Bamako remet dix permis d’exploration dans le circuit minier
Le 21 août 2026, le Conseil des ministres malien a adopté dix projets de décret renouvelant des permis de recherche d’or, de lithium et de substances minérales du groupe 2. Sept concernent un premier renouvellement de permis aurifères ; trois autres portent sur un deuxième renouvellement, dont deux permis de lithium et un permis d’or.
Le terme « relance » doit être compris avec précision. Il ne s’agit ni de dix nouveaux titres attribués à de nouveaux opérateurs ni de dix gisements économiquement prouvés. Les sociétés disposaient déjà de permis délivrés entre 2018 et 2022. Le Gouvernement autorise la poursuite de travaux d’exploration interrompus ou retardés par la suspension des renouvellements de titres miniers intervenue entre décembre 2022 et mars 2025.
Les autorités justifient ces renouvellements par des travaux antérieurs ayant mis en évidence des anomalies géologiques qui méritent des investigations supplémentaires. Une anomalie n’est toutefois pas une réserve ni une ressource minérale certifiée. Le passage à l’exploitation exigera encore la démonstration d’un gisement économiquement exploitable, des études techniques, environnementales et financières ainsi qu’une nouvelle décision administrative.
La suspension de 2022 à 2025 a créé un stock de dossiers à régulariser
Le Conseil des ministres indique explicitement que les dix permis ont été affectés par la suspension du renouvellement des titres miniers entre décembre 2022 et mars 2025. La reprise des décisions en 2026 intervient donc après une période de gel administratif durant laquelle le Mali révisait son architecture minière.
Cette période a coïncidé avec l’adoption du nouveau Code minier et de la loi relative au contenu local en août 2023, puis avec leurs textes d’application en juillet 2024. Le Gouvernement présente cette réforme comme le passage d’un modèle centré sur l’attraction des investisseurs à un « code de développement » visant davantage de recettes publiques, de participation nationale, de sous-traitance locale et de transformation.
En avril 2026, le ministère des Mines a également présenté un nouveau cadastre minier entièrement numérique, conçu par des cadres de l’administration malienne. Le système doit réduire les superpositions de titres, accélérer les procédures et interconnecter les informations minières avec le Trésor et l’administration fiscale. Le ministère indiquait alors que 631 titres miniers y étaient déjà enregistrés.
Les dix renouvellements du 21 août s’inscrivent donc dans une remise en mouvement du cadastre après le gel, mais aussi dans un environnement réglementaire plus exigeant. L’enjeu n’est pas seulement de réactiver l’exploration : il est de savoir si cette reprise sera mieux suivie, mieux documentée et davantage reliée aux intérêts économiques nationaux.
Sept permis d’or et trois titres arrivés à leur deuxième renouvellement
Les sept premiers renouvellements concernent LILI SARL à Badjila, dans le cercle de Kangaba ; L’HORIZON SARL à Téguéré-Ouest, cercle de Kadiolo, et à Babara-Sud, cercle de Kéniéba ; FAYA MINING SARL à Diatissan-Sud, cercle de Kéniéba, à Dialakoroba-Soundougou, cercle de Bougouni, et à Lofiné, cercle de Kadiolo ; enfin CORA RESOURCES MALI SARL à Sanankoro II, cercle de Kangaba.
Ces permis avaient été attribués en 2021 et 2022. Le Conseil des ministres précise que leur premier renouvellement autorise une période supplémentaire de trois ans. Selon le Code minier, un permis de recherche est valable trois ans et peut être renouvelé deux fois, chaque période de renouvellement étant elle-même de trois ans.
Trois autres titres passent au deuxième renouvellement : INTERMIN LITHIUM SARL à Faraba, cercle de Bougouni, et à Gouna, cercle de Kolondiéba, pour le lithium ; TROPICAL GOLD DU MALI SARL à Kangaré, cercle de Yanfolila, pour l’or. Ces permis avaient été accordés en 2018 et avaient déjà été renouvelés une première fois en 2022.
Le deuxième renouvellement est donc particulièrement important : il ouvre la dernière période normale prévue par le Code pour démontrer l’existence d’un gisement exploitable. Si les résultats restent insuffisants au terme de cette phase, les sociétés ne disposent pas d’un troisième renouvellement ordinaire prévu par le régime général.
Renouveler un permis ne valide ni la ressource ni la future mine
Le Gouvernement affirme que les travaux déjà réalisés ont révélé plusieurs « anomalies » justifiant de poursuivre les recherches. Cette formulation correspond à une étape classique de l’exploration : géochimie, géophysique, cartographie ou forages peuvent identifier des signaux intéressants sans établir encore la taille, la teneur, la continuité ou la rentabilité d’un gisement.
Le Code minier lie le passage à l’exploitation à la preuve de l’existence d’un gisement économiquement exploitable et au respect des obligations contractuelles. Les dix décisions du 21 août ne valent donc ni permis d’exploitation ni décision d’investissement. Elles prolongent une phase de dépense et de réduction de l’incertitude géologique.
Cette distinction est particulièrement sensible pour le lithium. Les cours internationaux, les coûts de concentration, l’accès à l’énergie, à l’eau et aux routes, la qualité du spodumène ou d’autres minéraux porteurs et la distance jusqu’aux marchés peuvent modifier fortement la viabilité d’un projet. Un indice géologique prometteur ne garantit pas une mine rentable.
Pour l’or, le Mali dispose d’un secteur industriel beaucoup plus mature, mais le principe reste identique. La rentabilité d’une nouvelle découverte dépend de la teneur, du volume, du coût d’extraction, de la métallurgie, des infrastructures, de la fiscalité, de la sécurité et du prix du métal. L’article ne transforme donc aucune des dix zones en future mine acquise.
Or et lithium placent la diversification minière au cœur de la stratégie
Le poids de l’or reste central dans l’économie malienne. Le FMI prévoit en 2026 une amélioration du commerce extérieur portée par des prix élevés de l’or, un rebond de la production et des exportations de lithium plus fortes qu’anticipé. Cette combinaison montre que la diversification vers le lithium commence à compter macroéconomiquement, sans avoir encore remplacé l’or comme pilier du secteur.
Les renouvellements de Faraba et Gouna ont donc une portée particulière. Ils prolongent l’exploration d’un métal stratégique pour les batteries et le stockage électrique au moment où le Mali cherche à élargir sa base minière. La présence d’une industrie du lithium ailleurs dans le pays crée un environnement de compétences, d’infrastructures et de négociation qui peut influencer les projets futurs, mais chaque permis conserve son propre risque géologique.
Pour une perspective africaine, le véritable enjeu n’est pas seulement de découvrir davantage de minerai. Le nouveau Code et la loi sur le contenu local visent à intégrer davantage l’industrie minière à l’économie nationale, renforcer les entreprises maliennes et développer les compétences des travailleurs. La valeur créée par l’exploration dépend donc aussi de la part des contrats de forage, laboratoires, géologie, transport et services qui reste au Mali.
Les données géologiques constituent elles-mêmes un actif stratégique. Une administration capable de conserver, vérifier et exploiter les résultats des campagnes privées réduit sa dépendance informationnelle vis-à-vis des opérateurs. Le nouveau cadastre numérique peut contribuer à cette souveraineté si les données techniques y sont reliées à des obligations de reporting contrôlables.
Les programmes de travaux et les engagements financiers restent invisibles
La première limite documentaire tient aux projets de décret eux-mêmes. Le communiqué du 21 août nomme les sociétés, les zones et le type de renouvellement, mais ne publie pas les textes intégraux avec les superficies, coordonnées, programmes de travaux, budgets d’exploration, obligations environnementales ou échéances intermédiaires.
La deuxième concerne les anomalies invoquées. Les sources gouvernementales ne précisent ni leur nature, ni le nombre de forages réalisés, ni les teneurs mesurées, ni les ressources éventuellement calculées. Il est donc impossible de comparer la maturité géologique de Badjila, Sanankoro II, Faraba, Gouna ou Kangaré à partir du seul communiqué.
La troisième question porte sur la structure de propriété et les capacités financières des titulaires. Les sources institutionnelles consultées ne donnent pas, pour chaque société, les bénéficiaires effectifs actualisés, les partenaires financiers ni la preuve publique des capitaux nécessaires pour conduire trois années supplémentaires de recherche.
Enfin, l’application du contenu local devra être vérifiée. Les nouvelles règles existent et un Secrétariat permanent du contenu local a été installé en 2026, mais aucun indicateur public spécifique aux dix permis ne permet encore de mesurer la part des achats maliens, les emplois locaux, la formation, les sous-traitants ou le transfert de compétences liés aux nouvelles campagnes.
La reprise s’élargit déjà au-delà des dix permis du 21 août
Le mouvement ne s’est pas arrêté aux décisions du 21 août. Le 2 septembre 2026, le Conseil des ministres a adopté quatre nouveaux projets de décret portant premier renouvellement de permis aurifères à Ourounia, Dézébéla, Faladiè-Nord et Liberta-Sud. Le Gouvernement cite à nouveau la suspension de décembre 2022 à mars 2025 et les anomalies issues des travaux de recherche pour justifier la poursuite des campagnes.
Cette séquence suggère que l’administration traite progressivement un stock plus large de titres affectés par le gel. Elle rend aussi plus importante la capacité du cadastre à hiérarchiser les dossiers, vérifier les obligations passées et éviter que le renouvellement ne devienne automatique sans contrôle technique.
Un scénario favorable verrait les campagnes renouvelées produire des découvertes suffisamment robustes pour générer de nouveaux projets d’exploitation, sous le cadre 2023 et avec davantage de contenu local. Un scénario intermédiaire conduirait à quelques succès seulement, ce qui reste normal dans une activité d’exploration à risque élevé.
Un scénario défavorable apparaîtrait si les renouvellements prolongeaient des titres sans budgets suffisants ni progrès géologiques mesurables. Les indicateurs à suivre sont donc les dépenses effectivement engagées, les mètres forés, les résultats analytiques, les ressources certifiées, les permis passant à l’exploitation, les contrats attribués aux entreprises maliennes et la publication régulière des données du cadastre.
Les documents qui fondent l’enquête
- Gouvernement de la République du Mali, Conseil des ministres du 21 août 2026, dix projets de décret portant renouvellement de permis de recherche d’or, de lithium et de substances minérales du groupe 2.
- Primature de la République du Mali, communiqué du Conseil des ministres du 21 août 2026, confirmation des sociétés, localités, périodes de renouvellement et suspension des renouvellements entre décembre 2022 et mars 2025.
- Ministère des Mines du Mali, Loi n° 2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier, dispositions relatives à la durée et au renouvellement des permis de recherche.
- Ministère des Mines du Mali, décrets d’application du Code minier et de la loi relative au contenu local, juillet 2024.
- Ministère des Mines du Mali, 17 avril 2026, présentation du nouveau cadastre minier numérique et annonce de 631 titres enregistrés.
- Ministère des Mines du Mali, février 2026, installation du Secrétariat permanent du contenu local.
- Fonds monétaire international, Mali – deuxième revue du programme suivi par les services du FMI, 2026, perspectives sur l’or, le lithium et la balance commerciale.
- Gouvernement de la République du Mali, Conseil des ministres du 2 septembre 2026, renouvellement de quatre permis aurifères supplémentaires dans la continuité de la reprise administrative.

