Présentée au Meeting de Rimini, l’initiative Cacao Connect veut relier diplomatie, coopération, industrie, finance et recherche autour de sept pays producteurs africains. Son potentiel est réel, mais son intérêt pour l’Afrique dépendra d’un critère décisif : transformer davantage de cacao, de revenus, de compétences et de pouvoir de négociation dans les pays producteurs eux-mêmes.
Rimini donne une vitrine politique à une nouvelle plateforme cacao
Le 25 août 2026, au Meeting de Rimini, le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a présenté Cacao Connect, une initiative conçue pour mettre en système la diplomatie, la coopération au développement, les compétences industrielles et la recherche autour de la filière cacao. Le lendemain, le MAECI a précisé que la plateforme serait d’abord orientée vers sept pays africains : Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Cameroun, Nigeria, Ouganda et République du Congo.
Le fait est documenté. La formule « lance Cacao Connect » du référentiel doit toutefois être lue avec précision : les sources officielles établissent une présentation publique et la naissance politique de l’initiative, mais elles ne décrivent pas encore un programme pleinement déployé avec budget consolidé, calendrier pays par pays et portefeuille contractuel arrêté. À ce stade, Cacao Connect est donc surtout une architecture de coopération en construction.
La composition du panel de Rimini révèle néanmoins l’ambition. Aux représentants africains se sont ajoutés l’Alliance of Bioversity International and CIAT, Save the Children Italia, Cassa Depositi e Prestiti, Ferrero et ICAM. Le dispositif cherche ainsi à réunir, dans une même enceinte, gouvernements producteurs, finance du développement, entreprises de transformation, recherche agronomique et protection sociale.
L’Afrique domine la production mondiale mais capte encore trop peu de valeur
Le contexte économique explique l’intérêt stratégique du projet. Selon l’Organisation internationale du cacao, l’Afrique a produit environ 3,25 millions de tonnes de fèves en 2024-2025, soit près de 69 % de la production mondiale estimée. La Côte d’Ivoire reste le premier producteur avec environ 1,68 million de tonnes ; le Ghana, le Nigeria et le Cameroun figurent également parmi les piliers de l’offre mondiale.
Cette puissance agricole ne se traduit pas automatiquement par une maîtrise comparable de la chaîne de valeur. La rémunération des producteurs, la transformation locale, la fabrication de produits finis, la logistique, la finance du commerce, les marques et la distribution internationale restent réparties de manière très inégale. Le cœur du problème n’est donc pas seulement de produire davantage, mais de retenir une plus grande part de la valeur économique là où le cacao est cultivé.
La volatilité récente rappelle aussi la fragilité du système. L’ICCO indique que les prix et les anticipations de marché restent fortement sensibles à la météo, aux risques de production et à la demande. Dans ce contexte, une plateforme qui se limiterait à améliorer l’approvisionnement de l’industrie européenne aurait une portée africaine réduite. Son intérêt stratégique augmente si elle contribue à renforcer la productivité durable, la transformation locale, la diversification des revenus et le pouvoir de négociation des pays producteurs.
Sept pays, mais des systèmes productifs qui ne peuvent pas être traités comme un bloc
Le choix initial de sept pays traduit une géographie volontairement large. La Côte d’Ivoire et le Ghana disposent de systèmes cacaoyers très structurés et d’institutions de régulation puissantes. Le Nigeria et le Cameroun combinent volumes significatifs, acteurs privés et politiques de modernisation. La Guinée, l’Ouganda et la République du Congo présentent des filières plus petites ou en développement, avec des besoins différents en productivité, qualité, transformation, accès au marché et infrastructures.
Le MAECI affirme que les interventions seront adaptées aux caractéristiques et aux besoins des différents systèmes productifs. Cette formulation est importante : une politique uniforme risquerait de reproduire les asymétries qu’elle prétend corriger. Les contraintes d’un grand exportateur ouest-africain ne sont pas celles d’un pays qui cherche encore à consolider sa base productive et son accès aux marchés internationaux.
L’intégration annoncée peut donc prendre plusieurs formes : recherche variétale, lutte contre les maladies, formation, équipements de transformation, finance, traçabilité, protection des enfants, infrastructures rurales ou débouchés commerciaux. Mais aucune matrice officielle détaillant les actions par pays n’est encore publiée. Il est donc établi que la plateforme vise sept partenaires ; il n’est pas encore établi que chacun dispose d’un projet financé, d’un montant réservé ou d’un calendrier d’exécution spécifique.
Les pays producteurs organisent déjà leur propre stratégie de souveraineté cacao
Cacao Connect arrive dans un secteur où les États africains ne partent pas d’une page blanche. En juin 2026, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont réaffirmé, au sein de leur Initiative Cacao commune, leur volonté d’harmoniser les politiques de prix aux producteurs, d’améliorer les revenus, de renforcer la traçabilité, de développer la coopération scientifique et d’accroître la transformation locale. Un groupe de travail conjoint sur l’harmonisation des prix s’est ensuite réuni à Accra fin juillet.
Le Ghana a parallèlement engagé une réforme plus offensive de sa chaîne de valeur. COCOBOD indique qu’à partir de la campagne 2026-2027, l’objectif est qu’au moins 50 % des fèves soient transformées localement. Cette orientation est destinée à sécuriser l’approvisionnement des transformateurs, attirer du capital industriel, créer des emplois et réduire la dépendance à l’exportation de fèves brutes.
Ces décisions africaines fixent le véritable test de Cacao Connect. Une initiative extérieure peut apporter financement, technologies, débouchés et expertise. Elle ne devrait pas se substituer aux stratégies définies par les pays producteurs. La coopération la plus cohérente avec une perspective de souveraineté consiste à renforcer les objectifs déjà formulés en Afrique : prix plus rémunérateurs, transformation locale, recherche, traçabilité, consommation régionale et montée en gamme industrielle.
Durabilité, travail des enfants et traçabilité deviennent des conditions de marché
La durabilité du cacao n’est plus seulement un argument de communication. Elle devient progressivement une condition d’accès aux marchés et de stabilité de la filière. En Côte d’Ivoire, l’Organisation internationale du travail a encore renforcé en 2026 les outils nationaux de suivi du travail des enfants, notamment dans les chaînes agricoles. Les organisations spécialisées rappellent que la pauvreté des ménages, l’accès limité à l’école et aux services essentiels et la faiblesse des systèmes de protection restent des facteurs structurels de risque.
La traçabilité environnementale représente un autre chantier. Le règlement européen sur les produits associés à la déforestation couvre explicitement le cacao. Après les modifications adoptées fin 2025, son application principale doit commencer le 30 décembre 2026 pour les opérateurs grands et moyens, puis le 30 juin 2027 pour la plupart des micro et petites entreprises. Pour les producteurs africains, cela augmente les besoins de géolocalisation, de données, de vérification et d’accompagnement technique.
Cacao Connect peut donc devenir utile s’il mutualise les coûts de conformité plutôt que de les transférer aux seuls planteurs et coopératives. La durabilité ne peut pas être réduite à un audit imposé au producteur. Elle suppose aussi revenus décents, infrastructures, accès au financement, systèmes de traçabilité maîtrisés localement et capacité des administrations africaines à conserver la propriété et l’usage stratégique des données produites.
L’Italie assemble des instruments puissants, mais leur gouvernance reste à préciser
L’un des intérêts de Cacao Connect réside dans la diversité des instruments italiens mobilisables. Cassa Depositi e Prestiti peut contribuer à structurer du financement du développement ; Ferrero et ICAM disposent d’une expertise industrielle et commerciale ; les organismes de recherche peuvent agir sur la productivité, la résilience climatique et les systèmes agroforestiers ; les acteurs de la coopération peuvent intervenir sur les communautés, l’éducation et la protection sociale.
Cette capacité d’assemblage peut produire un effet de levier supérieur à une succession de projets isolés. Elle comporte aussi un risque : si les objectifs des entreprises, des bailleurs, de la recherche et des gouvernements ne sont pas encadrés par des priorités africaines clairement négociées, la plateforme peut surtout optimiser une chaîne d’approvisionnement destinée à l’Europe.
Au 15 septembre 2026, plusieurs éléments essentiels restent non publiés : budget consolidé, source exacte des financements, répartition public-privé, gouvernance de la plateforme, critères de sélection des projets, mécanismes de contrôle, indicateurs d’impact, règles relatives aux données et à la propriété intellectuelle. Rien ne permet non plus d’affirmer que les entreprises présentes à Rimini ont déjà signé des contrats au titre de Cacao Connect. Leur participation documente un intérêt et une capacité potentielle, pas un engagement financier automatique.
Le succès se mesurera à la valeur retenue en Afrique, pas au nombre de partenariats
Plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Dans le scénario le plus favorable, Cacao Connect finance des équipements de transformation, améliore la productivité sans accélérer la déforestation, renforce les systèmes africains de traçabilité, augmente les revenus des producteurs et crée des emplois industriels dans les pays partenaires. La plateforme deviendrait alors un outil de codéveloppement aligné sur la montée en gamme africaine.
Un scénario intermédiaire verrait surtout une amélioration de la conformité, de la qualité et de la sécurité d’approvisionnement pour les acheteurs européens, avec des bénéfices locaux réels mais limités. Un scénario défavorable serait celui d’une multiplication de projets pilotes, de formations et de dispositifs de traçabilité sans changement significatif dans la transformation locale ni dans le partage de la valeur.
Les indicateurs à suivre sont donc concrets : part du cacao transformée dans les pays producteurs, revenus nets des planteurs, emplois industriels créés, financement mobilisé pour les entreprises africaines, part des achats provenant de chaînes traçables, coûts de conformité supportés par les producteurs, transfert de compétences, propriété des données et participation des institutions africaines aux décisions. Sans ces mesures, le terme « intégré » resterait une ambition plus qu’un résultat démontré.
Les documents établissent le lancement politique, pas encore son rendement économique
Le socle documentaire principal est le communiqué du ministère italien des Affaires étrangères du 26 août 2026. Il établit l’existence de Cacao Connect, son objectif de coordination entre diplomatie, coopération, industrie et recherche, les sept pays initialement ciblés et les principales organisations présentes lors de sa présentation à Rimini.
Les données de l’Organisation internationale du cacao permettent de situer le poids de l’Afrique dans la production mondiale et la volatilité du marché. Les documents de l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana établissent les priorités africaines de 2026 : harmonisation des prix, amélioration des revenus, transformation locale, traçabilité et coopération scientifique. COCOBOD documente de son côté l’objectif ghanéen de transformer localement au moins la moitié des fèves à partir de la campagne 2026-2027.
Les textes de l’Union européenne établissent enfin que le cacao entre dans le champ du règlement sur la déforestation et que son application est programmée à partir de fin décembre 2026 pour les opérateurs grands et moyens. Ces sources permettent une analyse robuste du contexte et des enjeux. Elles ne permettent pas encore d’établir le budget de Cacao Connect, les projets effectivement financés ni son impact sur les revenus, la transformation ou l’emploi. Ces résultats devront être évalués à mesure que l’initiative passera de la plateforme politique à l’exécution.
Sources institutionnelles retenues
• Ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale — communiqué du 26 août 2026 sur Cacao Connect et les filières café-cacao.
• Organisation internationale du cacao — Rapport annuel 2024-2025 et bulletins statistiques trimestriels 2026.
• Initiative Cacao Côte d’Ivoire–Ghana — Déclaration du sommet présidentiel du 16 juin 2026 et travaux d’harmonisation des prix de juillet 2026.
• Ghana Cocoa Board (COCOBOD) — réformes 2026 sur le financement, le prix aux producteurs et la transformation locale du cacao.
• Organisation internationale du travail — Côte d’Ivoire, renforcement en 2026 des outils nationaux de lutte contre le travail des enfants.
• Union européenne — règlement sur les produits associés à la déforestation, version consolidée au 26 décembre 2025 et calendrier d’application actualisé en 2026.
• Conseil du Café-Cacao de Côte d’Ivoire — documents 2026 sur la transformation locale, l’investissement et le développement durable de la filière.
• MAECI / Meeting de Rimini — composition institutionnelle du panel Cacao Connect du 25 août 2026.

