Une ingénieure et deux habitants basotho observent un chantier de barrage en enrochement dans une vallée montagneuse du Lesotho. Scène fictive.

Le barrage a franchi le cap annoncé en juillet. Les prochaines étapes engagent la sécurité du transfert d’eau, les revenus du Lesotho et les conditions de vie des communautés affectées.

Le cap de juillet a déjà été dépassé, l’eau reste attendue

Le seuil de 50 % d’achèvement du barrage de Polihali correspond à un jalon annoncé en juillet 2026. Engineering News l’a rapporté le 24 juillet à partir d’une communication de la Lesotho Highlands Development Authority (LHDA). Une actualisation officielle sud-africaine du 15 septembre porte ensuite l’avancement du barrage à 53 %, et celui de l’ensemble de la deuxième phase du Lesotho Highlands Water Project à 56,7 %. Ce seuil désigne donc une étape réelle, désormais dépassée dans le bilan disponible. [1][2]

Ces pourcentages signalent une progression de la construction. Ils ne signifient ni que le réservoir soit à moitié rempli ni que la moitié de l’eau supplémentaire prévue soit déjà livrée. La ministre sud-africaine de l’Eau, Pemmy Majodina, situe le début attendu de la mise en eau en juillet 2027. Il s’agit d’un calendrier annoncé, soumis à la poursuite des travaux. [2]

Pour les populations basotho, l’enjeu dépasse le volume d’un ouvrage. Il porte sur les revenus publics, les emplois et les infrastructures que le partenariat peut apporter, mais aussi sur les conditions de vie des communautés qui cèdent des terres ou doivent déménager. Ces dimensions appartiennent au même bilan de coopération.

Une nouvelle étape dans un partenariat construit depuis 1986

Le projet des hautes terres repose sur le traité conclu en 1986 entre le Lesotho et l’Afrique du Sud, puis sur l’accord de 2011 organisant sa deuxième phase. La LHDA présente cette extension comme un ensemble associant barrage, tunnel, accès routiers et équipements connexes. L’eau de Polihali doit rejoindre le réservoir de Katse par gravité, puis emprunter le système existant ; le dispositif contribue aussi à la production hydroélectrique au Lesotho. [3]

La capacité supplémentaire visée est de 490 millions de mètres cubes transférés chaque année vers l’Afrique du Sud, avec une progression prévue de 780 à 1 270 millions de mètres cubes annuels. Ce sont des objectifs de transfert du système, à distinguer du volume stockable dans un réservoir et de la fourniture d’eau potable à un village. [3]

Cette architecture donne au Lesotho une fonction active dans un service régional essentiel. Elle crée aussi une interdépendance durable : le pays fournisseur doit protéger sa ressource et obtenir des retombées vérifiables, tandis que l’Afrique du Sud dépend de la disponibilité d’ouvrages situés hors de son territoire. La qualité de l’accord se juge à la manière dont cette interdépendance organise les responsabilités et répartit les bénéfices.

Le barrage, le tunnel et les réinstallations suivent des rythmes différents

Les publications techniques montrent pourquoi un taux unique ne décrit pas tout le chantier. En juin 2026, la LHDA indiquait que l’enrochement atteignait environ 65 % alors que l’ensemble du barrage était évalué à 45 %. La prise d’eau, l’évacuateur, la vidange, la digue secondaire et le parement en béton restaient des composantes distinctes en travaux. Ces valeurs de juin éclairent la méthode de lecture ; elles ne remplacent pas le bilan de septembre. [4]

Dans ce dernier, la composante du tunnel de transfert est donnée à 58 %. La ministre signale cependant des difficultés géologiques ralentissant les tunneliers et un plan de rattrapage de l’entreprise. Ce pourcentage global ne doit donc pas être traduit en proportion identique de longueur déjà forée. Le programme de réinstallation est, pour sa part, annoncé à environ 49 %. Les séries portent sur des ensembles de travaux différents. [2]

La LHDA donne un aperçu plus concret du logement dans sa publication de juin : des maisons sont en construction à Tloha-re-Bue, Masakong et Tsekong, tandis que des réseaux d’eau sont améliorés à Makalong et Ramonakalali. Elle prévoit l’achèvement de ce programme de construction en 2027. Des maisons commencées ou couvertes constituent des réalisations matérielles ; leur existence ne suffit pas à établir que tous les ménages ont déjà retrouvé des services et des moyens de subsistance satisfaisants. [5]

Le financement de l’ouvrage et les revenus de l’eau doivent être distingués

Le discours budgétaire sud-africain de mai 2026 présente une enveloppe d’environ 53 milliards de rands pour le projet, financée hors du budget courant par la Trans-Caledon Tunnel Authority (TCTA). Le remboursement des emprunts doit s’appuyer sur les ventes d’eau aux municipalités, aux irrigants et aux utilisateurs industriels. Le même document vise les premières livraisons en 2028 et l’achèvement du projet en 2029. Ces échéances restent prévisionnelles et portent sur des étapes différentes. [6]

La mise en eau d’un réservoir, l’ouverture d’un tunnel, les essais et la livraison régulière ne se confondent pas. Un retard sur un maillon indispensable peut limiter l’utilité des ouvrages déjà avancés. L’analyse financière doit donc rapprocher le calendrier des paiements, celui des équipements et celui des recettes attendues. Le coût global ne peut être attribué au seul mur du barrage.

Du côté du Lesotho, le discours budgétaire du 18 février 2026 inscrit 4,9534 milliards de maloti de redevances sur l’eau pour 2026-2027. La ministre des Finances, Retselisitsoe Matlanyane, décrit également des discussions avec l’Afrique du Sud sur le cadre de ces redevances, afin de mieux prendre en compte la valeur économique de la ressource et l’évolution des coûts. Cette prévision budgétaire concerne les arrangements du LHWP ; elle ne représente pas des recettes déjà produites par Polihali en service. [7]

Il faut ainsi séparer trois circuits : le financement de la construction, la rémunération de l’eau transférée et la compensation des personnes affectées. Une hausse de recettes nationales ne démontre pas que les indemnités soient versées au bon moment ou que les services locaux fonctionnent. Chaque circuit appelle ses propres pièces de contrôle.

Les communautés basotho demandent des services et des recours effectifs

À Masakong, le MNN Centre for Investigative Journalism a documenté un problème d’assainissement à proximité du chantier. Dans son suivi publié le 3 septembre 2026, Billy Ntaote rapporte que des habitants interrogés les 21 et 25 août disent toujours ne pas disposer de toilettes opérationnelles. Le dossier reproduit la réponse du directeur de la LHDA, Tente Tente, datée du 9 juin : certaines installations ont pu se dégrader et les interventions antérieures ne pas avoir répondu à tous les besoins ; une évaluation et des mesures supplémentaires sont envisagées. [8]

Seinoli Legal Centre, qui accompagne les résidents, réclame des solutions assorties d’un calendrier. Le délai de 90 jours mentionné dans l’enquête correspond à sa demande, pas à une échéance judiciaire ou à un engagement accepté par la LHDA. Les témoignages bornent un constat local à la fin août ; ils ne permettent pas de décrire sans nouvelle vérification chaque installation au 12 octobre. [8]

La mobilisation se poursuit auprès des financeurs. Le 5 octobre 2026, Seinoli Legal Centre, Survivors of Lesotho Dams, Accountability Counsel et d’autres organisations demandent à la New Development Bank un mécanisme indépendant de responsabilité. Les signataires affirment que leur démarche de juin concernant le LHWP II reste sans réponse. Ce texte atteste leur demande et leur appréciation de la situation, sans constituer une décision établissant juridiquement les manquements allégués. [9]

Cette action place les habitants dans un rôle de définition et de contrôle du développement. Leur capacité à demander des explications, à documenter une perte et à obtenir réparation est une retombée politique aussi décisive que l’existence d’un nouvel équipement. Elle permet de discuter le partenariat à partir de ses effets sur les personnes qui vivent dans la zone du projet.

L’avancement social exige des preuves au-delà des annonces

Le Mécanisme indépendant de recours de la Banque africaine de développement a publié le 21 juillet 2026 le compte rendu d’une mission menée en juin au Lesotho et en Afrique du Sud. Il indique avoir rencontré 32 représentants des personnes affectées dans le cadre d’une évaluation d’éligibilité. Cette démarche établit qu’un processus d’examen est engagé ; elle ne vaut pas conclusion définitive sur les responsabilités. [10]

De son côté, la LHDA rapporte en mai 2026 une formation des agents de liaison consacrée au traitement des réclamations. Elle met en avant l’implication des chefs locaux et des comités communautaires. L’existence de ces structures constitue une information institutionnelle utile. Pour apprécier leur efficacité, il faudrait également connaître les plaintes reçues, les délais de réponse et les solutions acceptées par les personnes concernées. [11]

Les sources disponibles ne permettent pas de produire un bilan indépendant complet des revenus restaurés après réinstallation, de la qualité de tous les services de remplacement ou des indemnisations encore contestées. Elles ne donnent pas davantage une certification indépendante de l’ensemble des taux d’avancement techniques. Les chiffres des promoteurs doivent donc rester datés et attribués, tandis que les témoignages locaux doivent conserver leur lieu, leur moment et leur périmètre.

La réussite du transfert se préparera dans les villages autant que sur le chantier

Une trajectoire favorable ferait progresser ensemble les ouvrages hydrauliques, les réinstallations et la résolution des griefs. Elle associerait la fiabilité du transfert régional à des améliorations vérifiables pour les ménages affectés. Une autre trajectoire pourrait livrer les principales infrastructures tout en laissant durer des conflits sur les terres ou les services. Des difficultés techniques persistantes pourraient enfin repousser les bénéfices attendus, malgré l’avancement des travaux déjà réalisés.

Pour départager ces scénarios, il faudra suivre les essais, les échéances du tunnel, la livraison effective d’eau, les indemnités payées et les conditions de vie après déplacement. Les emplois de chantier devront aussi être appréciés selon leur durée, les compétences acquises et les débouchés ultérieurs. Une activité temporaire peut être utile sans garantir, à elle seule, une amélioration durable des revenus.

Le franchissement de 50 %, puis l’annonce de 53 %, racontent une étape de construction. Le bilan de coopération se formera sur une durée plus longue : lorsque le Lesotho pourra constater ce que la valorisation de son eau apporte à ses citoyens, et lorsque les communautés affectées pourront faire valoir leurs intérêts dans les décisions qui transforment leur territoire.

Les documents qui permettent de suivre les ouvrages et leurs effets

La Rédaction

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