Un rapport public, pas seize projets déjà achevés

L’Agence présidentielle de coopération internationale de Colombie, APC-Colombia, a rendu accessible son rapport sur la coopération Sud-Sud et triangulaire avec l’Afrique pour 2023–2026. Sa page de présentation porte une dernière modification au 24 août 2026. Elle présente cette stratégie comme le premier instrument technique de l’agence organisant globalement ses priorités et ses partenariats africains.

Daté du 31 juillet 2026, le bilan recense 16 initiatives et 18 pays africains. Son tableau classe douze initiatives comme finalisées et quatre en exécution : ce ne sont donc pas seize projets tous achevés.

L’« institutionnalisation » désigne ici la formalisation d’une programmation et de son suivi. Pour les partenaires africains, la publication ouvre un examen concret : quelles activités ont eu lieu, quels moyens ont été mobilisés et quelles transformations peuvent leur être attribuées ? Un bilan d’activités et une démonstration de leurs effets ne répondent pas à la même question.

Une relation antérieure à 2023, des obligations de suivi depuis 2025

Le point de départ du bilan n’est pas celui des relations de coopération. L’Agence de développement de l’Union africaine, AUDA-NEPAD, documente déjà un accord avec APC-Colombia signé le 9 juin 2021. Le caractère « premier » revendiqué pour la stratégie technique ne doit donc pas effacer les instruments antérieurs.

Deux périmètres doivent également être distingués : la stratégie technique d’APC pour 2023–2026 et l’orientation gouvernementale plus large intitulée « Stratégie Afrique 2022–2026 ». La directive vice-présidentielle du 14 mai 2025 inscrit cette dernière dans une coordination entre la vice-présidence, les Affaires étrangères, l’agence de coopération et plusieurs ministères sectoriels.

Signée par Francia Márquez, cette directive prévoit des rapports mensuels des administrations ayant souscrit des mémorandums, des bilans bimestriels des Affaires étrangères et des ambassades, ainsi que des réunions de suivi trimestrielles ou semestrielles. Elle demande aussi des plans de travail sectoriels annuels et quinquennaux.

Le texte fournit ainsi des échéances auxquelles comparer les documents produits. Il ne démontre pas que chaque administration a effectivement transmis tous ses rapports. Une obligation de rendre compte et son respect doivent être vérifiés séparément.

Du café à la paix, des activités identifiables au-delà des intentions

Dans la filière café, APC-Colombia rapporte une mission menée au Kenya, en Éthiopie et au Ghana du 29 septembre au 10 octobre 2025. Elle prolonge une visite des délégations africaines en Colombie en juin. Des représentants du ministère colombien de l’Agriculture, d’AGROSAVIA et de la Fédération nationale des caféiculteurs ont échangé avec des institutions et des producteurs africains.

Le communiqué décrit l’examen de la production, de la transformation et de la commercialisation, puis la préparation d’un projet pilote régional avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO. Cela documente des échanges dans les deux sens et une feuille de route ; cela ne chiffre pas une augmentation des revenus agricoles obtenue grâce au programme.

Un autre dispositif concerne les femmes rurales. Du 3 au 9 avril 2025, une visite d’apprentissage organisée par PROCASUR avec APC-Colombia et le Fonds international de développement agricole, le FIDA, a associé des participants de Colombie, du Sénégal et de Côte d’Ivoire. Les expériences étudiées portaient notamment sur l’accès au foncier, l’épargne collective et la transformation du cacao.

Le FIDA rapporte la préparation de plans d’action par les délégations africaines et l’approbation d’un financement complémentaire par APC. Le bilan d’APC indique que des projets pilotes ont ensuite été mis en œuvre au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Cette réalisation déclarée reste distincte d’une mesure indépendante de leurs effets.

Le volet paix possède également une trace distincte. Dans son compte rendu du 23 avril 2024, le ministère colombien de la Justice décrit la présentation technique, au Cameroun, du programme « De Colombia al Mundo », avec des délégations du Cameroun, de la République démocratique du Congo et du Nigeria, ainsi que l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations. Les échanges concernaient notamment la justice transitionnelle et la construction de la paix : ils ne constituent pas une preuve de résolution des conflits dans les pays partenaires.

Trois montants appellent un rapprochement comptable

Le Fonds de coopération et d’assistance internationale, FOCAI, finance des initiatives de coopération Sud-Sud et triangulaire. Sa présentation mentionne le développement des compétences, l’échange de pratiques et la gestion des connaissances. Les dépenses de ce dispositif ne doivent donc pas être assimilées automatiquement à des transferts versés aux trésors publics africains.

L’introduction du rapport indique un investissement approximatif de 15 979 292 058 pesos colombiens, tandis que la page 26 annonce 15 640 714 636 pesos de ressources FOCAI exécutées.

Or l’addition, réalisée pour cet article, des cinq lignes budgétaires de cette même page donne 15 480 563 821 pesos : 160 150 815 pesos de moins que le total imprimé.

Une différence de périmètre peut expliquer un écart entre investissement et exécution. Elle ne résout pas, sans pièce complémentaire, le défaut de concordance entre les lignes d’un tableau et leur total. Cet écart d’addition demande une clarification ; il ne permet pas, à lui seul, de conclure à une irrégularité dans les paiements.

Pour reconstituer les flux, les pièces utiles seraient les engagements, les paiements, les contributions des partenaires et leur ventilation par activité. Dans une mission hypothétique, les dépenses pourraient couvrir des transports, de l’interprétariat et du travail d’expertise dans plusieurs pays. Son coût ne décrirait pas, à lui seul, la valeur des connaissances acquises.

L’examen économique doit ainsi séparer les moyens consacrés à la coopération de ses résultats. Sans répartition documentée des dépenses et sans indicateurs propres aux interventions, une moyenne calculée par pays ne renseignerait ni les bénéficiaires effectifs ni l’utilisation des ressources.

Les partenaires africains apportent aussi leurs méthodes

Le programme Make Inclusive Data the Norm, consacré aux données inclusives, apporte un exemple documenté de réciprocité. Il associe les organismes statistiques de Colombie, du Ghana et du Kenya, avec la coordination technique du Partenariat mondial pour les données du développement durable et un financement d’APC-Colombia. Son recueil publié le 30 décembre 2025 rassemble des outils et enseignements issus de la période 2024–2025.

Dès septembre 2024, le Partenariat expliquait que la Colombie pouvait s’appuyer sur deux expériences africaines : le cadre kényan de qualité des données produites par les citoyens et les applications ghanéennes de collecte. Les institutions africaines interviennent donc ici comme détentrices d’une expertise, et non seulement comme destinataires de formations.

À Accra, du 27 au 29 août 2025, les équipes des trois pays ont examiné leurs dispositifs. Le Ghana Statistical Service a présenté des usages de la science des données et d’applications mobiles, notamment pour documenter les violences sexuelles et fondées sur le genre. Les participants ont également travaillé sur les suites du programme.

Le regard d’un acteur kényan précise l’enjeu social. Dans un compte rendu du 4 juin 2025, Open Institute décrit un atelier de trois jours associant spécialistes des données et organisations de personnes handicapées. Une visite auprès de Black Albinism et d’autres associations a permis d’examiner des informations produites par les communautés et les obstacles rencontrés pour leur prise en compte.

Cette source rapporte une démarche participative ; elle ne mesure pas une amélioration nationale de l’accès aux services. Elle permet néanmoins de poser une question opérationnelle : les personnes concernées participent-elles à la définition des informations recueillies et à leur utilisation ?

Pour les diasporas africaines, la directive colombienne prévoit explicitement une coopération concernant les droits des populations afrodescendantes et autochtones. Une évaluation pourrait vérifier leur rôle dans le choix des sujets, la production des savoirs et la définition des indicateurs. Leur présence dans un cadre institutionnel ne suffit pas à établir leur participation aux décisions.

Les effets sur les populations restent un autre niveau de preuve

L’agence reconnaît elle-même que son bilan ne présente pas encore de changements attribuables mesurés concernant la réduction des écarts ou les effets des approches de genre et de droits.

Cette réserve distingue trois réalités : une activité réalisée, un outil produit et un changement dans la vie des personnes. Dans un projet agricole hypothétique, une visite pourrait être suivie d’une formation, puis de l’adoption d’une pratique. Pour lui attribuer une hausse de revenu, il faudrait encore examiner les récoltes, les prix et les autres soutiens reçus.

Le même raisonnement vaut pour les données. Créer une application ou organiser un atelier ne démontre pas que les administrations utilisent ensuite les informations pour modifier un service. Un suivi pourrait rechercher une décision précise, sa mise en œuvre et les populations effectivement concernées.

Au 18 septembre 2026, le corpus consulté ne fournit pas d’audit financier indépendant rapprochant les montants relevés, ni d’évaluation causale commune couvrant l’ensemble des interventions. Cela ne signifie pas que toute évaluation est absente : les documents disponibles ne permettent simplement pas de certifier un effet global.

Cette limite n’annule pas les activités documentées. Elle délimite les conclusions possibles et les données supplémentaires nécessaires pour passer d’un compte rendu de gestion à une évaluation des conséquences.

Après 2026, suivre l’usage des outils plutôt que compter les rencontres

Plusieurs trajectoires peuvent être envisagées, sans préjuger des décisions futures. Dans un scénario de continuité, les partenaires conserveraient les équipes, les ressources et les mécanismes de suivi nécessaires pour appliquer les plans préparés. Les preuves attendues seraient alors des actions réalisées localement et des outils effectivement utilisés.

Dans un autre scénario, certaines coopérations se poursuivraient de façon sectorielle : un réseau statistique pourrait rester actif tandis qu’une intervention agricole changerait de calendrier. Il faudrait examiner ces trajectoires séparément, plutôt que leur attribuer un résultat unique.

Une troisième possibilité serait une succession d’échanges sans financement suffisant pour leurs prolongements. Ce risque peut être étudié ; il ne doit pas être présenté comme le destin déjà établi du programme.

Pour une éventuelle prochaine phase, le suivi pourrait distinguer les personnes formées une seule fois de celles accompagnées durablement, les engagements des paiements, et les réalisations des effets. Il pourrait aussi documenter ce que les institutions colombiennes ont appris de leurs partenaires africains.

Le prochain élément décisif ne serait donc pas nécessairement un nouvel accord général : ce pourrait être un compte rendu conjoint montrant ce qui a été appliqué, où, à quel coût et avec quelles limites.

Des documents de gestion confrontés aux récits des partenaires

L’examen repose sur le rapport d’APC et sa notice publique, ainsi que sur la directive de mai 2025 consultée dans le portail juridique de la Fonction publique colombienne. Ces pièces documentent une programmation et des règles de suivi ; elles ne constituent pas une certification extérieure des résultats.

Les publications du ministère de la Justice et d’APC renseignent des séquences opérationnelles distinctes. Leur rapprochement permet de dater les activités, sans transformer les communications de plusieurs administrations colombiennes en évaluations indépendantes.

Le FIDA, PROCASUR, le Partenariat mondial pour les données et Open Institute apportent des descriptions complémentaires de leurs propres interventions. Leur contribution élargit la documentation, mais ces organismes restent parties prenantes des activités décrites.

La distinction finale est documentaire : des échanges et des outils sont identifiables ; leur coût consolidé et leurs effets durables demandent encore des pièces et des mesures adaptées.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *