Une travailleuse domestique anime un échange avec une formatrice et deux professionnels autour de ses droits et compétences.

Une loi existe déjà ; sa traduction dans les foyers reste à construire

L’Indonésie ne prépare plus seulement la reconnaissance légale du travail domestique. La loi n° 2 de 2026 sur la protection des travailleurs domestiques a été promulguée le 30 avril et est entrée en vigueur à cette date. À la fin de septembre, le ministère du Travail annonce l’élaboration d’une feuille de route consacrée à la gouvernance du secteur et aux compétences professionnelles. L’annonce porte donc sur la mise en œuvre d’un cadre existant, non sur une première promesse de législation. [1][2]

La distinction concerne directement les personnes employées dans les maisons : disposer d’un droit, connaître son contenu et pouvoir l’exercer sans perdre son revenu sont trois situations différentes. Pour examiner la réforme, il faut suivre le trajet entre le texte national, la relation de travail et le recours disponible. La formation professionnelle est un élément de ce trajet ; elle ne peut, à elle seule, établir que les horaires, les salaires ou les conditions de repos ont changé.

Deux décennies de mobilisation avant les annonces de septembre

La Fédération internationale des travailleurs domestiques, IDWF, situe le début de la campagne législative en 2004. Elle souligne le rôle du réseau JALA PRT et de syndicats locaux dans la mobilisation qui précède le vote parlementaire du 21 avril 2026. Son communiqué célèbre l’adoption, mais insiste également sur le travail réglementaire restant. Cette source est celle d’une organisation engagée dans la campagne : elle documente sa participation et ses revendications, sans constituer une évaluation indépendante des effets de la loi. [3]

Une autre chronologie concerne l’économie du soin dans son ensemble. Une première feuille de route nationale est lancée en mars 2024. Le 22 septembre 2026, le ministère chargé de l’Autonomisation des femmes et de la Protection de l’enfance, avec l’Organisation internationale du travail, en présente une actualisation articulée au plan national de développement 2025–2029. Elle intègre notamment la nouvelle loi sur le travail domestique et les dispositions relatives au bien-être maternel et infantile. [4]

Le 29 septembre, lors d’un webinaire à Jakarta, Anwar Sanusi, responsable de la planification et du développement de l’emploi au ministère du Travail, précise un chantier sectoriel : adapter au contexte national des standards de compétences utilisés pour les travailleurs domestiques migrants. Le compte rendu d’Antara publié le lendemain établit cette annonce ; il ne présente pas une feuille de route finale dont tous les instruments seraient déjà applicables. [2]

Reconnaître un emploi ne signifie pas imposer partout le même contrat

La présentation juridique du ministère recense les principaux domaines de protection : rémunération, repos et congés, sécurité et santé au travail, protection sociale, encadrement des entreprises de placement. Elle mentionne aussi les responsabilités des administrations centrales et locales. Ce dispositif concerne une relation d’emploi domestique ; il ne transforme pas automatiquement toute aide familiale ou toute activité de soin non rémunérée en contrat de travail. [1]

Le texte distingue le recrutement direct de celui réalisé par une entreprise de placement. Les articles 11 et 12 n’imposent pas indistinctement à chaque relation la même formalisation écrite : en cas de recrutement direct, les parties peuvent transcrire leur accord dans un contrat. Le contrat prévu dans le dispositif doit préciser notamment les tâches, les droits et obligations, ainsi que le montant et les modalités du salaire. Dire que chaque travailleuse possède désormais obligatoirement un contrat écrit serait donc trop général. [5]

Autre précision : le recrutement est en principe ouvert à partir de 18 ans, mais une disposition transitoire maintient la reconnaissance des droits de certaines personnes mineures déjà mariées et travaillant, ou ayant travaillé, dans le secteur avant l’entrée en vigueur. Cette exception ne doit pas être effacée derrière l’annonce d’un âge minimal uniforme. [5]

La formalisation peut ainsi progresser sans devenir instantanément identique dans tous les foyers. Son observation suppose de distinguer les recrutements nouveaux, les relations anciennes, les placements par agence et les accords conclus directement.

Pour Wina, la connaissance du droit change la négociation

Dans un entretien publié par l’Alliance mondiale contre la traite des femmes, Winaningsih Kuswadi, dite Wina, raconte avoir appris, au contact de JALA PRT, à distinguer ses obligations contractuelles des demandes permanentes de son employeur. Elle souligne ensuite une difficulté : même lorsqu’un congé est reconnu, le réclamer peut susciter la crainte de perdre son emploi. Son témoignage rend visible une question de pouvoir de négociation ; il ne fournit pas une mesure représentative de l’ensemble des foyers indonésiens. [6]

La formation annoncée par l’administration répond à une autre partie du problème : rendre les compétences identifiables et transmissibles. Dans cette perspective, un référentiel professionnel pourrait aider à décrire une tâche et à distinguer des niveaux de qualification. Mais son effet salarial resterait à vérifier. Un certificat supplémentaire peut être reconnu par un employeur, ignoré, ou devenir une condition d’accès coûteuse : les annonces disponibles ne permettent pas de départager ces possibilités.

La note d’avril 2026 de l’Institut de recherche économique et sociale de l’Université d’Indonésie, LPEM, situe précisément la difficulté d’application dans des relations exercées au sein d’espaces privés, souvent peu formalisées. Elle rappelle les problèmes de durée du travail et de protection sociale qui motivent le débat. Ce diagnostic universitaire ne permet pas d’attribuer dès maintenant une évolution à la feuille de route annoncée cinq mois plus tard. [7]

L’enjeu est alors de relier qualification et garanties : qui finance la formation, qui dispose de son attestation, quel recours existe en cas de salaire impayé, et quelles informations sont accessibles aux deux parties ? Sans ces liens, le nombre de personnes formées renseignerait sur l’activité administrative, pas nécessairement sur l’exercice des droits.

Les travailleuses africaines ont aussi transformé les règles

Le rapprochement avec l’Afrique ne consiste pas à présenter l’Indonésie comme un modèle destiné à être importé. Les organisations de travailleuses africaines et les juridictions du continent ont produit leurs propres réponses aux exclusions du droit social. L’affaire sud-africaine Mahlangu en fournit un exemple précis, situé dans son contexte national.

Le 19 novembre 2020, la Cour constitutionnelle sud-africaine confirme l’inconstitutionnalité de l’exclusion des employés domestiques du régime d’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles. Son ordonnance donne à cette décision un effet immédiat et rétroactif au 27 avril 1994. Il s’agit d’une décision relative à un régime déterminé, non de l’affirmation que toute inégalité professionnelle aurait disparu en Afrique du Sud. [8]

La procédure associe Sylvia Bongi Mahlangu et le syndicat South African Domestic Service and Allied Workers Union. Le Socio-Economic Rights Institute, qui présente son rôle de représentation, documente la démarche engagée pour contester cette exclusion. Cette histoire place les salariées, leurs familles et leurs organisations parmi les acteurs qui transforment la règle, et non parmi les seuls destinataires d’une protection conçue ailleurs. [8][9]

La comparaison éclaire une question commune, sans assimiler les deux systèmes : après la reconnaissance, qui aide à enregistrer l’emploi, à identifier le responsable d’une cotisation et à constituer un dossier ? L’autonomie d’une travailleuse se mesure aussi à sa capacité de faire valoir une créance ou de quitter une relation professionnelle, pas seulement à la valeur économique du service rendu aux autres ménages.

Salaire, recours et calendrier : les pièces décisives manquent encore

L’article 36 prévoit l’adoption des règlements d’application au plus tard un an après l’entrée en vigueur de la loi. L’ensemble de ces règlements et des documents relatifs à leur exécution n’a pas été réuni pour ce dossier. [5]

Wina distingue, dans son entretien, la reconnaissance d’un droit à rémunération et l’existence d’un salaire minimal effectivement déterminé. Elle demande que les textes complémentaires traitent cette question et celle du règlement des conflits. Ces revendications doivent être attribuées à leur auteure ; elles ne doivent pas être remplacées par l’annonce d’un montant national que les pièces consultées ne fixent pas. [6]

Komnas Perempuan, la Commission nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, demande également une participation réelle des travailleuses et de leurs organisations à l’élaboration des règlements. Elle insiste sur des procédures accessibles et sur un contrôle atteignant l’échelon local. Il s’agit de conditions demandées par cette institution, non de garanties dont elle aurait déjà constaté l’application uniforme. [10]

Il manque enfin un état de référence comparable : emplois déclarés, contrats effectivement détenus, affiliation sociale, paiements, plaintes et suites données. Aucune réaction africaine directement consacrée à l’annonce indonésienne de septembre n’a été identifiée. Le parallèle sud-africain reste une comparaison juridique et sociale, pas la preuve d’un transfert de politique entre les deux pays.

Du référentiel de compétences à des droits effectivement exercés

Une première trajectoire pourrait privilégier la certification, avec un développement des formations plus rapide que celui des protections. Une deuxième articulerait les qualifications à l’information contractuelle, à la couverture sociale et à des recours accessibles. Une troisième serait marquée par une application très variable selon les territoires et les modes de recrutement. Ces scénarios sont des possibilités d’organisation ; aucun n’est annoncé comme l’issue la plus probable.

Les indicateurs devraient permettre de les distinguer. Compter les attestations renseigne sur la formation ; mesurer le paiement des cotisations renseigne sur la protection sociale ; documenter les décisions exécutées après une plainte renseigne sur l’accès au droit. Mélanger ces résultats dans un chiffre unique de « formalisation » empêcherait de savoir ce qui a réellement changé.

La feuille de route générale du soin reconnaît aussi la représentation des travailleurs et le partage des responsabilités familiales dans son cadre d’action. Pour apprécier cette ambition, il faudra regarder qui participe aux décisions et comment les coûts se répartissent, sans considérer que l’entrée d’une personne sur le marché du travail justifierait des conditions dégradées pour celle qui prend en charge son foyer. [4]

Les documents qui relient la loi aux expériences de travail

La loi n° 2 de 2026 et sa fiche au registre juridique du ministère établissent le cadre applicable. Antara documente l’annonce de septembre ; le communiqué conjoint avec l’OIT permet de distinguer la stratégie générale du soin du chantier consacré aux employés domestiques. [1][2][4]

L’IDWF, l’entretien de Wina et Komnas Perempuan apportent des positions issues de la mobilisation et de la défense des droits. La note de LPEM propose une analyse des difficultés d’application. Pour le parallèle africain, les premières pages et le dispositif de l’arrêt Mahlangu ont été vérifiés, complétés par le compte rendu du SERI, partie prenante de la procédure. Ces sources n’établissent pas un bilan de mise en œuvre de la feuille de route indonésienne. [3][7][8]

Références documentaires

  1. Ministère indonésien du Travail — fiche de la loi n° 2 de 2026, 30 avril 2026. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://jdih.kemnaker.go.id/peraturan/detail/3043/undang-undang-nomor-2-tahun-2026
  2. Antara — annonce du chantier consacré au travail domestique, 30 septembre 2026. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://www.antaranews.com/berita/5764208/kemnaker-mulai-siapkan-peta-jalan-tata-kelola-pekerja-rumah-tangga
  3. IDWF — adoption de la loi après la mobilisation des travailleuses domestiques, avril 2026. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://idwfed.org/news/historic-victory-in-indonesia-the-domestic-workers-bill-passes-after-22-years-of-struggle/
  4. OIT — actualisation de la feuille de route indonésienne sur l’économie du soin, 22 septembre 2026. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://www.ilo.org/resource/news/indonesia-updates-care-economy-roadmap-support-women%E2%80%99s-participation-and
  5. BPK — texte de la loi indonésienne n° 2 de 2026 sur les travailleurs domestiques. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://peraturan.bpk.go.id/Download/416259/UU%20No.%202%20Tahun%202026.pdf
  6. GAATW — entretien avec Winaningsih Kuswadi, dite Wina. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://gaatw.org/resources/blog/1494-the-struggle-may-be-long-but-change-is-possible
  7. LPEM, Université d’Indonésie — protection du travail domestique et difficultés d’application, avril 2026. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://en.lpem.org/perlindungan-pekerja-rumah-tangga-di-indonesia-progres-kebijakan-dan-tantangan-implementasi-labor-market-brief-april-2026/
  8. Cour constitutionnelle sud-africaine — arrêt Mahlangu, 19 novembre 2020, copie publiée par SERI. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://www.seri-sa.org/images/Mahlangu_ConCourt.pdf
  9. SERI — présentation de la procédure Mahlangu relative à la couverture des travailleurs domestiques. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://www.seri-sa.org/index.php/more-news/846-mahlangu-coida-constitutional-challenge-sylvia-bongi-mahlangu-v-the-minister-of-labour
  10. Komnas Perempuan — communiqué relatif à l’adoption de la loi sur les travailleurs domestiques. Source consultée le 2 octobre 2026 : https://komnasperempuan.go.id/siaran-pers-detail/siaran-pers-komnas-perempuan-tentang-pengesahan-uu-perlindungan-pekerja-rumah-tangga

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