Grèce · Énergie / Finance
9,56 millions d’euros pour franchir le verrou des études
Le soutien financier européen à l’interconnexion électrique Égypte-Grèce, dite GREGY, est désormais documenté par un engagement précis : le 28 janvier 2026, l’Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA) a annoncé l’attribution de 9,56 millions d’euros au projet au titre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, ou CEF Energy. La somme vise les études finales de l’interconnexion. Elle ne finance pas la construction du câble sous-marin et ne constitue pas, à elle seule, un bouclage financier du projet.
Cette distinction est essentielle. GREGY doit relier les systèmes électriques égyptien et grec par une liaison HVDC d’environ 954 kilomètres et jusqu’à 3 000 MW. Une fiche CINEA de décembre 2025 indique un coût de projet de 3,569 milliards d’euros, tout en précisant que cette donnée provient du promoteur et n’est pas garantie par la Commission. Les 9,56 millions d’euros doivent donc être lus comme un financement de maturation, non comme le financement principal de l’investissement.
Un corridor transméditerranéen déjà intégré au cadre européen
Le mécanisme repose d’abord sur le statut de projet d’intérêt mutuel, ou PMI, accordé à GREGY dans le cadre du règlement TEN-E. Cette catégorie couvre des infrastructures reliant l’Union européenne à des pays tiers et reconnues comme contribuant aux objectifs énergétiques européens. La Commission présente le CEF Energy comme la principale source européenne de financement des interconnexions, avec environ 5,8 milliards d’euros pour l’énergie sur 2021-2027.
Les 9,56 millions d’euros proviennent de l’appel CEF lancé le 3 avril 2025. Les résultats annoncés en janvier 2026 couvrent quatorze projets pour environ 650 millions d’euros. Dans le volet électricité et réseaux intelligents, GREGY figure parmi les opérations financées au titre d’études, alors que d’autres reçoivent des subventions pour travaux. L’Union a donc sélectionné les « études finales » de GREGY, et non la fourniture ou la pose du câble.
Ce que l’Union finance exactement — et ce qu’elle ne finance pas
Les procédures publiées durant l’été 2026 permettent de vérifier l’emploi opérationnel de l’aide. Les avis relatifs à l’étude d’impact environnemental, à la reconnaissance marine et aux études de génie civil terrestre portent la référence 2.13-ELEG-S-M-25-GREGY-STUDIES. L’Office des publications de l’Union européenne indique que ce projet a été attribué dans le cadre du Connecting Europe Facility et cite la convention de subvention 101290455, destinée aux études techniques et environnementales nécessaires à l’avancement du projet.
Le financement européen réduit ainsi plusieurs risques de développement : tracé du câble, fonds marins, impacts environnementaux, ouvrages terrestres, raccordement et spécifications techniques. Ces travaux conditionnent les permis, la précision des coûts et la décision d’investissement. Le soutien intervient donc en amont, au moment où l’incertitude reste forte et où des études robustes sont nécessaires pour rendre un projet de plusieurs milliards plus finançable.
Il serait néanmoins inexact d’assimiler l’attribution de 9,56 millions d’euros à une dépense intégralement exécutée. Les sources établissent l’attribution, la convention CEF et le lancement de marchés d’études, mais ne publient pas au 31 août 2026 un état consolidé des sommes versées, engagées par lot ou payées aux prestataires. L’article retient donc le terme de financement attribué, sans transformer l’enveloppe en décaissement déjà consommé.
Du statut PMI à la bancabilité : le vrai sens du soutien européen
Le soutien européen est progressif. Avant le CEF, la BERD avait annoncé, avec l’appui de l’Union via l’InvestEU Advisory Hub, une subvention couvrant une partie des premières études, notamment le tracé et l’analyse coûts-bénéfices et technique. Le montant spécifique n’est pas publié dans les sources institutionnelles consultées ; il ne doit donc ni être inventé ni additionné aux 9,56 millions d’euros. Les interventions correspondent à des phases préparatoires distinctes.
La fonction de ces aides compte davantage que leur taille. Un projet transfrontalier de plusieurs milliards doit convaincre opérateurs, régulateurs, prêteurs, assureurs, investisseurs et acheteurs d’électricité. Le statut PMI facilite le cadre réglementaire et l’accès au CEF ; les études réduisent le risque documentaire. Mais aucune de ces étapes ne remplace une décision finale d’investissement, des contrats bancables ou un plan de financement de construction.
La deuxième liste PCI/PMI, entrée en vigueur au printemps 2026, maintient GREGY dans le dispositif européen et préserve son accès potentiel à de futurs appels CEF. Elle ne vaut pas nouvelle subvention. La Commission a ouvert le 30 avril 2026 un appel de 600 millions d’euros pour les projets de la deuxième liste ; au 31 août, ses résultats ne sont pas connus. Cette enveloppe générale ne peut donc être présentée comme un financement supplémentaire déjà obtenu par GREGY.
Pour l’Afrique, transformer l’aide d’études en pouvoir industriel
Pour l’Égypte et plus largement pour l’Afrique, l’enjeu n’est pas seulement que Bruxelles finance une partie des études, mais ce que cette maturation permettra de conserver localement lorsque l’investissement changera d’échelle. Si GREGY entraîne de nouvelles capacités renouvelables, des recettes d’exportation et des activités industrielles en Égypte, le corridor peut accroître la valeur captée au sud de la Méditerranée. Si la chaîne de valeur reste surtout extérieure, le bénéfice africain sera plus limité.
Le règlement européen apporte une nuance majeure : les renforcements internes en Égypte associés à GREGY ne sont pas considérés comme des investissements faisant partie de la liste PMI de l’Union. Cela n’interdit pas tout autre soutien européen, mais signifie que le statut du câble ne couvre pas automatiquement ces travaux. Or l’exportation de 3 000 MW suppose aussi lignes intérieures, postes, raccordements renouvelables, systèmes de contrôle et stabilité du réseau égyptien.
Le partage des coûts devient donc un enjeu de souveraineté. Il faudra déterminer qui finance et possède les actifs situés en Égypte, quels risques sont assumés par le secteur public, quelle part des achats et des travaux revient aux entreprises locales, quels emplois qualifiés sont créés et quelle marge de décision le pays conserve entre consommation nationale, industrialisation et exportation. La valeur d’un corridor ne se mesure pas au seul montant de la subvention européenne.
Des études financées par l’Union peuvent toutefois produire un effet de levier utile si elles réduisent les surcoûts, améliorent la qualité du projet et renforcent la position de négociation de la partie égyptienne. Cet effet reste une analyse, non un résultat établi : les documents publics ne permettent pas encore de quantifier la valeur industrielle, fiscale ou technologique que l’Égypte retirera de GREGY.
Il faut enfin distinguer financement climatique et neutralité des intérêts. Le CEF poursuit des objectifs européens d’intégration des marchés, de sécurité d’approvisionnement et de décarbonation. Ils peuvent converger avec ceux de l’Égypte, mais l’intérêt souverain égyptien dépendra de contrats équilibrés, de capacités renouvelables réellement additionnelles et d’investissements domestiques suffisants pour ne pas fragiliser le réseau national au profit du seul corridor d’exportation.
Les trous du montage financier restent considérables
Le premier élément non établi est le financement intégral de la construction. La fiche CINEA de décembre 2025 mentionne 3,569 milliards d’euros, sur la base d’informations du promoteur et avant les études finales de 2026. Le montant pourrait évoluer avec le tracé, les contraintes marines, les stations de conversion et les ouvrages terrestres. Aucun document institutionnel public consulté ne présente au 31 août une structure définitivement engagée de dette, fonds propres, garanties et assurances couvrant la totalité du projet.
Le deuxième élément à confirmer est la ventilation de la subvention CEF entre les lots d’études. Les avis identifient plusieurs prestations, mais les valeurs finales des contrats et le calendrier détaillé des paiements ne sont pas tous publics. La convention 101290455 établit le rattachement au CEF ; elle ne permet pas, dans les informations accessibles, de suivre la consommation détaillée de l’enveloppe.
Le troisième angle mort concerne les actifs égyptiens qui ne relèvent pas automatiquement du périmètre PMI éligible. Il faudra identifier les investissements supportés par l’EETC, l’État, les producteurs renouvelables, le promoteur ou d’autres bailleurs. L’absence de publication exhaustive ne prouve pas qu’aucun montage n’existe ; elle signifie qu’il n’est pas suffisamment documenté pour être présenté comme acquis.
Trois seuils avant un financement de construction
Le premier seuil sera la clôture des études finales. Reconnaissance marine, évaluation environnementale et génie civil terrestre doivent stabiliser le tracé, le coût et les risques. Si elles révèlent des contraintes majeures, le projet pourra être révisé ; si elles confirment la faisabilité, elles renforceront sa capacité à lever des financements de travaux. Dans les deux cas, le CEF joue d’abord un rôle de préparation.
Le deuxième seuil sera réglementaire et commercial. Une infrastructure de cette taille requiert des permis, des règles d’accès au réseau, des mécanismes de rémunération, des accords de raccordement et des contrats d’achat suffisamment prévisibles pour supporter une dette de long terme. Le maintien de GREGY sur la liste PMI réduit certains obstacles mais ne les supprime pas. La bancabilité dépendra de la qualité des contrats autant que de la qualité du câble.
Le troisième seuil sera la décision financière. Le passage au financement de construction deviendra vérifiable lorsque seront publiés des engagements fermes de fonds propres et de dette, des garanties attribuées, des contrats majeurs et une décision finale d’investissement cohérente avec les permis. Jusque-là, la conclusion la plus solide est que l’Europe finance la maturation de GREGY et réduit son risque de développement, sans preuve publique d’un financement intégral du chantier.
Au 31 août 2026, le soutien financier européen à l’interconnexion Égypte-Grèce est donc établi, mais sa portée doit rester graduée. Les 9,56 millions d’euros du CEF financent les études finales et se traduisent déjà par des procédures techniques identifiables. Le statut PMI maintient l’accès potentiel à d’autres instruments. En revanche, le financement du chantier, les renforcements du réseau égyptien et le partage final de la valeur restent à consolider. C’est sur ces dimensions que se jugera la portée stratégique de l’appui européen pour l’Afrique.
Les documents institutionnels qui fondent l’évaluation
- Commission européenne / CINEA — Résultats du CEF Energy : environ 650 millions d’euros pour quatorze infrastructures transfrontalières, dont 9,56 millions d’euros pour les études finales de GREGY, 28 janvier 2026.
- Commission européenne — Financement des PCI et PMI : règles d’éligibilité au Connecting Europe Facility et budget CEF Energy 2021-2027.
- CINEA — Fiche du projet d’intérêt mutuel GREGY 2.13, mise à jour décembre 2025 : caractéristiques, statut, calendrier indicatif et coût de projet communiqué par le promoteur.
- Union européenne — Règlement délégué (UE) 2026/764 : deuxième liste PCI/PMI et traitement des renforcements internes liés à GREGY en Égypte.
- Office des publications de l’Union européenne — Avis de marché 2026 pour la reconnaissance marine de 2.13-ELEG-S-M-25-GREGY-STUDIES ; mention de la convention CEF 101290455.
- Commission européenne — Appel CEF Energy du 30 avril 2026 : 600 millions d’euros disponibles pour les PCI/PMI de la deuxième liste, résultats attendus ultérieurement.
- Banque européenne pour la reconstruction et le développement — Soutien aux études de GREGY dans le cadre de l’InvestEU Advisory Hub, documentation 2025.
- Ministère grec de l’Environnement et de l’Énergie — Coopération Grèce-Égypte et mémorandum entre opérateurs de réseau pour la poursuite des études de GREGY, septembre 2025.
- ELICA Interconnector — Procédures 2026 relatives aux études environnementales, marines et de génie civil rattachées au projet CEF GREGY-STUDIES.

