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Deux débouchés maintenus malgré un recul des volumes au premier semestre

Fait établi — le Tadjikistan continue en 2026 de vendre de l’électricité à ses deux principaux voisins clients, l’Afghanistan et l’Ouzbékistan. Le ministère de l’Énergie et des Ressources hydriques indique qu’au premier semestre les exportations ont atteint 1,045 milliard de kWh pour 292,2 millions de somonis. L’Afghanistan a reçu 702,7 millions de kWh, pour 283,9 millions de somonis, et l’Ouzbékistan 338,9 millions de kWh. À cela s’ajoutent 3,1 millions de kWh exportés par Pamir Energy. Le maintien des deux marchés n’est donc pas une projection : il est directement documenté par les données ministérielles arrêtées à juin 2026.

La dynamique est toutefois moins favorable qu’en 2025. Le volume total du premier semestre recule de 78,1 millions de kWh, soit 7 % sur un an, tandis que la production nationale atteint 11,656 milliards de kWh, en baisse de 1,3 %. Cette contraction interdit de confondre « maintien » et « expansion ». Elle montre plutôt que Douchanbé conserve ses débouchés régionaux tout en ajustant les quantités aux disponibilités hydrologiques et aux besoins internes. Le ministère précise qu’environ 90 % des exportations du semestre ont été réalisées entre avril et juin, au moment où la hausse des débits soutient la production hydroélectrique.

Une relation énergétique différente avec Kaboul et Tachkent

Faits documentés — les deux débouchés n’ont pas la même fonction. L’Afghanistan demeure le premier marché commercial de l’électricité tadjike. En 2025, les ventes commerciales avaient atteint 1,760 milliard de kWh vers l’Afghanistan et 894,7 millions de kWh vers l’Ouzbékistan, contre seulement 11,5 millions de kWh vers le Kirghizistan. Au premier semestre 2026, la hiérarchie reste inchangée : près de deux tiers des volumes exportés vont vers l’Afghanistan. Cette continuité s’appuie sur des interconnexions bilatérales anciennes et sur une demande afghane structurellement dépendante des importations régionales.

Avec l’Ouzbékistan, la relation est davantage bidirectionnelle et saisonnière. Le Tadjikistan exporte son surplus hydroélectrique lorsque les apports en eau sont élevés, mais importe aussi de l’électricité ouzbèke lorsque son propre système est sous tension. Les chiffres officiels de 2025 sont révélateurs : 894,7 millions de kWh ont été exportés vers l’Ouzbékistan, tandis que 2,688 milliards de kWh ont été importés depuis ce pays sur l’ensemble de l’année. Il serait donc trompeur de décrire Douchanbé comme un fournisseur structurel unidirectionnel de Tachkent. La relation fonctionne plutôt comme un mécanisme de complémentarité saisonnière, encore imparfait mais stratégique pour l’équilibrage des réseaux.

Le commerce repose encore sur les lignes existantes, pas sur CASA-1000

Fait établi — les flux observés en 2026 vers l’Afghanistan ne doivent pas être attribués à CASA-1000. Ce projet régional, destiné à acheminer l’hydroélectricité excédentaire du Tadjikistan et du Kirghizistan vers l’Afghanistan et le Pakistan, n’est pas encore entré en exploitation commerciale. En janvier 2026, la Banque mondiale indiquait que les installations du Tadjikistan, du Kirghizistan et du Pakistan étaient largement achevées, mais que la section afghane restait nécessaire pour tester puis exploiter l’ensemble du système. Le ministère tadjik a confirmé en avril que les travaux afghans se poursuivaient et qu’une mise en service était attendue en 2027.

L’analyse conduit donc à séparer deux réalités. D’une part, le commerce actuel avec l’Afghanistan est une activité déjà ancienne, réalisée par les interconnexions bilatérales existantes. D’autre part, CASA-1000 constitue une extension future de capacité et de marché, avec le Pakistan comme débouché supplémentaire et l’Afghanistan comme pays de transit et acheteur potentiel. Cette distinction est essentielle pour ne pas gonfler artificiellement la portée des exportations 2026. Les recettes constatées aujourd’hui viennent des mécanismes existants ; les revenus supplémentaires associés à CASA-1000 restent une projection conditionnée à l’achèvement, aux essais techniques et au démarrage commercial du corridor.

Avec l’Ouzbékistan, l’intégration du réseau progresse mais reste inachevée

Faits établis — le 12 février 2026, les ministres Daler Juma et Jurabek Mirzamakhmudov ont explicitement discuté de la coordination des exportations et importations d’électricité, notamment pour la période automne-hiver, ainsi que du projet de reconnexion au système électrique unifié d’Asie centrale. La partie ouzbèke a également fait état de la volonté d’accroître les échanges d’électricité. Cette coopération donne un cadre politique au caractère saisonnier des flux observés dans les statistiques tadjikes.

L’infrastructure n’est cependant pas entièrement stabilisée. La Banque asiatique de développement classe encore en 2026 comme actifs les projets de reconnexion du Tadjikistan au Central Asian Power System et d’extension des interconnexions avec l’Ouzbékistan. Les travaux portent sur la protection des réseaux, les postes de 220 et 500 kV, de nouvelles liaisons et la capacité de fonctionnement en parallèle. L’objectif n’est pas seulement d’exporter davantage : il est de permettre au Tadjikistan d’acheter, vendre et équilibrer plus efficacement selon les saisons. Tant que ces travaux ne sont pas achevés et que les règles de marché ne sont pas pleinement harmonisées, le commerce reste en grande partie bilatéral et administré.

Pour l’Afrique, la leçon est la réciprocité énergétique plutôt que l’autarcie

Analyse afrocentrée — l’expérience tadjike intéresse directement les États africains qui disposent de surplus hydroélectriques, solaires ou gaziers à certaines périodes mais connaissent des déficits à d’autres. Elle montre qu’un pays peut être simultanément exportateur et importateur sans perdre mécaniquement sa souveraineté énergétique. La question décisive est de savoir qui fixe les règles, comment les prix sont déterminés, quelles capacités sont réservées à la consommation nationale et si les recettes du commerce transfrontalier renforcent effectivement les réseaux, les opérateurs et l’industrialisation locale.

Cette logique rejoint l’African Single Electricity Market. En juillet 2026, l’Union africaine a placé l’AfSEM dans une phase d’exécution centrée sur le commerce transfrontalier, l’harmonisation réglementaire, les interconnexions et la performance des compagnies publiques. En Afrique de l’Ouest, la Banque mondiale indique que plus de 4 000 km de lignes à haute tension relient désormais quinze pays et qu’environ 8 % de l’électricité régionale est échangée. La comparaison ne signifie pas que le modèle centre-asiatique doit être copié. Elle souligne plutôt qu’un marché régional utile à l’Afrique doit pouvoir transformer les différences de saisons, de coûts et de ressources entre pays en sécurité collective, sans sacrifier l’accès domestique.

Les contrats, les tarifs et la priorité au marché intérieur restent les angles morts

Zones d’incertitude — les volumes sont bien documentés, mais les paramètres commerciaux 2026 le sont beaucoup moins. Les publications ministérielles donnent la valeur des ventes vers l’Afghanistan, mais ne détaillent pas dans le même document le tarif appliqué à l’Ouzbékistan, les clauses d’ajustement, les garanties de paiement, les pénalités éventuelles ou les règles précises de réduction des livraisons en cas de tension sur le marché intérieur. L’existence des échanges est certaine ; l’économie contractuelle complète ne peut donc pas être reconstituée publiquement sans risque d’inférence.

Une seconde interrogation concerne l’arbitrage entre exportation et sécurité intérieure. Le caractère hydroélectrique du système tadjik crée un contraste saisonnier marqué : abondance relative au printemps et en été, tension plus forte en hiver. Les chiffres de 2025 montrent d’ailleurs que le pays a importé 2,702 milliards de kWh tout en exportant commercialement 2,666 milliards de kWh vers ses voisins. Cela ne prouve ni dépendance excessive ni autosuffisance ; cela montre un système qui utilise déjà le commerce régional comme outil d’équilibrage. La soutenabilité de cette stratégie dépendra de la réduction des pertes, de l’achèvement des nouvelles capacités et de la transparence des mécanismes de priorité en période de pénurie.

Vers un rôle de carrefour électrique, sous réserve d’infrastructures et d’eau

Projection — si les investissements programmés dans la production, les réseaux et Rogoun progressent comme prévu, le Tadjikistan pourrait augmenter son rôle de fournisseur saisonnier d’électricité propre en Asie centrale et, à terme, en Asie du Sud. Le Programme de développement du secteur électrique 2026-2030 vise une hausse des exportations jusqu’à 5 milliards de kWh, mais cet objectif ne doit pas être confondu avec un résultat acquis. Il dépend de la disponibilité hydrologique, de la consommation intérieure, des capacités de transport, de l’exécution de CASA-1000 et de la solvabilité des acheteurs.

Hypothèses et projections — plusieurs scénarios peuvent être envisagés. Un scénario d’intégration réussie verrait les flux devenir plus flexibles, avec davantage d’échanges réciproques via l’Ouzbékistan et un nouveau débouché sud-asiatique après CASA-1000. Un scénario plus contraint maintiendrait les exportations essentiellement saisonnières, avec des réductions en cas de sécheresse, de forte demande domestique ou de retard d’infrastructure. Au 5 septembre 2026, le fait robuste est plus modeste mais important : l’Afghanistan et l’Ouzbékistan restent bien des marchés actifs pour l’électricité tadjike, et cette continuité constitue déjà un élément tangible de l’intégration énergétique régionale.

Sources institutionnelles : les flux 2026 sont établis, les conditions commerciales moins publiques

Sources institutionnelles principales — Ministère de l’Énergie et des Ressources hydriques du Tadjikistan, communiqué et dossier de presse sur les résultats du premier semestre 2026, 9-10 juillet 2026 ; même ministère, bilan énergétique 2025 publié en janvier 2026 ; Ministère de l’Énergie du Tadjikistan et Ministère de l’Énergie de l’Ouzbékistan, comptes rendus de la rencontre ministérielle du 12 février 2026 ; Banque asiatique de développement, projets de reconnexion au Central Asian Power System et financement additionnel, informations actualisées en 2026 ; Banque mondiale, état d’avancement de CASA-1000 en Afghanistan, 15 janvier 2026 ; Union africaine, 3e Forum AfSEM, 29 juillet 2026 ; Banque mondiale, bilan 2026 de l’intégration électrique ouest-africaine.

Limites documentaires — aucune source consultée ne permet de publier avec le même niveau de certitude l’intégralité des tarifs, protocoles annuels, garanties de paiement et clauses opérationnelles applicables aux deux acheteurs en 2026. Les chiffres de volumes et, pour l’Afghanistan, de recettes sont en revanche fournis directement par le ministère tadjik. La distinction entre flux existants et futur corridor CASA-1000 est également robuste. La conclusion est donc ferme sur le maintien des exportations, mais volontairement prudente sur la rentabilité comparative des contrats et leur évolution après 2026.

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