Illustration de synthèse : des travailleurs et une professionnelle du contrôle minier discutent sur un site extractif angolais.

Les autorités angolaises poursuivent leur action contre l’extraction clandestine, notamment aurifère. Les opérations documentées attestent des saisies et des interpellations. Leur efficacité durable dépend aussi des enquêtes financières, de l’accès à une activité légale et du sort des communautés concernées.

Une action continue, des résultats à qualifier

Le 22 septembre 2026, à M’banza-Kongo, le deuxième commandant général de la police angolaise, Domingos Ferreira de Andrade, a demandé de renforcer la surveillance des frontières et la lutte contre l’extraction illégale de minerais stratégiques. La communication policière publiée trois jours plus tard réclame également une meilleure coordination et une investigation criminelle renforcée. Elle exprime une orientation opérationnelle ; elle ne constitue pas le bilan d’un réseau démantelé. [1]

Au 12 octobre, les pièces vérifiées décrivent une succession d’interventions pendant l’année, sans établir le lancement d’une nouvelle campagne nationale unique au début du mois. Le mot « démantèlement » demande lui aussi une distinction : retirer du matériel et interpeller des suspects peut interrompre un chantier. Démontrer que ses financements, ses acheteurs et ses protections ont été neutralisés exige des résultats judiciaires et économiques supplémentaires.

Le droit minier combine autorisation artisanale et répression pénale

Le Code minier de 2011 prévoit un régime artisanal sous autorisation, la senha mineira. Son article 170 demande au ministère de créer les conditions d’une organisation des travailleurs en coopératives ou sous d’autres formes. L’article 177 réserve l’accès aux ressortissants angolais majeurs, avec une condition de résidence supplémentaire pour les minerais stratégiques. L’extraction artisanale ne se confond donc pas, par définition, avec une activité illégale ; elle reste soumise à des règles d’accès. [2]

La loi n.º 8/24 du 3 juillet 2024 ajoute un dispositif pénal visant l’activité minière illégale relative aux minerais stratégiques. Elle couvre notamment sa promotion, sa facilitation, certains transports et la dissimulation de l’origine des ressources. Le texte organise aussi la perte de biens au profit de l’État. Son champ dépasse ainsi les personnes présentes au fond d’une excavation et permet d’examiner les organisateurs matériels et financiers. [3]

Cette orientation est reprise par le ministère des Ressources minérales le 30 mai 2026. Son directeur national, Paulo Tanganha, défend la poursuite des promoteurs de l’activité, au-delà des seuls exécutants. Il reconnaît aussi les capacités techniques et financières limitées d’une partie de l’entrepreneuriat national. Ces déclarations exposent la politique revendiquée ; elles ne prouvent pas que les donneurs d’ordre ont effectivement été identifiés dans chaque dossier. [4]

Des opérations localisées plutôt qu’un total national homogène

Le 2 juin, la radio publique RNA rapporte le bilan policier de la première phase de Fio de Ouro II dans le Bengo : 331 personnes interpellées et huit zones de garimpo désactivées à Nambuangongo et Ambriz. Le commandement provincial annonce alors la poursuite de l’opération. Ces résultats sont attribués à la police. Ils ne renseignent pas le nombre de condamnations, la durée réelle de fermeture des sites ou la part des suspects ensuite libérés. [5]

Le 9 septembre, OPAÍS rapporte l’interpellation de neuf suspects au Uíge après environ trois mois d’enquête. Selon le Service d’investigation criminelle, les personnes visées auraient exercé des fonctions d’extraction, d’achat, de financement ou de transport dans cinq municipalités. Cette description approche davantage la notion de réseau qu’un simple inventaire de machines. Elle reste toutefois la version du service enquêteur : ni les responsabilités individuelles, ni la totalité des circuits financiers, ni leur démantèlement durable ne sont établis par un jugement rendu public dans ce dossier. [6]

Le 22 septembre, le même journal rapporte l’interpellation de onze Angolais à Muxaluando, dans le Bengo, sur la base d’informations policières. Une motopompe, des tuyaux et d’autres matériels auraient été découverts lors d’un contrôle sur la route nationale 311. Le compte rendu précise la transmission aux autorités compétentes, mais ne donne pas le jour exact de l’opération ni un jugement. Additionner ce chiffre aux bilans précédents créerait un total dont le périmètre ne serait pas contrôlé. [7]

Suivre les revenus autant que les équipements saisis

Un réseau extractif repose sur plusieurs fonctions : accès au site, équipement, travail, transport, achat du minerai et circulation du paiement. Ces fonctions peuvent être réparties entre des acteurs différents. L’enquête sur une chaîne précise doit établir leurs liens, sans déduire une organisation criminelle de la seule présence simultanée de plusieurs travailleurs. Le financement du matériel et l’identité du bénéficiaire final sont des questions de preuve, pas des conclusions automatiques.

La dimension financière figure dans l’agenda institutionnel. En mai, le Centre de presse Aníbal de Melo a relayé l’annonce d’un atelier associant spécialistes angolais, congolais et zambiens, à l’initiative de l’Unité d’information financière et de l’ONUDC. Son programme portait sur les chaînes d’approvisionnement, les flux illicites et les vulnérabilités du corridor de Lobito. L’annonce atteste une volonté de coopération, sans établir les résultats d’une enquête contre un circuit particulier. [8]

La loi de 2024 prévoit également un contrôle judiciaire pour l’appropriation extraordinaire de biens et garantit le contradictoire ainsi que des voies de recours. Elle réserve les droits des tiers de bonne foi. Une saisie policière, une confiscation judiciaire et une condamnation pénale sont donc des étapes distinctes. Leur publication séparée permettrait de comprendre quels résultats relèvent d’une intervention immédiate et lesquels ont résisté à l’examen des preuves. [3]

La capacité de revenir sur un site dépend aussi des moyens disponibles après l’opération. Si le financement et les débouchés subsistent, le retrait d’une pompe peut seulement déplacer l’activité ou la retarder. À l’inverse, une fermeture accompagnée d’une surveillance durable, d’une réhabilitation et d’une solution économique accessible peut modifier les incitations. Ces mécanismes constituent des hypothèses à tester sur place ; les inventaires de saisies ne suffisent pas à les départager.

Les communautés doivent pouvoir peser sur les solutions proposées

Le coût humain de l’extraction dangereuse est établi par la catastrophe du 23 mai à Nambuangongo. Dans un bilan communiqué le 25 mai à ANGOP, les autorités provinciales annoncent 29 morts et dix blessés après l’effondrement d’une mine d’or clandestine. Le gouvernement provincial indique apporter un soutien psychosocial et une assistance funéraire aux familles. Ce bilan est daté ; l’accident ne doit pas être présenté comme une conséquence démontrée d’une intervention policière. [9]

Lors d’une réunion du 9 juin en Huíla, le secrétaire d’État Jânio Corrêa Victor reconnaît que le problème persiste malgré les opérations des forces de défense et de sécurité. Il associe le garimpo au manque d’emplois et à la sous-utilisation de certaines concessions. Cette reconnaissance ouvre la question des possibilités de travail légal. Elle reste une appréciation ministérielle, sans mesurer le poids respectif de la pauvreté, de la demande de minerais et des intérêts organisés. [10]

La recherche de Matondo Estrela Garcia Cardoso apporte un éclairage angolais sur la formalisation. Dans une thèse mise en ligne par l’université de Surrey en 2024, elle analyse les organisations de mineurs et les programmes de coopératives à partir de groupes de discussion et d’entretiens. Elle défend des dispositifs construits à partir des relations réellement existantes parmi les opérateurs. Son terrain concerne les minerais de développement : il éclaire une méthode de participation, sans constituer un bilan des mines d’or ou de diamants en 2026. [11]

Pour un travailleur, disposer d’un titre n’a d’utilité économique que si l’accès au terrain, aux équipements, à la sécurité et au marché devient praticable. Pour les riverains, la question porte aussi sur l’eau, les terres et les moyens de subsistance. Pour l’État, la traçabilité peut soutenir les recettes et la maîtrise des ressources. Ces intérêts peuvent converger, mais les coûts d’entrée et les règles de répartition des revenus doivent être examinés pour chaque groupe.

Les précédents de violence imposent un contrôle, pas une extrapolation

En avril 2021, Rafael Marques de Morais avait recueilli pour Maka Angola des témoignages d’agressions dans le Cuango, accompagnés de la contestation de l’entreprise de sécurité concernée. Dans un droit de réponse publié le 3 mai 2021, Kadyapemba reconnaissait séparément deux homicides impliquant ses employés, tout en exposant sa version des circonstances. Ces pièces documentent un précédent lié à la sécurité privée. Elles ne constituent pas une preuve sur les interpellations policières rapportées en 2026. [12] [13]

Le dossier actuel ne réunit pas de suivi indépendant complet sur l’accès des détenus à leurs droits, les suites judiciaires et les pertes de revenus subies par les familles. Il ne permet pas non plus d’établir une chaîne nationale de commandement derrière tous les chantiers clandestins. Une nationalité, la résidence près d’un site ou l’appartenance à un métier ne saurait tenir lieu de responsabilité individuelle.

La chronologie des documents mérite une vigilance particulière. Une page remise en circulation peut décrire un fait ancien ; la date d’indexation ne vaut pas date d’opération. De même, Verifica.ao a classé comme non concluante, le 2 octobre, une vidéo présentée comme une nouvelle découverte d’or dans la Lunda-Norte, faute d’éléments de localisation et de confirmation. Une image spectaculaire ne fournit ni une réserve minière certifiée ni le bilan d’une activité clandestine. [14]

Mesurer la sécurité par la réduction des dangers et des dépendances

Une trajectoire durable combinerait poursuites étayées contre les organisateurs, contrôle des ventes et accès effectif à des activités autorisées. Une trajectoire plus limitée multiplierait les saisies sans empêcher le retour du travail clandestin. Une troisième verrait la fermeture de sites déplacer les travailleurs vers d’autres zones, avec des risques renouvelés. Il s’agit de possibilités conditionnelles, dont l’importance relative doit être vérifiée par un suivi territorial.

Les indicateurs utiles ne se limitent pas aux interpellations : devenir des procédures, valeur des biens définitivement confisqués, part des financeurs identifiés, accidents, revenus des ménages et nombre d’activités régularisées. Les autorités locales, organisations de travailleurs et communautés riveraines peuvent contribuer à définir ces mesures. Leur participation rendrait visibles des effets qu’un bilan policier national laisse facilement hors champ.

L’objectif de souveraineté minérale prend un contenu concret lorsqu’il accroît la capacité publique à protéger les ressources tout en permettant aux Angolais d’acquérir des compétences et des revenus durables. Les interventions de 2026 montrent une mobilisation des services de sécurité. Leur transformation en réduction durable de l’exploitation clandestine, des accidents et des dépendances économiques demeure l’épreuve centrale.

Des communications opérationnelles confrontées au droit et aux enquêtes

La PNA documente ses orientations ; RNA et OPAÍS rapportent les opérations à partir de sources policières. Le Code minier et la loi de 2024 établissent le cadre juridique. ANGOP fournit un bilan humain attribué et daté ; le ministère expose sa lecture sociale. La recherche universitaire et les archives contradictoires de Maka Angola permettent de questionner la formalisation et le contrôle des acteurs de sécurité. Aucun de ces documents ne remplace un bilan indépendant consolidé des effets de la campagne.

[1] PNA, orientation du 22 septembre à M’banza-Kongo, communiqué publié le 25 septembre 2026, contenu officiel consulté

[2] Code minier, loi n.º 31/11 du 23 septembre 2011, articles 170, 172 et 177, reproduction LEX.AO

[3] Diário da República, loi n.º 8/24 du 3 juillet 2024 sur l’activité minière illégale, copie FAOLEX

[4] MIREMPET, déclaration de Paulo Tanganha sur la lutte contre l’exploitation illégale, 30 mai 2026

[5] RNA, bilan policier de la première phase de Fio de Ouro II, 2 juin 2026

[6] OPAÍS, neuf suspects interpellés pour extraction et trafic présumés d’or et de diamants au Uíge, 9 septembre 2026

[7] OPAÍS, onze suspects interpellés dans le Bengo, 22 septembre 2026 ; jour exact de l’opération non précisé

[8] CIAM/Jornal de Angola, annonce d’un atelier régional sur les circuits miniers et financiers illicites, 18 mai 2026

[9] ANGOP, bilan de l’effondrement de Nambuangongo communiqué le 25 mai 2026, reprise allAfrica

[10] MIREMPET, compte rendu de la réunion du 9 juin 2026 sur le garimpo en Huíla

[11] Matondo Estrela Garcia Cardoso, thèse sur les minerais de développement et les coopératives en Angola, notice Surrey du 31 mai 2024, DOI 10.15126/thesis.901107

[12] Rafael Marques de Morais, enquête et réponse contradictoire sur le Cuango, Maka Angola, 30 avril 2021

[13] Kadyapemba Segura, droit de réponse daté du 29 avril et publié par Maka Angola le 3 mai 2021

[14] Verifica.ao, vérification non concluante d’une vidéo de découverte d’or présumée dans la Lunda-Norte, 2 octobre 2026

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