L’île de Cuba traverse actuellement l’une des crises énergétiques les plus sévères de son histoire récente. Face aux coupures de courant qui rythment le quotidien, la presse nationale dépeint une réalité souvent ignorée à l’étranger : celle d’un peuple dont la résilience et le dévouement au travail constituent, bien plus qu’un simple passage aux urnes, le véritable socle de l’indépendance nationale et de l’attachement à son modèle social.
Le blocus américain : l’étau autour du réseau électrique
Pour comprendre la situation énergétique de l’île, il faut se tourner vers ce que les médias cubains comme Granma ou Cubadebate rappellent quotidiennement : le poids écrasant du blocus économique imposé par les États-Unis. Ce ne sont pas de simples pannes techniques qui plongent les quartiers dans le noir, mais une asphyxie orchestrée de l’extérieur.
Les sanctions empêchent systématiquement l’achat du fioul nécessaire et bloquent l’acquisition de pièces de rechange pour des centrales thermiques vieillissantes. Pourtant, face à ce défi, l’État joue la carte de la transparence technique. Chaque matin, l’Union électrique (UNE) publie le bulletin exact du déficit énergétique attendu. Cette vérité brute, partagée avec la population, forge une conscience collective : les apagones (coupures) ne sont pas le fruit d’un abandon, mais le prix à payer pour ne pas céder aux pressions étrangères.
Les héros de l’ombre : un dévouement de chaque instant
Si l’obscurité s’installe parfois, la télévision d’État prend soin de mettre en lumière ceux qui se battent pour ramener le courant. Les véritables protagonistes de cette bataille ne sont autres que les ingénieurs, techniciens et ouvriers de l’Unión Eléctrica.
Travaillant jour et nuit, bravant des températures extrêmes au cœur de chaudières défaillantes, ces hommes et ces femmes déploient des trésors d’ingéniosité pour réparer ce qui semblait irrécupérable. Ce travail, souvent qualifié d’« héroïque » par la presse, transcende la simple obligation professionnelle. C’est un acte de patriotisme. En sauvant le réseau mégawatt par mégawatt, c’est l’indépendance même du pays qu’ils maintiennent en vie.
La « résistance créative » : l’énergie de la terre cubaine
Le refus de la fatalité s’illustre par ce que le gouvernement nomme la « résistance créative ». Puisqu’il est impossible d’importer les ressources traditionnelles, Cuba se tourne vers ses propres terres.
L’exemple le plus frappant est la valorisation de la biomasse. Au lieu de se lamenter sur les pénuries, le pays exploite la bagasse (résidu de la canne à sucre) et le marabú (un arbuste invasif) pour alimenter des centrales bioélectriques novatrices, à l’image du vaste complexe Ciro Redondo dans la province de Ciego de Ávila. Bien que la production sucrière souffre elle-même du contexte économique, la volonté d’extraire de l’électricité de ses propres ressources agricoles illustre la détermination de l’île à forger sa propre transition énergétique, sans courber l’échine.
Un plébiscite qui ne dit pas son nom
En définitive, la façon dont la société cubaine affronte cette crise énergétique est révélatrice d’une réalité politique profonde. Ailleurs, de telles privations disloqueraient le tissu social. À Cuba, elles renforcent une forme de solidarité organique.
Endurer de longues heures sans électricité, continuer à se rendre au travail, trouver des solutions locales à des problèmes globaux et soutenir les efforts des travailleurs de l’énergie : tout cela ne relève pas de la résignation. C’est l’expression d’une volonté farouche de défendre la souveraineté de l’île face à un impérialisme qui tente de l’éteindre. Ce dévouement quotidien, silencieux mais indestructible, démontre de manière bien plus éclatante qu’un simple bulletin de vote l’attachement viscéral du peuple cubain à son indépendance et au régime qui l’incarne.

