845 salariés des écoles engagés vers la licence d’enseignant
Le Maryland a annoncé le 19 août 2026 une deuxième série d’attributions de son programme Grow Your Own Educators. 14,7 millions de dollars doivent soutenir 845 professionnels de l’éducation dans 13 systèmes scolaires locaux afin qu’ils obtiennent une licence complète d’enseignant tout en continuant à travailler dans leurs établissements.
Les principales enveloppes annoncées atteignent 3,6 millions de dollars pour Anne Arundel, 3,1 millions pour Frederick et 3 millions pour St. Mary’s. Charles et Howard doivent recevoir environ 1,5 million chacun ; un consortium de sept districts de l’Eastern Shore environ 1,1 million ; Worcester County Public Schools 829 234 dollars.
Le dispositif ne vise donc pas principalement des lycéens ou étudiants entrant directement à l’université. Il cherche d’abord à transformer en enseignants licenciés des personnes déjà présentes dans les écoles : para-éducateurs, professionnels de soutien et, selon les parcours, enseignants titulaires d’une licence conditionnelle. Le guide du Maryland décrit explicitement des modèles « para-to-teacher », des résidences, des apprentissages enregistrés et des parcours de mise en conformité pour les enseignants conditionnels.
Fait établi : l’argent public finance ici une transformation professionnelle interne au système scolaire autant qu’une politique classique de recrutement.
Pour les Afro-Américains, cette architecture revêt une importance particulière : les données du Maryland montrent qu’ils sont fortement représentés parmi les enseignants sous licence conditionnelle et que la loi impose aux programmes de recrutement de donner la priorité aux groupes raciaux et ethniques historiquement sous-représentés dans la profession.
Le Maryland tente de déplacer le coût de la formation hors du candidat
Le programme Grow Your Own Educators a été créé par la législation de 2024 puis substantiellement modifié en 2025. Son principe actuel est de construire des partenariats associant un système scolaire local, une organisation représentant les salariés et une institution d’enseignement supérieur du Maryland — ou, dans certains cas, un autre modèle de partenariat autorisé.
Le changement économique le plus concret apparaît dans la prise en charge des coûts d’accès au métier.
Le Code du Maryland exige que l’accord conclu avec l’établissement de formation contienne une disposition selon laquelle aucun candidat ne doit être obligé de payer les frais de scolarité, les livres ou les frais liés à son cursus. Le financement peut couvrir ces dépenses, les indemnités destinées aux enseignants mentors et certains coûts administratifs.
La communication gouvernementale qualifie ainsi le dispositif de parcours « debt-free ». Cette formulation doit être comprise dans son périmètre précis : les frais directement définis par le programme sont pris en charge, mais cela ne signifie pas nécessairement que tout coût indirect supporté par un candidat — transport, garde d’enfants ou autres dépenses personnelles éventuelles — soit remboursé.
Une autre nuance est importante : les 14,7 millions ne servent pas à payer directement les salaires des candidats. Le guide interdit l’utilisation de cette subvention pour les salaires, rémunérations ou allocations des apprentis et candidats GYO ; ces dépenses doivent provenir d’autres sources.
En revanche, la législation protège leur situation professionnelle : le système scolaire ne peut réduire leur rémunération ou leurs avantages du seul fait de leur participation au parcours. Le modèle permet donc, en principe, de continuer à percevoir son revenu professionnel pendant que les principaux coûts pédagogiques sont pris en charge.
C’est cette combinaison qui peut réellement modifier la barrière d’entrée. Une personne déjà employée comme para-éducateur n’a plus nécessairement à choisir entre conserver son emploi et suivre un cursus traditionnel à temps plein en assumant seule ses frais de formation.
Les besoins existent encore malgré la forte baisse des postes vacants
L’investissement intervient alors que le Maryland documente une amélioration très nette de son marché enseignant.
Les données présentées au State Board of Education en février 2026 recensent 886,2 postes d’enseignants vacants pour l’année scolaire 2025-2026, contre 1 619 l’année précédente. Le recul atteint 45,3 % en un an. Les vacances en enseignement spécialisé ont diminué de 21,4 %, et celles du primaire de 63,3 %.
Il serait donc inexact de présenter la nouvelle enveloppe de 14,7 millions comme la réaction à une pénurie qui s’aggraverait uniformément.
Mais 886 postes demeurent vacants, et les besoins diffèrent selon les disciplines et territoires. Le deuxième cycle GYO met précisément l’accent sur des secteurs considérés comme prioritaires, notamment l’enseignement spécialisé et la petite enfance.
Le programme est également conçu pour réduire la dépendance à la licence conditionnelle. En 2025-2026, le Maryland comptait 6 067 enseignants sous licence conditionnelle, soit 9,5 % de l’effectif enseignant selon le rapport du MSDE.
La deuxième série d’attributions illustre concrètement cette double stratégie. Anne Arundel, Frederick, Howard et St. Mary’s doivent développer des parcours permettant à des para-éducateurs et personnels de soutien d’obtenir diplôme et licence, tandis que le consortium de l’Eastern Shore doit offrir un parcours interne permettant à des enseignants conditionnels d’achever les exigences menant à la licence complète.
La politique poursuit donc deux objectifs distincts : faire entrer de nouveaux profils dans le corps enseignant et convertir en enseignants pleinement licenciés des personnes qui exercent déjà certaines fonctions scolaires.
Pour les enseignants noirs, le vivier se trouve déjà à l’intérieur des écoles
La dimension afrodescendante du dossier apparaît avec netteté dans les données de personnel.
En 2025-2026, les enseignants noirs ou afro-américains représentaient 22,1 % des enseignants du Maryland, contre 32,3 % des élèves. L’écart s’est réduit depuis 2021-2022, lorsque les proportions correspondantes étaient de 18,8 % et 33,2 %, mais il demeure important.
L’évolution des nouveaux entrants est différente. Parmi les enseignants en première année, la part des Noirs ou Afro-Américains est passée de 21 % en 2021-2022 à 33,4 % en 2024-2025, niveau maintenu à 33,4 % en 2025-2026. Le MSDE indique qu’il s’agit de la progression la plus importante observée parmi les groupes raciaux et ethniques représentés dans ce graphique.
Surtout, les candidats potentiels au passage vers une licence complète présentent un profil particulier. En 2025-2026, les personnes noires ou afro-américaines représentent 56 % des enseignants disposant d’une licence conditionnelle, alors que leur part dans l’ensemble du corps enseignant est beaucoup plus faible. Le rapport du MSDE souligne explicitement cette surreprésentation relative.
Cette donnée modifie l’analyse du programme.
Lorsqu’une politique facilite le passage de la licence conditionnelle à la licence professionnelle complète, elle intervient sur une catégorie dans laquelle les enseignants noirs sont particulièrement nombreux. Même sans quota racial spécifique, le mécanisme peut donc avoir une incidence notable sur leur mobilité professionnelle.
Mais cet effet ne doit pas être présumé.
Les documents annonçant les 845 participants ne publient pas leur répartition par race, sexe ou statut linguistique. Il est donc impossible d’affirmer aujourd’hui combien de bénéficiaires de cette deuxième série sont noirs ou afro-américains.
Le programme devra précisément produire ce type d’information : la loi exige la collecte annuelle de données sur la race, le genre, le statut linguistique, la rétention, les dépenses et, lorsqu’elle est disponible, la situation professionnelle des diplômés.
Une priorité à la diversité inscrite dans la loi, sans quota racial annoncé
Le cadre juridique va plus loin qu’une simple déclaration politique sur la diversité.
L’article 18-27A-03 exige que les partenaires présentent un plan de recrutement qui priorise les candidats et enseignants mentors issus de groupes raciaux et ethniques historiquement sous-représentés dans la profession, ainsi que la diversité linguistique.
Le guide du deuxième cycle reprend cette exigence et demande également des stratégies destinées à accroître la représentation masculine, notamment dans la petite enfance, le primaire et l’enseignement spécialisé.
Cela ne constitue toutefois pas un quota attribuant une fraction prédéterminée des 845 places aux candidats noirs.
Fait documenté : le critère de diversité influence la conception et le recrutement des programmes.
Ce qui n’est pas documenté : le nombre ou le pourcentage de candidats noirs effectivement sélectionnés dans les 13 systèmes scolaires de cette deuxième série.
L’enjeu de rétention est également central. Pour 2025-2026, le taux d’attrition des enseignants noirs ou afro-américains atteint 10,7 %, contre 7,4 % pour les enseignants blancs, 8,7 % pour les enseignants hispaniques ou latino-américains et 6 % pour les enseignants asiatiques. Les taux ont baissé pour tous les groupes, mais celui des enseignants noirs reste le plus élevé.
Cette donnée limite une lecture exclusivement centrée sur le recrutement. Produire davantage d’enseignants noirs ne suffit pas à augmenter durablement leur présence si leur taux de départ reste plus élevé.
Un programme plus large que les 14,7 millions annoncés en août
L’annonce du 19 août constitue la deuxième série d’attributions, et non l’ensemble du programme.
Le 23 avril 2026, le Maryland avait déjà annoncé 19 millions de dollars à 13 systèmes scolaires pour soutenir plus de 620 professionnels. Montgomery devait recevoir 6 millions, le consortium de l’Eastern Shore 4,6 millions, Prince George’s 3 millions et Charles 2 millions, notamment.
Plusieurs bénéficiaires apparaissent dans les deux séries. L’administration indique qu’au total 16 districts distincts ont reçu des financements GYO en 2026.
Les deux annonces représentent donc 33,7 millions de dollars d’attributions annoncées, mais le nombre de personnes soutenues ne doit pas être additionné mécaniquement. Les documents publics ne précisent pas suffisamment si certaines catégories ou cohortes comptabilisées lors des deux annonces se chevauchent.
Une seconde question financière apparaît à la lecture du guide officiel.
Pour le deuxième cycle, le MSDE indiquait 19,4 millions de dollars disponibles et anticipait environ 24 attributions. L’annonce du 19 août ne fait état que de 14,7 millions distribués à 13 systèmes scolaires.
La différence est d’environ 4,7 millions de dollars.
Les documents publics examinés ne précisent pas si ce solde doit faire l’objet d’attributions ultérieures, s’il correspond à des propositions non retenues, s’il doit être réaffecté ou si la différence tient à un périmètre budgétaire différent.
Il serait donc prématuré de présenter les 14,7 millions comme la totalité du financement initialement disponible pour ce deuxième cycle.
Une contradiction de durée apparaît dans les textes applicables
Un autre point mérite une attention juridique particulière.
La page opérationnelle du programme et l’article 18-27A-02 du Code du Maryland indiquent qu’un candidat doit s’engager à accomplir trois années de service à temps plein dans un établissement, un niveau ou un domaine considéré comme prioritaire, au sein du système scolaire qui l’emploie. Le guide exige également des bénéficiaires une attestation portant sur trois ans.
Mais l’article 18-27A-04(j), dans la version législative officielle actuellement publiée, indique toujours qu’un candidat doit accomplir une obligation de service d’au moins deux ans dans un domaine connaissant une pénurie d’éducateurs.
Les modifications législatives de 2025 montrent elles-mêmes la coexistence de ces deux formulations : trois ans dans l’article 18-27A-02, deux ans dans l’article 18-27A-04.
Zone d’incertitude juridique : les documents opérationnels du MSDE appliquent clairement une obligation de trois ans aux candidats de ce cycle, mais les sources publiques consultées n’expliquent pas la persistance de la référence statutaire à deux ans.
Cette contradiction n’empêche pas de comprendre les conditions pratiques de la subvention, puisque le guide impose trois ans. Elle mérite cependant clarification pour déterminer précisément l’articulation juridique entre les deux sections du Code.
L’accès au métier ne sera démontré que par les taux de licence et de maintien en poste
Le programme est prévu sur une période allant du 1er juillet 2026 au 30 juin 2030 pour le deuxième cycle. Il ne peut donc pas encore être évalué sur ses résultats finaux.
Plusieurs indicateurs permettront d’en mesurer la portée réelle.
Le premier sera le taux de réussite : combien des 845 professionnels annoncés achèveront leur formation et obtiendront effectivement une licence complète ?
Le deuxième sera économique : combien auront suivi le parcours sans supporter les frais universitaires que le programme est conçu pour éliminer ?
Le troisième sera démographique : quelle sera la proportion de candidats noirs, latino-américains, asiatiques ou issus d’autres groupes historiquement sous-représentés parmi les entrants, les diplômés et les enseignants toujours en poste plusieurs années après ?
Le quatrième sera territorial : les districts actuellement les plus confrontés aux pénuries conserveront-ils les nouveaux enseignants après leur obligation de service ?
Enfin, il faudra comparer les taux de rétention. La baisse actuelle des vacances constitue un contexte favorable, mais elle avait commencé avant l’annonce de cette seconde enveloppe. Les 886,2 postes vacants recensés pour 2025-2026 ne peuvent donc pas être attribués aux subventions annoncées en août.
Si une part substantielle des para-éducateurs et professionnels de soutien achève le parcours puis reste dans l’enseignement au-delà de son obligation contractuelle, le Maryland pourrait renforcer une filière de recrutement moins dépendante du modèle universitaire traditionnel.
Pour les Afro-Américains, l’effet pourrait être particulièrement important si le programme transforme durablement en enseignants pleinement licenciés la forte proportion de professionnels noirs actuellement présents dans les catégories conditionnelles.
Mais ces résultats ne sont pas encore établis.
Pour les communautés noires, la question passe du recrutement à la progression professionnelle
La lecture afrocentrée de cette politique ne se limite pas à demander combien de nouveaux enseignants noirs seront recrutés.
Les données montrent déjà l’existence d’un réservoir professionnel noir au sein du système scolaire : 56 % des enseignants sous licence conditionnelle sont noirs ou afro-américains, tandis que les Noirs représentent 22,1 % du corps enseignant total.
Le programme peut donc être analysé comme une politique de mobilité professionnelle : permettre à une personne déjà présente dans une école, parfois depuis plusieurs années, de convertir son expérience et sa formation complémentaire en qualification officielle et en accès au statut complet d’enseignant.
Cette configuration peut réduire trois obstacles simultanément : le coût de la formation, la nécessité de quitter son emploi pour étudier et la difficulté de trouver un premier terrain professionnel après le diplôme.
Elle n’élimine toutefois pas les autres déterminants de carrière : conditions de travail, rémunération, affectation, soutien administratif, accès au mentorat et possibilités d’évolution restent déterminants dans la rétention.
Le taux d’attrition plus élevé des enseignants noirs indique précisément que la question de la présence afro-américaine dans l’éducation ne peut être résolue uniquement à l’entrée du métier.
L’évaluation du programme devra donc poser deux questions successives : qui accède à la licence grâce à cette politique, puis qui reste durablement dans la profession ?
Les documents qui permettent de suivre le programme
Bureau du gouverneur du Maryland. Les communiqués du 23 avril et du 19 août 2026 établissent les deux séries d’attributions, les montants, les districts concernés et les effectifs annoncés.
Maryland State Department of Education. Le guide du deuxième cycle détaille les parcours autorisés, la période 2026-2030, l’utilisation des fonds, les restrictions budgétaires, les obligations de recrutement et les modalités d’évaluation.
General Assembly of Maryland. Les articles 18-27A-02 à 18-27A-06 définissent les bénéficiaires, les partenariats, l’absence de frais de cursus pour les candidats, les critères de diversité et les obligations de collecte de données. Ils font également apparaître la divergence actuellement observable entre les références à deux et trois années de service.
Maryland State Board of Education. Le rapport de février 2026 fournit les données récentes sur les vacances, les licences conditionnelles, la diversité et l’attrition du corps enseignant.

