Un accord de 2024, dont les conséquences se prolongent en 2026

L’accord retrouvé sur la gouvernance de la Banque centrale de Libye ne date pas du 25 septembre 2026, comme l’indique le référentiel. Le compromis a été annoncé le 25 septembre 2024, puis signé le lendemain sous les auspices de la Mission d’appui des Nations unies en Libye, l’UNSMIL. Cette rectification change la lecture du sujet : il ne s’agit pas d’annoncer une nouvelle sortie de crise, mais d’examiner ce que le règlement d’un conflit bancaire a effectivement permis depuis deux ans.

L’accord concernait la désignation des dirigeants de la Banque centrale. Il ne constituait pas, à lui seul, un règlement de l’ensemble des divisions politiques libyennes. Confondre ces deux niveaux reviendrait à présenter la continuité d’une institution financière comme la preuve d’une réunification complète de l’État.

La question reste pourtant centrale pour les Libyens : qui transforme les ressources publiques en salaires, en médicaments, en équipements et en services accessibles ? Une banque peut retrouver une direction reconnue sans que tous les désaccords sur l’autorisation et la répartition des dépenses soient résolus.

Des nominations contestées à la recherche d’un budget commun

Le compromis de septembre 2024 prévoyait un processus de nomination de Naji Mohamed Issa Belqasem comme gouverneur et de Mari Muftah Rahil Barrasi comme adjoint, ainsi que la constitution d’un conseil d’administration. Il intervenait après une confrontation autour de la direction de la banque, accompagnée d’une interruption d’une partie de la production pétrolière.

La normalisation bancaire n’a pas immédiatement supprimé les tensions macroéconomiques. Le 18 janvier 2026, la Banque centrale a annoncé une dévaluation du dinar de 14,7 %. Parmi les facteurs alors invoqués figuraient les divisions institutionnelles, les dépenses élevées et l’absence de budget unifié. Cette explication doit être replacée à sa date : elle précède l’accord budgétaire intervenu quelques mois plus tard.

Le 11 avril 2026, les représentants des deux assemblées rivales ont signé un accord portant sur un budget de 190 milliards de dinars. Reuters le présente comme le premier budget unifié depuis 2013, tout en rapportant que sa traduction législative devait encore suivre. Une signature politique, une loi budgétaire et l’exécution effective des crédits sont donc trois étapes distinctes.

Une direction identifiable, des paiements et des comptes partiels

La présentation actuelle du conseil d’administration de la Banque centrale identifie Naji Mohammed Issa Belgasem comme gouverneur. Cette publication institutionnelle permet de vérifier la direction affichée par l’établissement ; elle ne suffit pas à mesurer l’autonomie de chacun de ses organes ni la qualité de toutes ses décisions.

Le 28 septembre 2026, la banque annonce le lancement des paiements des salaires de septembre par le système « Your Salary Instantly », après réception des autorisations du ministère des Finances. Elle décrit une transmission aux banques commerciales et un dispositif de suivi. Il s’agit d’une annonce opérationnelle : elle ne prouve pas que chaque bénéficiaire a déjà reçu l’intégralité de son salaire.

Son tableau financier couvrant le 1er janvier au 31 août 2026 indique environ 99 milliards de dinars de recettes et 68,7 milliards de dépenses. Les salaires représentent 46,9 milliards, avec une précision importante : les salaires d’août ne sont pas inclus dans cette ligne. La période doit être lue dans le document lui-même, dont le nom de fichier comporte une date incohérente.

Ces chiffres renseignent des flux déclarés sur une période déterminée. Leur différence ne peut être assimilée sans vérification à une réserve immédiatement disponible : des dépenses peuvent être engagées mais non payées, et certaines obligations peuvent relever d’autres calendriers.

La banque qui paie n’est pas nécessairement l’autorité qui décide

Le communiqué sur les salaires révèle un mécanisme souvent masqué par l’expression « contrôle de la Banque centrale ». L’autorisation vient du ministère des Finances ; la Banque centrale intervient dans la transmission et le règlement ; les banques commerciales assurent l’accès final aux fonds. Ces fonctions ne se confondent pas.

Cette distinction permet de formuler une analyse plus précise du pouvoir financier. Disposer d’un levier sur les paiements n’équivaut pas nécessairement à choisir les bénéficiaires d’une politique publique. Inversement, voter ou annoncer une dépense n’assure pas que les fonds seront disponibles au moment prévu.

Un audit de la gouvernance devrait donc suivre toute la chaîne : l’origine de la recette, l’autorité qui engage la dépense, la procédure de contrôle, l’ordre de paiement, puis la réception par le bénéficiaire. Une irrégularité située à une étape ne peut être automatiquement imputée à toutes les autres.

Il en va de même pour les investissements. Deux territoires peuvent recevoir des enveloppes identiques et connaître des résultats différents selon l’état des réseaux, les coûts des travaux ou les délais de livraison. L’égalité comptable n’est pas une mesure suffisante de l’égalité d’accès aux services.

Le critère institutionnel décisif est alors la possibilité de reconstituer une décision : qui l’a prise, selon quelle règle, avec quelle justification et sous quel contrôle ?

Les ménages ne supportent pas les mêmes risques que les institutions

La dévaluation de janvier illustre l’écart entre un ajustement monétaire et ses conséquences sociales. Le changement officiel du taux est établi ; sa répercussion exacte sur chaque produit, chaque salaire et chaque entreprise ne l’est pas dans les documents examinés. Il serait donc excessif d’attribuer une variation uniforme du pouvoir d’achat à tous les Libyens.

Pour une famille dépendant d’un salaire public, la régularité du versement peut être déterminante. Pour une entreprise important des équipements, le coût des devises et la prévisibilité du financement peuvent davantage compter. Pour un établissement de santé, l’enjeu est la disponibilité réelle des fournitures, pas seulement l’existence d’une autorisation budgétaire.

Ces exemples décrivent des mécanismes possibles, non une enquête de terrain déjà réalisée auprès de ces catégories. Ils montrent pourquoi l’autonomie financière nationale doit être appréciée à plusieurs niveaux.

Une institution centrale peut gagner en capacité de coordination tandis que certains usagers continuent de subir des délais. À l’inverse, une amélioration des paiements peut produire un bénéfice concret sans résoudre les désaccords politiques au sommet. Présenter l’une de ces évolutions comme la preuve de l’autre ferait disparaître les expériences différentes des citoyens.

Les documents nécessaires pour parler de réunification effective

La première pièce manquante est un acte correspondant à un nouvel accord bancaire du 25 septembre 2026. L’accord précisément identifié appartient à 2024. Cette absence dans le corpus consulté interdit de déplacer sa date ; elle ne démontre pas qu’aucune discussion institutionnelle n’a eu lieu en septembre 2026.

Sur le budget, l’accord d’avril doit être rapproché de ses actes de mise en œuvre : texte adopté, règles de répartition, instructions d’exécution, rapports de contrôle et comptes consolidés. La dépêche annonçant la signature n’apporte pas, à elle seule, cette chaîne documentaire.

Il manque également une évaluation indépendante permettant de comparer les délais de paiement, les écarts territoriaux et la traçabilité des dépenses avant et après la réorganisation bancaire.

Enfin, les états publiés par la Banque centrale ne remplacent pas un audit de toutes les administrations et entreprises publiques. Ils constituent une base de contrôle, pas la démonstration que chaque dépense est régulière, utile ou correctement livrée.

Trois trajectoires à distinguer sans annoncer leur réalisation

Une première trajectoire serait celle d’une unification fonctionnelle : les décisions budgétaires, les paiements et les contrôles deviendraient suffisamment cohérents pour limiter les interruptions et clarifier les responsabilités.

Une deuxième serait celle d’une coordination partielle. Les salaires et certaines dépenses courantes pourraient être mieux assurés, tandis que les investissements et la répartition territoriale resteraient négociés séparément. L’institution bancaire fonctionnerait alors davantage comme un point de passage commun que comme la traduction d’un État pleinement unifié.

Une troisième serait la réapparition d’un conflit sur les nominations, les autorisations ou l’accès aux recettes. Il s’agit d’un scénario de risque, non d’une prévision : les pièces consultées ne permettent pas d’annoncer une nouvelle crise.

Pour départager ces trajectoires, les indicateurs utiles seraient la continuité des paiements, la publication des décisions, l’exécution des budgets et la capacité des organes de contrôle à obtenir des corrections.

Le compromis bancaire est documenté ; la résolution de toute la crise institutionnelle libyenne ne l’est pas. L’évolution la plus importante à observer est le passage d’accords entre dirigeants à des procédures prévisibles pour les administrations, les entreprises et les habitants.

Des annonces diplomatiques aux preuves de fonctionnement

Les publications des Nations unies établissent le cadre de la signature de septembre 2024. Les dépêches contemporaines permettent d’en préciser la chronologie et les nominations envisagées. Elles doivent être distinguées des annonces budgétaires de 2026.

Les documents de la Banque centrale renseignent sa direction actuelle, certains paiements et des états financiers périodiques. Ils constituent des sources primaires sur ce que l’établissement publie, mais non une expertise indépendante de l’ensemble de la gouvernance libyenne.

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