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De la catastrophe de l’Aral à une priorité budgétaire et climatique

Fait établi — en 2026, la région de la mer d’Aral n’est plus traitée par Tachkent comme un dossier environnemental isolé. Elle se trouve au croisement de la politique de l’eau, de la lutte contre la désertification, de l’adaptation climatique, du reboisement et du développement régional. Dans son adresse du 26 décembre 2025 fixant les priorités de 2026, le président Shavkat Mirziyoyev a inscrit l’équilibre écologique, l’énergie verte et l’usage rationnel de l’eau parmi les six priorités nationales.

Fait documenté — cette priorité s’accompagne de moyens annoncés. Pour 2026, la présidence a indiqué 1,9 trillion de soums pour le secteur environnemental et 3,3 trillions pour les technologies d’économie d’eau. Dans le Karakalpakstan, le Khorezm, Boukhara et Navoï, le programme prévoit 250 000 hectares de plantations, dont 115 000 sur le fond asséché de l’Aral. Ces chiffres sont des objectifs et allocations programmés : ils ne prouvent ni l’exécution intégrale des dépenses ni la survie des plantations.

Analyse — l’objectif n’est plus de prétendre reconstituer la mer telle qu’elle existait avant son effondrement, perspective que les documents consultés ne présentent pas comme réaliste, mais de stabiliser les terres, réduire les poussières salines, sécuriser l’eau et créer des activités compatibles avec un territoire beaucoup plus aride.

Reboiser le fond asséché sans confondre plantation et restauration

Fait établi — au printemps 2026, les autorités ouzbèkes indiquaient que des plantations protectrices couvraient environ 2 millions d’hectares du fond asséché de l’Aral. Le saxaul et d’autres espèces adaptées au sel et à la sécheresse sont utilisés pour fixer les sols. En 2025, le Comité national pour l’écologie avait par ailleurs documenté 150 700 hectares d’actions de stabilisation, dont 145 200 sur le fond asséché et les zones adjacentes.

Fait documenté — ces séries ne sont pas directement additionnables. Une publication de mars 2026 évoque 645 000 hectares de forêts créées ou restaurées sur le fond asséché et dans la région, tandis que d’autres communications font état de 2 millions d’hectares de plantations protectrices. Périmètres, périodes et définitions diffèrent.

Analyse d’investigation — le véritable indicateur de réussite n’est pas le nombre d’hectares semés mais leur survie, la stabilisation durable des sols et la réduction des poussières. Les documents publics détaillent mieux les superficies plantées que les taux de survie à long terme, les effets sanitaires ou la diminution mesurée des concentrations de sel et de poussières.

NDC 3.0, loi carbone et registre : la politique climatique se structure

Fait établi — la priorité climatique dépasse l’Aral. L’Ouzbékistan a soumis sa troisième contribution déterminée au niveau national, NDC 3.0, en novembre 2025. En avril 2026, le Comité national pour l’écologie a confirmé un objectif de réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB d’ici 2035 par rapport à 2010, avec une orientation vers la neutralité carbone en 2055.

Fait établi — la loi n° 1073 sur la limitation des émissions, signée le 7 juillet 2025 et prévue pour entrer en vigueur six mois plus tard, crée un cadre de comptabilité, suivi, reporting et vérification. Le décret présidentiel n° PD-110 organise la participation aux mécanismes de l’article 6 de l’Accord de Paris et prévoit, à partir de 2026, un registre national des unités carbone.

Analyse — cette architecture rapproche adaptation et décarbonation, mais ne garantit pas l’intégrité environnementale. Sa crédibilité dépendra de la qualité du MRV, de l’additionnalité des projets, de la transparence des autorisations et de l’absence de double comptage. Pour l’Aral, les revenus climatiques ne constitueront un succès que s’ils financent des résultats locaux vérifiables.

Dans le delta de l’Amou-Daria, les projets passent au terrain

Faits documentés — en 2026, plusieurs projets sont entrés dans une phase opérationnelle. Le 13 avril, le comité de pilotage d’Aral Sea Wetlands, mis en œuvre par le Comité national pour l’écologie avec le PNUD et le Fonds pour l’environnement mondial, a signalé le lancement de plantations de saxaul sur des terres dégradées et le renforcement de la gestion d’aires protégées couvrant plus de 757 000 hectares. Un mécanisme de micro-subventions destiné notamment aux agriculteurs et communautés locales a aussi été annoncé.

Fait établi — le 2 juin, les autorités chargées de l’écologie, de l’eau et de l’agriculture ont signé le concept d’un plan de gestion intégrée des ressources en eau pour le bassin inférieur de l’Amou-Daria. Le 19 août, le septième comité de coordination du projet a examiné les résultats du deuxième trimestre, les priorités budgétaires, la restauration des terres salinisées et un concours d’innovation du PNUD.

Analyse — le dispositif évolue ainsi d’une logique dominée par le reboisement vers une approche associant zones humides, agriculture, biodiversité, données et moyens d’existence. C’est essentiel : la crise de l’Aral est aussi une crise systémique de l’eau et des usages du territoire.

Pour l’Afrique, la leçon utile est l’intégration entre terres, eau et revenus

Analyse afrocentrée — l’expérience ouzbèke n’est pas un modèle à transposer mécaniquement en Afrique. Le bassin de l’Aral, le Sahel, le lac Tchad, le Kalahari ou le Namib ont des histoires hydrologiques et sociales différentes. La comparaison devient utile lorsqu’elle porte sur les instruments : restauration des terres, suivi scientifique, gestion transfrontalière de l’eau, finance climatique et protection des moyens d’existence.

Fait documenté — l’Union africaine a révisé sa stratégie de Grande Muraille verte pour 2024-2034 afin de dépasser l’image d’une simple bande d’arbres et de promouvoir une restauration intégrée des paysages et des économies résilientes. En juin 2026, le Fonds pour l’environnement mondial a approuvé près de 4 millions de dollars pour accélérer cette approche en Afrique australe, notamment dans les espaces du Kalahari et du Namib.

Analyse — la leçon institutionnelle est claire : les politiques de désertification sont plus crédibles lorsqu’elles sont rattachées à des budgets, des systèmes de données et des mécanismes de suivi. La souveraineté climatique suppose aussi que données, crédits carbone, technologies de télédétection et revenus des projets restent gouvernés par des règles publiques transparentes et bénéficient aux communautés.

Les hectares annoncés ne suffisent pas à mesurer l’efficacité

Zones d’incertitude — plusieurs indicateurs restent insuffisamment documentés : taux de survie des plantations sur plusieurs années, densité réelle, effet sur les tempêtes de poussière, évolution de la salinité, gains sanitaires et revenus durables des ménages du Karakalpakstan. Il manque encore des séries homogènes permettant une évaluation complète.

Zone d’incertitude — les 1,9 trillion de soums annoncés pour l’environnement en 2026 ne sont pas ventilés, dans les sources consultées, de façon assez fine pour isoler la part directement consacrée à l’Aral. Les 3,3 trillions destinés aux technologies d’économie d’eau relèvent également d’une politique nationale. Aucun de ces montants ne doit être présenté comme un budget spécifique de l’Aral.

Fait documenté — au sommet du Fonds international pour sauver la mer d’Aral du 22 avril 2026, Shavkat Mirziyoyev a averti que le déficit hydrique du bassin pourrait, selon les estimations citées, approcher 20 milliards de mètres cubes par an à l’horizon 2040. Il a aussi indiqué que les technologies économes en eau couvrent déjà 60 % des terres irriguées. Ces chiffres décrivent l’effort national ; leur effet direct sur l’écologie de l’Aral n’est pas démontré.

Une « économie du désert » ouvre une nouvelle phase, encore à démontrer

Fait établi — le 4 juin 2026, à l’ouverture de la huitième Assemblée du Fonds pour l’environnement mondial à Samarcande, Shavkat Mirziyoyev a proposé une initiative d’« économie du désert » dans la région de l’Aral, combinant lutte contre la désertification, ceintures vertes, adaptation climatique et financement international. Il a aussi annoncé la création d’un Centre national d’hydrométéorologie et de changement climatique et un consortium interétatique « Clean Air » avec le Kazakhstan.

Fait établi — le 22 avril, les États fondateurs du Fonds international pour sauver la mer d’Aral ont décidé que l’Ouzbékistan assurerait sa présidence pour 2027-2029. Tachkent veut utiliser cette séquence pour renforcer la coopération régionale sur l’eau et promouvoir 2026-2036 comme décennie d’actions pratiques pour l’usage rationnel de l’eau en Asie centrale.

Projection — si ces initiatives se traduisent par des projets financés, des données ouvertes et une coopération hydrologique réelle, l’Aral pourrait devenir un laboratoire de résilience en milieu aride. Mais l’« économie du désert » reste, au 5 septembre 2026, une orientation politique en construction : projets, règles de partage de la valeur et indicateurs sociaux ne sont pas encore assez détaillés pour parler d’un modèle opérationnel.

Sources institutionnelles : la priorité est établie, l’impact reste à mesurer

Sources institutionnelles principales — Présidence de la République d’Ouzbékistan, adresse du 26 décembre 2025 sur les priorités de 2026 ; Présidence, intervention à la huitième Assemblée du Fonds pour l’environnement mondial, 4 juin 2026 ; ministère des Affaires étrangères, sommet du Fonds international pour sauver la mer d’Aral, 22 avril 2026 ; Comité national pour l’écologie et le changement climatique, communiqués sur la NDC 3.0, les zones humides, la gestion de l’Amou-Daria et le reboisement ; ministère de l’Économie et des Finances, loi sur les émissions et article 6 ; PNUD Ouzbékistan ; CCNUCC ; Union africaine et Banque africaine de développement pour la comparaison avec la Grande Muraille verte.

Robustesse des faits — l’existence de la priorité politique, les allocations annoncées, le cadre climatique, la NDC 3.0, les projets Aral Sea Wetlands et les initiatives régionales sont établis ou solidement documentés. Les conclusions sur l’efficacité écologique à long terme doivent rester prudentes : leurs effets sur les poussières, la santé, la biodiversité, la productivité et la sécurité hydrique exigent plusieurs années de données comparables.

Conclusion — au 5 septembre 2026, il est établi que l’Ouzbékistan place la région de la mer d’Aral au cœur de sa politique environnementale et climatique. Il serait prématuré d’affirmer que cette priorité a déjà inversé les conséquences écologiques de la catastrophe. La politique est réelle ; son efficacité durable reste à démontrer.

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