À Arlit, le Niger a engagé deux réorganisations de son secteur uranifère : un permis destiné à une société d’État sur l’ancien périmètre de la SOMAÏR et la réattribution de Madaouela I à une société dont il détient 40 %. Une convention signée le 23 septembre 2026 précise la seconde opération. Ces actes accroissent la capacité de négociation de Niamey, mais la propriété, la conduite des opérations et les revenus futurs ne se répartissent pas de la même manière sur les deux sites.

À Arlit, deux titres miniers et deux façons de reprendre la main

La proximité géographique masque une différence essentielle. In Azaoua désigne le permis que le Conseil des ministres nigérien du 21 août 2026 a prévu d’attribuer à Teloua Safeguarding Uranium Mining Company, TSUMCO SA, pour le périmètre auparavant exploité par la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR). Madaouela I désigne le permis dont le gouvernement a approuvé la réattribution à Madaouela Mining Company, MAMICO, après son retour au domaine public en 2024. Ce ne sont ni le même gisement, ni la même société, ni le même montage financier [1].

La première opération vise à donner un titre à une entreprise publique constituée après la nationalisation de la SOMAÏR. La seconde aboutit à une société de droit nigérien dans laquelle la société australienne Atomic Eagle possède 60 % et le contrôle opérationnel, tandis que l’État détient 40 %. Le qualificatif de « société nationale » employé pour les deux titulaires possibles décrit leur rattachement au droit ou au territoire nigérien ; il ne signifie pas que les deux sont intégralement détenues par l’État [1, 4]. La question stratégique n’est donc pas seulement de savoir qui signe le permis : elle est aussi de savoir qui décide des investissements, de la production, de l’enlèvement du minerai et de la répartition de la valeur.

De la SOMAÏR nationalisée au différend de Madaouela : la chronologie

Le 31 juillet 2024, les autorités retirent à GoviEx Niger Holdings le permis de Madaouela I, précédemment accordé en 2016. Elles invoquent un défaut de mise en exploitation et deux mises en demeure, datées du 3 janvier et du 3 avril 2024 ; cette justification est celle du gouvernement. Le communiqué du 21 août 2026 rappelle le décret n° 2024-474/P/CNSP/MM du 31 juillet 2024, qui a fait revenir le permis au domaine public. GoviEx a contesté la mesure par une procédure internationale ; l’existence du différend n’établit, à elle seule, ni la légalité ni l’illégalité du retrait [1, 2].

Sur l’autre site, la SOMAÏR constituait depuis 1968 une entreprise à participation nigérienne et française, dont 63,4 % du capital étaient détenus par Orano et 36,6 % par la SOPAMIN, selon les chiffres publiés lors de la nationalisation. Le Conseil des ministres du 19 juin 2025 a décidé le transfert des actions et du patrimoine à l’État et annoncé un principe d’indemnisation tenant compte, notamment, des obligations de réhabilitation. Orano récuse cette opération et la qualifie d’expropriation. Les griefs des deux parties restent opposés ; aucune indemnité effectivement versée ni décision définitive sur le fond n’est établie par ces communiqués [3, 6].

Le 18 mai 2026, le gouvernement annonce la création de TSUMCO SA et la dévolution à celle-ci du patrimoine nationalisé de la SOMAÏR. Le texte explique le choix de « Teloua » par la mémoire des impacts environnementaux allégués autour d’Arlit : il s’agit ici de la présentation gouvernementale, qui ne remplace pas une expertise contradictoire sur les dommages, leurs auteurs et leurs coûts [7]. Le 21 août, le Conseil adopte les projets de décrets concernant In Azaoua et Madaouela I. Atomic Eagle communique le 24 août les termes négociés de Madaouela. Enfin, le 23 septembre, le ministre nigérien des Mines, Abarchi Ousmane, et Phil Hoskins signent la nouvelle convention minière ; les deux parties confirment publiquement cette signature [1, 4, 5, 8].

Ce que les actes établissent et ce qu’ils n’attestent pas encore

Le communiqué officiel du 21 août qualifie explicitement les textes de « projets de décret » adoptés par le Conseil. Pour In Azaoua, il indique que TSUMCO devait poursuivre les travaux sur l’ancien périmètre de la SOMAÏR dans l’attente d’un permis à son nom, et que le nouveau texte visait précisément cette attribution. Il ne publie cependant ni le décret signé ni son numéro, ni le plan cadastral du permis. Il serait prématuré de présenter comme vérifiées dans cette enquête la superficie exacte et l’intégralité des conditions du nouveau titre. Le périmètre d’In Azaoua ne doit pas être assimilé à la concession historique entière d’Arlit, dont l’annulation a fait l’objet d’un autre projet de décret en mai [1, 7].

Pour Madaouela I, la preuve a avancé au-delà de la seule annonce du 21 août : l’Agence nigérienne de presse relate la cérémonie du 23 septembre, et le communiqué réglementé d’Atomic Eagle du 24 septembre confirme que la convention prend effet dès sa signature. L’entreprise indique que MAMICO détiendra le permis d’exploitation, que le titre court initialement sur dix ans et que des renouvellements sont prévus. Cette concordance établit la signature et les principaux termes déclarés de l’accord. Elle ne prouve ni que le chantier a démarré, ni que le minerai est extrait, ni que la redevance a déjà été encaissée [5, 8].

Le gouvernement présente environ 1 000 emplois et une priorité pour les entreprises locales comme des engagements du projet. Le temps verbal compte : ce sont des objectifs, pas un effectif constaté. Atomic Eagle, de son côté, prévoit encore la vérification des données géologiques, une revue technique et la recherche d’une voie de financement. Son estimation de 116,5 millions de livres d’oxyde d’uranium U₃O₈ à 1 282 parties par million provient d’un référentiel canadien et reste déclarée à l’ASX comme estimation étrangère, non encore convertie au code australien JORC. Une estimation de ressource n’est pas une production réalisée, ni une recette pour le budget du Niger [4, 5].

Quarante pour cent de participation ne donnent pas quarante pour cent de décision

Le montage de Madaouela distribue plusieurs droits qu’il serait trompeur de confondre. Selon Atomic Eagle, les 40 % de l’État se décomposent en 15 % portés sans contribution et 25 % nécessitant une participation au financement. Faute d’apports futurs, cette seconde tranche peut subir une dilution selon une formule convenue. La société annonce en outre un crédit de 40 millions de dollars imputable sur les contributions futures de l’État. Ce crédit n’est pas un versement immédiat de 40 millions au Trésor. Le texte intégral de la convention serait nécessaire pour déterminer précisément la mise en œuvre, les échéances et les risques de dilution [4].

Les 10 millions de dollars annoncés par Niamey constituent une redevance initiale forfaitaire convenue, non un montant dont le paiement est déjà constaté. D’après Atomic Eagle, ils se décomposent en 5 millions dans les trente jours de la signature, selon la précision de son communiqué du 24 septembre, et 5 millions au commencement des travaux de construction. La seconde échéance dépend donc d’une étape non encore attestée. Le chiffre ne saurait être additionné au crédit de 40 millions comme s’il s’agissait de 50 millions de liquidités pour l’État [1, 4, 5, 8].

Atomic Eagle conserve la conduite des opérations. La convention décrite par la société prévoit la stabilisation de certaines règles juridiques et fiscales, l’accès à l’arbitrage international, des opérations bancaires hors du pays sous réserve des règles applicables et des contrats d’achat de production. Ces contrats requièrent l’approbation de l’État, avec un mécanisme d’accord réputé acquis après 90 jours selon l’entreprise. Celle-ci indique également des droits de commercialisation ou de préemption de l’État pouvant atteindre, dans certaines conditions, 50 % de la production, avec des protections pour les contrats déjà conclus. Ces pourcentages concernent des droits de vente ou d’enlèvement, pas une propriété additionnelle de la société ou une part garantie de profits [4].

Souveraineté minière : l’arbitrage concret entre propriété et capacités

Pour In Azaoua, une société publique peut disposer directement d’un titre et d’actifs miniers issus de la nationalisation. C’est un déplacement vérifiable du centre de décision affiché par l’État : il n’a plus besoin, pour poursuivre les travaux sur ce périmètre, d’un opérateur contrôlé majoritairement par Orano. Reste à mesurer les capacités effectives de TSUMCO à gérer l’extraction, la sécurité radiologique, l’entretien de l’outil industriel, les achats et les ventes, puis à publier ses coûts et ses recettes. La création d’une entreprise et l’obtention annoncée d’un permis ne démontrent pas, à elles seules, son autonomie technique ou la rentabilité de ses opérations [1, 7].

À Madaouela, la négociation apporte à l’État une participation déclarée substantielle et des droits de regard sur l’écoulement de l’uranium, mais laisse à l’investisseur majoritaire le pilotage minier. L’État doit donc protéger simultanément sa part dans les bénéfices, sa capacité de financer les 25 % contributifs et le pouvoir effectif des collectivités d’Arlit. En septembre, le ministre des Mines a défini publiquement le contenu local par la formation, le transfert de compétences et l’activité des entreprises nigériennes ; c’est un objectif politique documenté, dont la réalisation demandera des marchés attribués, des postes occupés, des salaires et des indicateurs vérifiables [8].

Les deux conflits ne se confondent pas. Atomic Eagle annonce des démarches destinées à mettre fin à l’arbitrage hérité de GoviEx après la signature de la convention. Cette perspective ne règle pas les litiges distincts engagés par Orano à propos de la SOMAÏR. Le groupe français continue de contester la nationalisation et a publié la teneur d’une mesure arbitrale concernant la commercialisation d’uranium de la SOMAÏR ; cette communication est celle d’une partie au procès et ne tranche pas la propriété finale des stocks. Présenter l’accord de Madaouela comme une pacification de l’ensemble du secteur uranifère nigérien serait donc inexact [5, 6, 9].

Les documents absents empêchent encore le calcul du gain réel

Pièces déterminantes manquantes : les décrets définitifs des permis et leurs annexes cadastrales ; le texte complet de la convention MAMICO–Niger ; le registre actualisé des actions de MAMICO ; les modalités chiffrées du crédit de 40 millions, de la dilution et de la redevance ; les études environnementales et sociales actualisées ; les états financiers et données de production de TSUMCO ; les contrats de vente, dont les prix et destinations. Leur absence n’annule pas les faits publiés par les signataires, mais empêche de calculer les recettes nettes, de vérifier les engagements locaux et de mesurer indépendamment les obligations de réhabilitation [1, 4, 5, 7, 8].

Une divergence dans la comparaison historique mérite clarification. L’ANP indique le 23 septembre que la part publique passe de 10 à 40 %. Or les états financiers 2024 de GoviEx attribuent explicitement à l’État 20 % de l’ancienne Compagnie minière de Madaouela (COMIMA) : 10 % gratuits prévus par la loi et 10 % supplémentaires obtenus en 2019 en contrepartie d’un règlement de dette de 14,5 millions de dollars. Comparer la participation totale donne donc 20 à 40 % ; comparer seulement les participations gratuites donne 10 à 15 %. Le « 10 % » de l’ANP ne restitue pas la totalité de l’ancienne participation documentée. La nouvelle société MAMICO reste une entité distincte de COMIMA [4, 8, 10].

Il manque enfin un suivi public des mesures d’eau, de poussières et de rayonnement ainsi que des consultations documentées des travailleurs et habitants concernés. Le gouvernement attribue à l’histoire minière locale des dommages autour de la nappe de Teloua, tandis qu’Orano conteste plusieurs accusations liées à son retrait. Ni un communiqué gouvernemental ni une réponse d’entreprise ne remplacent des relevés indépendants et comparables dans le temps. Le bénéfice public d’un changement de titulaire doit intégrer les coûts environnementaux et sanitaires, pas seulement la redevance et le capital social [6, 7].

Trois issues possibles pour juger la recomposition

Première issue : TSUMCO démontre une continuité de l’activité, publie des comptes auditables et finance la remise en état ; Madaouela obtient des capitaux tout en faisant travailler des entreprises nigériennes. La reprise de contrôle juridique se transforme alors en recettes, compétences et pouvoir industriel mesurables. Deuxième issue : le nouvel équilibre capitalistique de Madaouela existe sur le papier, mais la vérification des ressources, les études et le financement retardent la construction ; l’État ne perçoit que la première tranche éventuelle, sans les emplois annoncés. Troisième issue : un contentieux prolongé ou une difficulté commerciale pèse sur In Azaoua, pendant que des engagements financiers futurs diluent la participation contributive de Niamey à Madaouela. Ces scénarios sont des possibilités, non des prévisions [4, 5, 6].

À la date du 25 septembre 2026, la réponse est donc précise : le Niger a reconfiguré les titulaires et les droits de deux projets uranifères et signé une convention qui lui attribue 40 % de MAMICO. Il n’a pas démontré par ces seuls actes que les deux sites produiront davantage, que la totalité des revenus restera au pays ou que les coûts hérités seront couverts. Les prochains éléments décisifs sont les textes publiés, les comptes, les financements effectifs et les indicateurs vérifiables à Arlit.

Les textes et déclarations qui permettent de vérifier

  1. Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 21 août 2026, rubrique ministère des Mines, points 1.1 et 1.2 : nature des projets de décret, périmètre d’In Azaoua, destinataire de Madaouela I, redevance et engagements annoncés.
  2. Agence nigérienne de presse, compte rendu du Conseil des ministres du 31 juillet 2024 : motifs allégués, mises en demeure et retrait de Madaouela I.
  3. Agence nigérienne de presse, communiqué et chiffres de la nationalisation de la SOMAÏR, 19–20 juin 2025 : capital, transfert déclaré et position des autorités.
  4. Atomic Eagle, annonce réglementée à l’ASX du 24 août 2026, p. 4–5 : actions, dilution, crédit, échéancier, commercialisation, études et réserves techniques.
  5. Atomic Eagle, annonce réglementée à l’ASX du 24 septembre 2026, p. 1–5 : convention signée le 23 septembre, entrée en vigueur et travaux restant à accomplir.
  6. Orano, communiqué du 20 juin 2025 : contestation de la nationalisation par l’ancien actionnaire majoritaire.
  7. Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 18 mai 2026, points 5.2–5.3 : création annoncée de TSUMCO, dévolution du patrimoine et concession d’Arlit.
  8. Agence nigérienne de presse, compte rendu de la signature du 23 septembre 2026 : déclarations nigériennes et d’Atomic Eagle, contenu local et convention.
  9. Orano, communiqué du 26 septembre 2025 concernant la procédure SOMAÏR n° ARB/25/8 : description par la société de la mesure provisoire ; à distinguer de la procédure GoviEx sur Madaouela.
  10. GoviEx, états financiers consolidés intermédiaires du troisième trimestre 2024, note sur COMIMA : participation de l’État de 20 %, décomposée entre 10 % gratuits et 10 % acquis en contrepartie du règlement d’une dette.

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