADRA Uganda comme partenaire opérationnel, mais la décision ministérielle ne détaille pas de manière comparable, pour les quatre opérations, les responsabilités contractuelles des institutions, associations, collectivités ou entreprises locales. L’absence de ces détails dans la décision ne signifie pas qu’ils n’existent pas ; elle interdit simplement de les reconstruire sans sources supplémentaires.

Troisième limite : les résultats. Au 1er septembre 2026, il est trop tôt pour confirmer que les objectifs annoncés ont été atteints en Zambie, au Sénégal, en Ouganda ou au Maroc. La décision prévoit précisément des rapports semestriels et finaux. Ces documents, s’ils sont rendus publics, permettront de comparer les bénéficiaires annoncés, les dépenses réalisées et les effets obtenus. Sans eux, l’efficacité, le coût par bénéficiaire et la pérennité des projets restent des questions ouvertes.

De petites enveloppes peuvent devenir un laboratoire de coopération plus équilibrée

Les sommes engagées restent modestes à l’échelle des besoins de développement du continent africain. Leur intérêt stratégique peut néanmoins dépasser leur valeur nominale si elles servent de démonstrateurs pour des méthodes de coopération fondées sur le transfert de savoir-faire, la codécision et l’autonomie locale. Pour un donneur comme la Croatie, dont la capacité financière est inférieure à celle des grands bailleurs européens, la spécialisation dans des projets ciblés peut constituer une voie de différenciation.

Le suivi devra aussi observer la relation entre coopération au développement et diplomatie économique. Le ministère croate considère explicitement la coopération comme un instrument susceptible d’ouvrir des espaces de relations politiques et économiques. Cette articulation n’est pas illégitime en soi ; elle devient problématique si l’objectif commercial du donneur prend le pas sur les priorités du pays partenaire. La transparence des marchés, des partenaires, des résultats et des suites commerciales sera donc essentielle.

À ce stade, la conclusion la plus robuste est graduée. Il est établi que la Croatie a contractualisé en 2026 quatre projets africains pour 328 580,73 euros sur un appel total de 836 425,93 euros. Il est documenté qu’au moins le projet ougandais a commencé son exécution sur le terrain. Il n’est pas encore établi que les quatre opérations auront produit les résultats attendus ni que la majorité de la valeur financière restera dans les économies locales. Le prochain niveau de preuve viendra des rapports d’exécution, des paiements effectivement réalisés et des données produites par les partenaires africains.

Les documents qui permettent de suivre les financements

  • Ministère des Affaires étrangères et européennes de la République de Croatie — Décision du 9 février 2026 sur le financement des projets de coopération internationale au développement et d’aide humanitaire : dix projets, montants approuvés et modalités de paiement.
  • Ministère des Affaires étrangères et européennes de la République de Croatie — « Contracts signed for financing of international development cooperation, humanitarian aid projects », 2 mars 2026.
  • Ministère des Affaires étrangères et européennes de la République de Croatie — Page institutionnelle « Razvojna suradnja i humanitarna pomoć » : priorités sectorielles et géographiques, coordination nationale et participation au Comité d’aide au développement de l’OCDE.
  • Narodne novine — Loi croate sur la coopération internationale au développement et l’aide humanitaire, NN 14/2024, entrée en vigueur le 15 février 2024.
  • Ministère des Affaires étrangères et européennes de la République de Croatie — « Contracts signed on financing international development cooperation projects », 12 mars 2025 : quatrième appel, 850 000 euros et projets incluant le Bénin et l’Éthiopie.
  • ADRA Hrvatska — Documentation du projet « GROW Together by ADRA Hrvatska » et compte rendu de lancement à Kyaka II, Ouganda, 24 juin 2026.

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