À Praia, le prochain cadre de partenariat entre en préparation

Le Cabo Verde a ouvert une nouvelle étape de sa relation avec le Groupe Banque mondiale. Le 25 août 2026, à Praia, la représentante résidente du Groupe dans l’archipel, Indira Campos, a été reçue à sa demande par le Premier ministre et ministre des Finances, Francisco Carvalho. Selon le gouvernement, l’entretien a porté sur l’élaboration d’un nouveau Cadre de partenariat avec le pays, appelé à fixer les priorités stratégiques de la coopération pour les prochaines années et à approfondir les domaines déjà couverts par le programme en cours.

Le fait est établi par une communication officielle du gouvernement cabo-verdien. Mais sa portée doit être précisément délimitée : aucun nouveau Country Partnership Framework n’a encore été rendu public, aucun montant global n’a été annoncé pour ce futur cycle et aucune approbation par les organes du Groupe Banque mondiale n’est documentée à cette date. L’événement du 25 août correspond donc à l’ouverture ou à l’accélération d’un processus de préparation stratégique, non à la signature d’un accord financier global déjà définitif.

Le titre du référentiel emploie le verbe « engage ». Cette formulation est compatible avec le lancement d’une nouvelle phase de partenariat, à condition de ne pas lui attribuer une portée juridique qu’elle n’a pas encore. Le partenariat entre le Cabo Verde et le Groupe Banque mondiale existe depuis longtemps ; ce qui est nouveau en août 2026 est la préparation du cadre qui organisera sa prochaine séquence.

Après le cadre 2020-2025, une nouvelle architecture doit être définie

Le précédent Cadre de partenariat avec le pays couvrait les exercices 2020 à 2025. Approuvé en septembre 2019, il reposait sur deux grands axes : accélérer le capital humain pour soutenir une croissance inclusive tirée par les services et renforcer l’environnement nécessaire à une économie plus diversifiée. Cette architecture accompagnait un pays qui cherchait déjà à réduire sa dépendance structurelle au tourisme, améliorer ses infrastructures et renforcer la résilience de ses finances et de ses services publics.

En 2026, le PEDS II arrive au terme de sa période 2022-2026. Le futur CPF est le principal outil de programmation stratégique du Groupe avec un pays : il doit aligner sur plusieurs années les interventions de la Banque mondiale, d’IFC et, selon les besoins, de MIGA avec les objectifs nationaux de développement.

La réunion du 25 août doit donc être lue comme une négociation de priorités. La question n’est pas seulement de prolonger des projets existants, mais de décider quelles contraintes devront recevoir davantage de financements, d’expertise ou de mobilisation du secteur privé : connectivité interinsulaire, énergie, emploi, capital humain, diversification productive, résilience climatique ou infrastructures. À ce stade, l’ordre de priorité final n’est pas public.

Un portefeuille déjà dense relie énergie, mobilité, emploi et secteur privé

La préparation du prochain cadre intervient alors que le Groupe Banque mondiale est déjà fortement présent. Sa page pays recense dix projets actifs pour 322,2 millions de dollars, dont 278,5 millions d’opérations nationales et 43,7 millions d’initiatives régionales. Ce portefeuille actif ne doit pas être confondu avec les engagements historiques cumulés.

Plusieurs décisions de 2026 montrent la diversité de cette présence. En janvier, la Banque mondiale a approuvé 13,3 millions de dollars de financement concessionnel IDA pour le projet d’énergies renouvelables et d’amélioration de la performance des services publics, complétés par d’autres concours climatiques. En mars, un financement additionnel de 40 millions de dollars a été approuvé pour la connectivité et les infrastructures urbaines, notamment après les dommages causés par les intempéries de 2025. En juin, le programme régional SIRA a prévu 15 millions de dollars pour le dispositif CORRE au Cabo Verde, avec un objectif annoncé d’environ 50 000 jeunes bénéficiaires.

Le Groupe agit aussi par l’intermédiaire d’IFC, sa branche dédiée au secteur privé. En février 2026, IFC a annoncé un prêt lié à la durabilité pouvant atteindre 60 millions d’euros pour la deuxième phase de modernisation des sept aéroports exploités par Cabo Verde Airports. Cette opération illustre une caractéristique du partenariat à venir : il ne se limite pas au financement public de l’État. Il combine prêts concessionnels, assistance technique, programmes régionaux et mobilisation de capitaux privés.

Derrière le mot partenariat, un arbitrage sur le modèle de croissance

Les données économiques récentes expliquent pourquoi le futur cadre est stratégique. La Banque mondiale estime que le PIB réel du Cabo Verde a progressé de 6,3 % en 2025, avant un ralentissement projeté à 4,8 % en 2026. La dette publique a reculé mais reste élevée, à 100,7 % du PIB selon la mise à jour économique 2026. Le service de la dette absorbe encore une part importante des recettes publiques. Dans le même temps, la connectivité entre les îles demeure identifiée comme un frein à la productivité, à l’intégration du marché intérieur et à la diffusion des bénéfices de la croissance.

Le tourisme reste le moteur principal de l’économie. IFC estime qu’il représente environ un quart du PIB et près de 40 % de l’activité au sens large. Cette spécialisation a soutenu la reprise mais expose l’archipel aux chocs extérieurs. L’enjeu du nouveau partenariat est donc de savoir si les financements contribueront à transformer la structure productive.

L’analyse conduit à une interrogation centrale. Les investissements dans les aéroports, les routes, le numérique, l’énergie et les compétences peuvent renforcer la compétitivité d’un modèle touristique déjà performant ; ils peuvent aussi servir une diversification plus profonde vers les services numériques, l’économie bleue, les industries créatives, la logistique et les activités exportatrices. Le futur CPF devra arbitrer entre ces deux trajectoires ou chercher à les combiner.

Pour un État insulaire africain, préserver la marge de décision est déterminant

Petit État insulaire fortement ouvert et exposé aux aléas climatiques, le Cabo Verde doit financer des infrastructures coûteuses pour une population dispersée entre plusieurs îles. Cette géographie renforce l’importance de sélectionner les financements selon leur effet réel sur la souveraineté économique.

Un partenariat utile doit permettre d’abaisser les coûts structurels plutôt que de créer une dépendance durable à l’assistance extérieure. L’énergie renouvelable peut réduire la facture d’importation de combustibles ; une meilleure connectivité interinsulaire peut agrandir le marché intérieur ; des compétences adaptées peuvent retenir davantage de valeur dans le pays ; des infrastructures numériques peuvent rapprocher l’archipel de sa diaspora et des marchés internationaux. Ces effets sont plausibles, mais ils devront être mesurés projet par projet.

La présence accrue d’IFC ajoute un autre enjeu : le recours au capital privé peut accélérer les investissements sans alourdir directement tous les budgets publics, mais il suppose des contrats, des concessions et des mécanismes de partage des risques transparents. Pour le Cabo Verde, la qualité du prochain cadre de partenariat dépendra donc autant des volumes mobilisés que des conditions financières, de la gouvernance et de la capacité nationale à conserver la maîtrise des priorités.

Le contenu du futur CPF reste encore largement à documenter

Plusieurs éléments essentiels ne sont pas encore publics. Aucun projet complet de nouveau Country Partnership Framework pour le Cabo Verde n’a été identifié dans les sources institutionnelles consultées au 30 août 2026. La période exacte du futur cadre, ses objectifs formels, sa matrice de résultats, ses indicateurs, l’enveloppe indicative et la répartition attendue entre Banque mondiale, IFC et éventuelles garanties de MIGA ne sont donc pas établis.

Le calendrier de consultation publique reste à préciser. La plateforme internationale du Groupe, mise à jour le 24 août, ne fournit pas dans les résultats consultés de calendrier spécifique au Cabo Verde. Cela ne prouve pas l’absence de consultations locales ; leur calendrier détaillé n’a simplement pas pu être vérifié dans cette source.

Enfin, aucune nouvelle condition de politique économique ne peut être attribuée au futur partenariat à ce stade. Les opérations en cours comportent leurs propres exigences techniques, fiduciaires et de résultats, mais rien ne permet de transformer ces conditions projet par projet en obligations certaines du prochain CPF. Le document final devra être examiné lorsqu’il sera publié.

Trois trajectoires peuvent se dessiner pour le prochain cycle

Un premier scénario serait celui de la continuité renforcée : énergie, infrastructures, capital humain et protection sociale resteraient au cœur du portefeuille, avec davantage de financements pour consolider les résultats déjà obtenus. Ce scénario est compatible avec la déclaration gouvernementale sur la continuité et l’approfondissement des domaines d’intervention actuels, mais il ne peut être présenté comme décidé.

Un deuxième scénario serait celui d’une diversification plus offensive. Le Groupe Banque mondiale pourrait concentrer davantage ses instruments sur la création d’emplois privés, les chaînes de valeur de l’économie bleue, la logistique, le numérique, l’entrepreneuriat et l’accès des entreprises au financement. Les investissements récents d’IFC dans les aéroports et les programmes sur l’emploi rendent cette orientation plausible, sans la rendre certaine.

Un troisième scénario combinerait transformation productive et résilience : investissements dans la mobilité interinsulaire, l’énergie propre, l’adaptation climatique et les services publics, tout en utilisant ces infrastructures pour ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises cabo-verdiennes. Pour un archipel dont les contraintes géographiques sont permanentes, cette combinaison pourrait offrir le meilleur effet systémique. Sa réalisation dépendra cependant des choix du gouvernement, des consultations et de l’approbation finale du Groupe Banque mondiale.

Un processus officiel, mais pas encore un accord stratégique finalisé

La documentation établit sans ambiguïté la réunion du 25 août et l’objet principal de l’échange : la préparation d’un nouveau Cadre de partenariat avec le pays. Elle confirme également que le Groupe Banque mondiale dispose déjà d’un portefeuille actif important et qu’il a approuvé ou annoncé en 2026 de nouveaux financements dans l’énergie, les infrastructures urbaines, l’emploi et la modernisation aéroportuaire.

Les données économiques de la Banque mondiale documentent les contraintes auxquelles ce prochain cadre devra répondre : ralentissement attendu de la croissance, dette encore élevée, forte dépendance au tourisme et faiblesse persistante de la connectivité interinsulaire. Elles ne permettent toutefois pas de connaître à l’avance le contenu du futur CPF. L’analyse stratégique repose donc sur les besoins documentés et sur les opérations existantes, non sur un texte de partenariat encore inédit.

La robustesse documentaire est élevée pour l’existence du processus et pour les projets déjà approuvés. Elle est plus limitée pour les priorités définitives, les montants futurs et le calendrier d’adoption. Le prochain jalon décisif sera la publication d’un projet, d’une consultation formalisée ou du CPF final soumis aux instances du Groupe Banque mondiale.

SOURCES INSTITUTIONNELLES ET DOCUMENTAIRES

  • Gouvernement de Cabo Verde — Groupe Banque mondiale réaffirmé comme partenaire stratégique ; entretien du 25 août 2026 sur l’élaboration du nouveau Cadre de partenariat avec le pays.
  • Groupe Banque mondiale — page pays Cabo Verde : CPF FY2020-2025 et portefeuille actif de dix projets pour 322,2 millions de dollars.
  • Groupe Banque mondiale — plateforme des consultations sur les futurs Country Partnership Frameworks, mise à jour du 24 août 2026.
  • Banque mondiale — Cabo Verde Economic Update 2026 : croissance, dette publique et contraintes de connectivité interinsulaire.
  • Banque mondiale — financement du projet d’énergies renouvelables et d’amélioration de la performance des services publics, janvier 2026.
  • Gouvernement de Cabo Verde / Banque mondiale — financement additionnel de 40 millions de dollars pour la connectivité et les infrastructures urbaines, mars 2026.
  • Banque mondiale — programme SIRA / CORRE pour les compétences et l’emploi des jeunes au Cabo Verde, juin 2026.
  • IFC — deuxième phase de modernisation des aéroports du Cabo Verde, prêt lié à la durabilité pouvant atteindre 60 millions d’euros, février 2026.

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