Dans une parcelle fictive, une chercheuse sénégalaise, un agronome vietnamien et une agricultrice africaine examinent des plants de riz.

Le riz relie quatre partenariats qui n’avancent pas au même rythme

Le 29 mai 2026, à Hanoï, le Viêt Nam présente publiquement son Groupe de travail sur la coopération Sud-Sud dans l’agriculture. Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement organise le lancement avec celui des Affaires étrangères. Le CIRAD, participant à la rencontre, confirme l’événement et la volonté de mieux relier politiques, recherche et projets de terrain. [3]

Pour les partenaires africains, la question est celle du contenu : quels savoirs sont échangés, quelles décisions sont prises et quels gains atteignent les producteurs ? Les dossiers du Sénégal, de l’Ouganda, de l’Angola et de la Zambie montrent des missions, des accords et des projets préparatoires. Ils ne démontrent pas un programme rizicole unique déjà déployé à la même échelle dans les quatre pays.

Créé en septembre 2025, le groupe travaille avant sa présentation publique

Le ministère vietnamien situe la création du groupe dans la décision n° 3786/QĐ-BNNMT du 16 septembre 2025. Le lancement de mai 2026 constitue donc une étape de présentation et de mobilisation, après la constitution administrative du dispositif. Confondre les deux dates ferait disparaître des activités menées dans l’intervalle. [1]

Le portail ministériel décrit en décembre 2025 une équipe dirigée par Phạm Ngọc Mậu, directeur général adjoint de la coopération internationale. Sa composition associe notamment ce département, le Centre national de vulgarisation agricole et un représentant des Affaires étrangères. La dimension interministérielle est ainsi documentée, mais le dispositif est créé et piloté par le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement. [2]

Son mandat couvre les stratégies et plans d’action, la proposition de projets, la coordination des moyens et la mise en relation des institutions. Il vise plusieurs régions du Sud, dont l’Afrique, et ne se limite pas au riz. Le ministère mentionne également coopération triangulaire, formation, gestion des ressources naturelles et liens avec les partenaires internationaux. [2]

En décembre 2025, le groupe signe déjà à Luanda un mémorandum avec le ministère angolais de l’Agriculture et des Forêts. Le communiqué du 19 décembre situe la signature au 12 décembre et prévoit des projets sur trois ans à partir de 2026, avec une priorité rizicole dans la province de Lunda Norte. [8]

Le mécanisme cherche ainsi à organiser des relations existantes et de nouvelles initiatives. Il ne faut pas lui attribuer rétroactivement toutes les coopérations agricoles du Viêt Nam avec l’Afrique.

Du Sénégal à la Zambie, les preuves portent sur des actes différents

Au Sénégal, la Primature confirme que la rencontre du 23 juillet 2025 entre Ousmane Sonko et Trần Thanh Mẫn est suivie de signatures de mémorandums, notamment sur le commerce du riz et la coopération agricole. [4] Les deux objets doivent être distingués : acheter du riz et renforcer les capacités de production locale répondent à des besoins liés, mais mobilisent des instruments différents.

La coopération scientifique est également effective. Une mission vietnamienne se rend au Sénégal en mai 2025, puis des responsables de l’ISRA, du programme national d’autosuffisance en riz et de la SAED visitent le Viêt Nam du 18 au 22 août. Le CIRAD coordonne ces échanges dans le projet FEF-R, financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Les discussions concernent notamment semences, irrigation, agroécologie et adaptation des systèmes. [5]

Pour l’Ouganda, Rikolto rapporte la visite, en avril 2025, de David Okurut, commissaire chargé de la gestion des zones humides, dans le delta du Mékong. Le responsable examine des pratiques rizicoles avec l’organisation. Le compte rendu de juillet décrit ensuite son intention de préparer une proposition au Cabinet articulant agriculture et protection des zones humides. Il ne présente pas cette proposition comme une réforme déjà adoptée. [6]

Le 11 août 2026, un entretien ministériel à Hanoï relance les discussions sur l’application du mémorandum agricole de 2022. Le ministre ougandais Frank Tumwebaze exprime un intérêt pour les techniques de riziculture adaptées à différents terrains, parallèlement à une coopération importante sur le café. Le compte rendu présente des perspectives de rapprochement entre chercheurs, administrations et entreprises ; il ne publie pas un bilan de récolte rizicole bilatérale. [7]

En Angola, le Centre national vietnamien de vulgarisation agricole rapporte, le 29 juillet 2026, les travaux d’une mission programmée du 11 au 30 juillet. Les experts travaillent avec le ministère angolais, l’Institut de développement agricole et l’Institut de recherche agricole. Les visites et diagnostics portent sur les sols, l’eau, les cultures et les infrastructures. Le compte rendu annonce un cadre de coopération signé à l’issue des réunions des 28 et 29 juillet. [9]

Ce cadre envisage notamment des démonstrations rizicoles à Cela 6 et à Canza, dans la province de Lunda Norte, et trace une perspective pour 2027–2037. [9] Les observations de terrain sont réalisées ; les objectifs de production et d’extension décrivent les étapes à construire. Le document ne fournit pas une surface de riz déjà mise en culture grâce au nouveau cadre.

En Zambie, la réunion du 15 avril 2026 à Lusaka, avec le ministre Reuben Mtolo Phiri, suit une mission exploratoire vietnamienne. Le compte rendu de l’organe de presse du ministère vietnamien place au centre l’irrigation, les échanges d’experts et la formation, avec le riz et le café parmi les filières envisagées. La désignation d’interlocuteurs pour négocier un mémorandum reste alors une étape suivante. [10]

La mission zambienne constitue donc une activité réelle de préparation. Les pièces examinées ne suffisent pas à annoncer un accord rizicole signé, un financement décaissé ou une campagne de production issue de cette coopération. Ce constat concerne le niveau de preuve disponible, sans prétendre établir qu’aucune autre initiative n’existe.

Financement, semences et débouchés donnent leur contenu aux accords

La coopération Sud-Sud désigne des échanges de connaissances, de technologies et de moyens entre pays en développement. Dans un montage triangulaire, un partenaire supplémentaire facilite ou soutient cette relation. La FAO rappelle cette distinction lors de son dialogue régional africain de juillet 2025, accueilli par la Tanzanie. [11]

Le cas sénégalais permet d’identifier un financement et un opérateur pour les missions scientifiques. Il ne justifie pas d’attribuer tous les échanges décrits dans cet article à la FAO. La présence d’une organisation à une réunion ne prouve ni qu’elle finance le projet ni qu’elle en garantit les résultats.

Le groupe vietnamien entend constituer un portefeuille d’initiatives, mobiliser des experts, associer des entreprises et développer des montages triangulaires. Le ministère présente ces orientations comme une manière de relier les besoins des partenaires aux capacités disponibles. [1] Leur mise en œuvre suppose ensuite des choix de projets et des responsabilités identifiables.

Pour une exploitation, l’accès à une technique ne règle pas à lui seul la question économique. Il faut pouvoir obtenir les semences, entretenir l’équipement, organiser le travail, transformer la récolte et trouver un débouché. Les coûts supportés à chaque étape déterminent la part du gain de rendement qui devient un revenu.

Le commerce et la production peuvent se compléter, par exemple lorsque l’approvisionnement répond à un besoin immédiat et que la recherche prépare les récoltes futures. L’évaluation doit toutefois garder les deux comptes séparés : une augmentation des importations de riz vietnamien n’est pas un indicateur de production agricole supplémentaire au Sénégal.

Les institutions africaines définissent leurs besoins et apportent leurs savoirs

Au Sénégal, la participation de l’ISRA et de la SAED donne une place aux institutions qui travaillent sur la recherche et les systèmes agricoles locaux. Le CIRAD décrit aussi une contribution sénégalaise en matière d’innovations agroécologiques communautaires et une comparaison des réponses au changement climatique et à la salinisation. [5] Le partenariat ne part donc pas d’un terrain dépourvu de connaissances.

En Angola, les besoins exprimés lors de la rencontre de Hanoï concernent notamment irrigation, semences, formation et mécanisation adaptée aux petites exploitations. Pour la Zambie, les échanges mettent en avant la gestion de l’eau et le développement de filières. Le compte rendu du CIRAD rapporte ces priorités portées par les représentants africains. [3]

Une lecture afrocentrée doit suivre cette capacité de choix : qui formule le problème, sélectionne la parcelle, apprécie les résultats et décide de poursuivre ? Les administrations ont un rôle, mais les agriculteurs, les coopératives et les équipes de recherche doivent aussi pouvoir faire valoir les contraintes de leur territoire.

Le débat ougandais illustre un arbitrage concret entre activité agricole et fonctionnement des zones humides. La visite rapportée par Rikolto vise à examiner des pratiques et une possible évolution des politiques. [6] Elle ne constitue pas une autorisation générale de cultiver des milieux protégés. Toute application doit être appréciée dans son cadre local.

Le choix des équipements et des intrants importe également. Une technique peut être agronomiquement intéressante tout en restant difficile à entretenir ou à financer pour les producteurs concernés. Prévoir la formation des techniciens locaux et l’accès aux pièces contribue à examiner la continuité du projet après le départ d’une mission.

Le pouvoir de modifier ou de refuser une proposition compte aussi. Les objectifs doivent pouvoir être révisés à partir des essais et des choix des producteurs.

Une visite, une récolte et un revenu ne mesurent pas la même chose

Le corpus confirme des échanges professionnels, des signatures et des travaux préparatoires. Il ne fournit pas une série comparable de surfaces, de rendements et de revenus nets pour les quatre partenariats. Les stades observés sont trop différents pour publier un classement de leurs performances ou un total de bénéficiaires sans autre enquête.

La prudence porte aussi sur les unités. Un rendement en riz paddy ne peut être confondu avec un volume de riz usiné ; un résultat par récolte ne décrit pas automatiquement une production annuelle. Pour comparer deux parcelles, il faut connaître la variété, le cycle, l’eau disponible, les intrants et le travail mobilisé.

Les chiffres nationaux et les résultats d’un centre de recherche visité doivent rester à leur échelle. Ils ne deviennent pas la superficie d’un projet bilatéral parce qu’ils apparaissent dans le compte rendu d’une mission. De même, les performances citées à propos du café dans l’échange ougandais ne peuvent être transférées au riz. [7]

Les publications officielles renseignent les engagements des autorités et des organismes participants. Elles ne remplacent pas les contrats détaillés, les comptes d’exécution, les suivis agronomiques ou les entretiens avec les exploitants. Cette limite concerne l’estimation des résultats, sans effacer les activités dont la réalisation est documentée.

La continuité après les missions devient le test décisif

Le dialogue africain de la FAO insiste sur l’inscription de la coopération dans les plans et budgets nationaux, la participation des organisations de producteurs et la mesure des résultats. [11] Ces critères offrent une base pour suivre les engagements du groupe vietnamien sans réduire le bilan au nombre de déplacements.

Pour chaque partenariat rizicole, un suivi public pourrait distinguer les accords adoptés, les sommes engagées puis dépensées, les personnes formées, les essais conduits et les techniques effectivement conservées. Les revenus nets, la consommation d’eau et la destination des récoltes aideraient ensuite à apprécier l’intérêt local.

La recherche de rendement doit rester articulée à la sécurité alimentaire et au pouvoir de décision des producteurs. Une filière plus productive peut répondre à la consommation locale, alimenter un marché régional ou exporter ; ces orientations n’ont pas les mêmes effets sur l’approvisionnement et la répartition de la valeur.

Le groupe crée une possibilité de coordination. Son apport se mesurera lorsque les institutions et les exploitations partenaires pourront poursuivre, adapter et évaluer le travail dans la durée. Au terme de la période étudiée, les preuves réunies montrent surtout comment cette coopération se structure et prépare ses prochaines étapes.

Les sources distinguent coordination nationale et dossiers de terrain

Les publications ministérielles établissent la création, la composition et les activités du groupe. La Primature sénégalaise documente les signatures ; le CIRAD et Rikolto décrivent leurs propres échanges. Les comptes rendus de missions précisent les avancées angolaises et zambiennes. Le texte ministériel sur l’Ouganda est consulté dans sa reproduction sur le portail public Vietnam.vn. Consultation : 17 octobre 2026.

[1] Ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement — Việt Nam tiên phong hợp tác Nam – Nam trong nông nghiệp, 29 mai 2026 ; décision n° 3786/QĐ-BNNMT du 16 septembre 2025.

[2] Ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement — MAE establishes South – South Cooperation Working Group, 4 décembre 2025.

[3] CIRAD — CIRAD supports South–South agricultural cooperation between Viet Nam and Africa, 3 juin 2026, compte rendu du lancement du 29 mai.

[4] Gouvernement du Sénégal, Primature — Audience d’Ousmane Sonko à Trần Thanh Mẫn et signatures de mémorandums, 23 juillet 2025.

[5] CIRAD — Vietnam–Senegal Exchange Advances Agroecology and Food Security, 28 août 2025.

[6] Rikolto — Learning from a global leader in rice: an inspiring trip to Vietnam, 22 juillet 2025, visite d’avril 2025.

[7] Ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement — Vietnam and Uganda explore new opportunities from coffee beans, 11 août 2026 ; reproduction sur Vietnam.vn.

[8] Ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement — Viet Nam and Angola strengthen agricultural cooperation based on the South-South Cooperation, 19 décembre 2025.

[9] Centre national vietnamien de vulgarisation agricole — Hợp tác nông nghiệp Việt Nam – Angola: Từ khảo sát thực địa đến khung phát triển bền vững, 29 juillet 2026, compte rendu de Cao Minh Tuấn.

[10] Báo Nông nghiệp và Môi trường, organe du ministère vietnamien — Hỗ trợ Zambia chuyển đổi nông nghiệp, lấy thủy lợi làm trọng tâm, 16 avril 2026, rencontre du 15 avril.

[11] FAO, Bureau régional pour l’Afrique — Countries unite to scale up South-South cooperation for agrifood systems transformation, 9 juillet 2025.

La Rédaction

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