Le passage de relais sécuritaire est engagé

La Chine doit succéder à l’Inde à la présidence tournante des BRICS en 2027. Cette succession est établie par les déclarations officielles de juin 2026 : Narendra Modi a indiqué à Wang Yi que l’Inde soutenait la prise de présidence chinoise l’année suivante, tandis que Pékin a confirmé son soutien au mandat indien de 2026.

Le volet sécuritaire a occupé une place visible dans cette séquence. La seizième réunion des conseillers à la sécurité nationale et hauts représentants des BRICS s’est tenue à New Delhi en juin 2026, après des travaux spécialisés sur le terrorisme et la sécurité des technologies de l’information. Ces réunions constituent une préparation institutionnelle au sens large. Elles ne prouvent pas l’existence d’un programme chinois 2027 déjà arrêté.

Les BRICS ont étendu la sécurité bien au-delà du militaire

La coopération des BRICS est organisée autour de trois piliers : politique et sécurité ; économie et finance ; échanges culturels et humains. Le premier pilier englobe désormais des risques traditionnels et non traditionnels.

Sous présidence indienne, les représentants ont examiné le terrorisme, la cybersécurité, l’usage de technologies émergentes par les réseaux terroristes, la sécurité alimentaire et énergétique, les chaînes d’approvisionnement et l’instabilité provoquée par le climat. Cette extension reflète la transformation contemporaine de la sécurité : une cyberattaque, une rupture logistique, une crise alimentaire ou une catastrophe climatique peut déstabiliser un État sans affrontement militaire classique.

Pour l’Afrique, cette définition élargie correspond à des vulnérabilités réelles. Elle comporte aussi un risque : l’étiquette sécuritaire peut légitimer des dispositifs de surveillance ou des réponses coercitives si elle n’est pas encadrée par le droit.

Pékin participe déjà à la fabrication de l’agenda

Les 21 et 22 mai 2026, Wang Lixin, directrice générale du département de coopération sécuritaire du ministère chinois des Affaires étrangères, a conduit une délégation interministérielle à la onzième réunion du groupe de travail antiterroriste des BRICS à New Delhi.

Elle a présenté les préoccupations chinoises et appelé à mettre en œuvre l’Initiative pour la sécurité mondiale, à approfondir la coordination et à renforcer la coopération antiterroriste. Cette intervention constitue la position de la Chine ; elle ne signifie pas que les BRICS ont collectivement adopté l’ensemble de l’initiative chinoise. Ministère chinois des Affaires étrangères, 23 mai 2026

En juin, les hauts responsables ont soutenu le renforcement des capacités, le partage d’informations et la coordination entre services chargés de l’application de la loi contre le terrorisme et les cyberrisques.

Narendra Modi a explicitement soutenu la future présidence chinoise lors de sa rencontre avec Wang Yi. Ministère chinois des Affaires étrangères, 23 juin 2026

La Chine pourra orienter les priorités sans les imposer seule

Une présidence des BRICS organise les réunions, propose des thèmes, coordonne les projets de documents et recherche le consensus. Elle ne dispose pas d’un pouvoir unilatéral lui permettant d’imposer une doctrine à tous les membres.

Pékin devrait chercher à assurer une continuité entre la présidence indienne et son propre mandat. Les axes les plus susceptibles de se poursuivre sont la lutte antiterroriste, la cybersécurité, les technologies émergentes, la sécurité énergétique et les chaînes d’approvisionnement. Il s’agit d’une projection fondée sur les mécanismes actifs en 2026, non d’un programme officiel chinois.

La Chine pourrait également promouvoir plus fortement ses propres concepts : sécurité commune, non-ingérence, souveraineté numérique et opposition aux sanctions unilatérales. La portée de cette orientation dépendra de l’accord des autres membres, dont les intérêts divergent sur plusieurs conflits, alliances et normes numériques.

L’Afrique doit entrer dans la définition des menaces

L’Égypte, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud siègent comme membres des BRICS. Elles disposent ainsi d’une capacité directe pour porter des priorités africaines : financement des opérations africaines de paix, lutte contre les trafics, sécurité maritime, protection des infrastructures, prévention de l’extrémisme, gouvernance des données et adaptation climatique.

Le continent doit refuser une simple importation de catégories sécuritaires conçues à Pékin, Moscou ou New Delhi. Les menaces africaines ont leurs propres déterminants : faiblesse de certains services publics, économie politique des trafics, conflits fonciers, circulation régionale des armes, financement clandestin, chômage, marginalisation territoriale et effets du dérèglement climatique.

La coopération utile devrait renforcer les capacités judiciaires, douanières, financières et numériques africaines sans créer une dépendance permanente envers des équipements, logiciels ou bases de données étrangers. Les transferts technologiques, l’hébergement local des données et les garanties contre les usages politiques de la surveillance doivent faire partie des négociations.

Aucun programme chinois pour 2027 n’est encore démontré

Au 5 août 2026, les documents publics consultés ne permettent pas d’établir :

  • le thème officiel de la présidence chinoise de 2027 ;
  • son calendrier de réunions ;
  • le lieu du sommet des dirigeants ;
  • les initiatives que Pékin proposera en matière de sécurité ;
  • la création d’un mécanisme permanent de renseignement ;
  • les règles d’échange de données entre services ;
  • un budget commun de sécurité ;
  • un dispositif spécifique consacré au Sahel, à la Corne de l’Afrique ou au golfe de Guinée.

L’expression « préparation de la future présidence » doit donc être comprise comme une observation du passage de relais et de la participation chinoise aux mécanismes existants. Toute affirmation sur un programme déjà finalisé serait incertaine.

Le véritable enjeu sera l’institutionnalisation

La présidence chinoise pourra consolider les groupes de travail, préciser les procédures de coopération et convertir certaines déclarations en programmes de formation ou d’échange d’informations. Elle devra toutefois résoudre trois tensions.

La première oppose efficacité opérationnelle et protection des droits. La deuxième concerne la souveraineté des données. La troisième tient à la diversité géopolitique des BRICS : les États membres ne partagent ni les mêmes alliances, ni les mêmes définitions des menaces, ni les mêmes intérêts régionaux.

Pour l’Afrique, la meilleure stratégie consiste à préparer avant 2027 une plateforme commune portée par les membres africains, en consultation avec l’Union africaine. Sans coordination continentale, les dossiers africains risquent d’être traités comme des objets de sécurité extérieure plutôt que comme des politiques définies par les Africains.

Les actes officiels à surveiller

  • Communiqués de la présidence indienne des BRICS.
  • Ministère indien des Affaires extérieures, réunion des hauts responsables de la sécurité.
  • Ministère chinois des Affaires étrangères, groupe de travail antiterroriste.
  • Rencontres de Wang Yi avec Narendra Modi, Ajit Doval et les représentants des États membres.
  • Futurs documents chinois relatifs à la présidence 2027.

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