Scène illustrative : une hydrologue et une représentante d’usagers observent un dispositif de mesure près d’une rivière ouest-africaine.

Le Mali a pris la présidence du Conseil des ministres de l’Autorité du bassin de la Volta. La relance de cette coopération entre six États dépend désormais d’une question concrète : transformer les décisions budgétaires en ressources régulières, puis en services utiles aux populations qui partagent le bassin.

Une présidence qui devra se mesurer à la continuité des services

Le 16 octobre 2026, à Bamako, le Ghana a transmis au Mali la présidence du Conseil des ministres de l’Autorité du bassin de la Volta, l’ABV. Les représentants des six États membres participaient à cette huitième session ordinaire. [1] Le mandat annoncé dure deux ans ; les résolutions concernent notamment les budgets, les dettes et la gouvernance. [2]

La portée de cette responsabilité se joue au-delà de la représentation diplomatique. Une organisation de bassin doit pouvoir réunir ses membres, conserver ses compétences et faire circuler des informations utiles. Si ces fonctions manquent de moyens, les projets communs deviennent plus difficiles à préparer, même lorsque leur intérêt est reconnu.

Pour la présidence malienne, l’enjeu consiste donc à maintenir les engagements à l’agenda et à rendre leurs résultats vérifiables. Elle ne signifie pas que Bamako finance seul l’institution, commande les administrations des autres pays ou devient propriétaire des ressources partagées.

Une coopération ancienne retrouve un rendez-vous ministériel

L’ABV situe la signature de sa convention fondatrice au 19 janvier 2007, à Ouagadougou. Son mandat associe concertation, gestion intégrée des ressources en eau, partage équitable des bénéfices et développement d’ouvrages communs. Il prévoit aussi un rôle dans l’autorisation de projets susceptibles d’affecter sensiblement les eaux du bassin. [4]

Le compte rendu ivoirien de la rencontre d’octobre 2026 indique que la précédente session du Conseil des ministres remontait à mai 2019. Il attribue au Mali la présidence, à la Côte d’Ivoire la prochaine direction exécutive et au Togo la prochaine direction adjointe. [3] Ces fonctions correspondent à des responsabilités différentes : orientation collective, conduite administrative et coordination opérationnelle.

La reprise des réunions ne signifie pas que toute activité aurait cessé dans l’intervalle. L’ABV documente, par exemple, un atelier régional organisé à Cotonou du 18 au 20 août 2026 dans le cadre du projet REWarD, avec des acteurs des six pays. [5] La question est donc celle de la régularité du pilotage et de son financement, sans effacer les travaux déjà menés.

Les budgets et les contributions ne racontent pas la même chose

Le ministère ivoirien des Eaux et Forêts mentionne des budgets arrondis de 3,04 milliards de francs CFA pour 2026 et de 2,58 milliards pour 2027. Il rapporte parallèlement des contributions étatiques annuelles de 392 millions, dont 19,5 % étaient recouvrées au 30 septembre 2026. Il signale une échéance au 30 avril 2027 pour les contributions de 2027 et l’apurement des arriérés. [3]

Ces chiffres doivent conserver leur périmètre. Les budgets décrivent une programmation ; le recouvrement concerne les contributions exigibles à une date donnée. On ne peut appliquer le taux de 19,5 % à l’ensemble du budget ni en déduire la part de tous les projets financée. Il faudrait connaître les ressources affectées, les conventions de financement, les reports et les décaissements.

De même, les dettes de l’institution et les contributions que lui doivent les États sont deux postes différents. Leur rapprochement est utile pour préparer la trésorerie, mais leur compensation ne peut être supposée. Une présentation lisible devrait identifier, pour chaque poste, le montant reconnu, le calendrier, la personne responsable et les paiements intervenus.

Le premier indicateur de relance serait donc moins une nouvelle enveloppe annoncée qu’une exécution prévisible : ressources encaissées, dépenses engagées et activités effectivement réalisées. Une publication régulière de ces données permettrait de suivre les efforts de chaque État sans confondre retard administratif, difficulté budgétaire et absence d’engagement.

Financer une institution demande plus qu’une succession de projets

Un financement extérieur affecté à un projet peut payer des études, des équipements ou une formation déterminée. Il n’est pas nécessairement disponible pour les charges générales de l’organisation. La capacité de préparer et de suivre ces projets dépend pourtant de fonctions permanentes : comptabilité, passation des marchés, expertise, gestion des données et coordination avec les administrations nationales.

La relance devrait donc distinguer un socle de fonctionnement et des dépenses liées à chaque intervention. Le premier permet la continuité ; les secondes répondent à des objectifs précis. Sans cette distinction, un portefeuille de projets important peut masquer une trésorerie institutionnelle fragile. À l’inverse, augmenter les charges permanentes sans recettes régulières pourrait recréer des tensions.

Le projet REWarD illustre un autre besoin de continuité. Selon l’ABV, il bénéficie d’un financement du Fonds pour l’environnement mondial et soutient notamment un outil d’aide à la décision. L’atelier d’août demande aux États d’alimenter régulièrement la plateforme en données nationales et prévoit une appropriation plus large de l’outil. [5]

Une telle plateforme n’apporte un service durable que si les observations sont entretenues, les informations vérifiées et les utilisateurs capables de les interpréter. Son financement devrait ainsi couvrir le fonctionnement après la phase de projet. Un équipement livré et une alerte comprise à temps par une collectivité sont deux résultats distincts.

Les intérêts du Mali s’inscrivent dans ceux des usagers du bassin

Pour les acteurs maliens, la coopération peut faciliter l’accès aux informations produites dans les autres pays, la préparation d’investissements et la prise en compte des usages situés en amont comme en aval. Ces intérêts ne se réduisent pas à la part du territoire national comprise dans le bassin : une décision ailleurs peut modifier les conditions de gestion d’une ressource partagée.

Les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les services d’eau n’utilisent pas nécessairement la même information ni au même moment. Une prévision technique doit être traduite en décisions praticables : calendrier d’activité, protection d’un équipement, adaptation d’un prélèvement ou diffusion d’un avertissement. L’efficacité de la coopération se mesure aussi à cette dernière étape.

Les administrations et les chercheurs des six États devraient pouvoir conserver la capacité de produire, vérifier et réutiliser les données. Le recours à des partenaires peut apporter des moyens et des connaissances ; il gagne à organiser leur transmission et la maintenance locale. Le financement devient alors un outil de compétence collective, au-delà de l’achat d’un système.

Le partage des bénéfices suppose également de rendre visibles les coûts. Un ouvrage peut servir plusieurs territoires tout en concentrant ses effets sur certaines communautés. Les arbitrages devraient intégrer l’information des personnes concernées, leurs usages existants et les mécanismes de recours, sans présenter une infrastructure commune comme automatiquement avantageuse pour chacun.

Les comptes rendus ne remplacent pas les pièces d’exécution

Les sources institutionnelles concordent sur la reprise du Conseil et sur les décisions de gouvernance. Elles n’offrent cependant pas, à elles seules, une vue complète des fonds disponibles au 4 novembre 2026. Les annexes budgétaires, les relevés de contributions et les situations de trésorerie permettraient de préciser ce qui relève de ressources certaines, de montants attendus ou de besoins encore à financer.

Le compte rendu ivoirien annonce également la poursuite des études du barrage de Noumbiel. [3] Cette indication situe un travail préparatoire ; elle ne vaut ni clôture du financement, ni autorisation de travaux, ni démonstration de faisabilité. Les études techniques, économiques, sociales et environnementales devraient être examinées dans leur version datée avant de conclure sur le projet.

Le contrôle de la gestion exige la même prudence. Une information officielle sur l’examen de comptes ne remplace pas la lecture des rapports, de leurs réserves éventuelles et des réponses apportées. L’article ne conclut donc ni à une irrégularité ni à une maîtrise complète de la situation à partir des seules communications disponibles.

Pour les usagers, une autre incertitude porte sur l’accès aux décisions : comment une recommandation régionale rejoint-elle les services nationaux et les collectivités ? Des comptes rendus accessibles, des responsables identifiés et des retours des utilisateurs aideraient à vérifier cette chaîne. La publication d’une résolution constitue un début de suivi, pas son aboutissement.

La relance peut être suivie par des résultats rapprochés

Une première trajectoire serait celle d’un redressement progressif : paiements étatiques plus réguliers, dettes traitées selon un calendrier soutenable et équipe capable de préparer les projets. Le Mali pourrait utiliser sa présidence pour faire examiner ces indicateurs à intervalles connus, avec les autres membres du Conseil.

Une deuxième trajectoire conserverait des projets actifs, mais une institution dépendante de recettes irrégulières pour ses fonctions essentielles. Les formations et les équipements pourraient alors progresser plus vite que leur entretien ou leur utilisation. Ce risque doit être évalué dans les budgets de fonctionnement, sans être présenté comme un résultat déjà acquis.

Une troisième possibilité serait une programmation revue à la baisse pour protéger les missions prioritaires. Un tel choix pourrait être justifié s’il était transparent : activités maintenues, reports, effets attendus sur les usagers et conditions de reprise. Le volume annoncé ne serait alors pas le seul critère de performance.

La responsabilité de la présidence malienne sera de contribuer à rendre ces arbitrages collectifs et lisibles. La relance de l’ABV sera tangible lorsque les ressources arriveront à temps, que les compétences resteront disponibles et que les informations produites aideront effectivement les territoires à décider.

Documents de référence sur les décisions et les capacités communes

[1] Ministère de l’Énergie et de l’Eau du Mali. 8e session ordinaire du Conseil des ministres de l’Autorité du bassin de la Volta. 17 octobre 2026. Réunion du 16 octobre et transmission de la présidence au Mali.

[2] Gouvernement du Mali. Communiqué du Conseil des ministres, CM n°2026-42/SGG. 23 octobre 2026. Mandat et résolutions.

[3] Ministère des Eaux et Forêts de Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire à la 8e session du Conseil des ministres de l’ABV. 21 octobre 2026. Gouvernance, budgets arrondis, recouvrement daté et échéances annoncées.

[4] Autorité du bassin de la Volta. Mandat et objectifs. Page institutionnelle sans date ; consultée le 4 novembre 2026. Convention de 2007 et champ de coopération.

[5] Autorité du bassin de la Volta. Projet REWarD : outil d’aide à la décision, une plateforme technologique intégrée. Atelier du 18 au 20 août 2026. Financement, données nationales et recommandations de formation.

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