Sri Lanka | Sécurité / Gouvernance maritime
Le 11 mars 2026, le Sri Lanka lance officiellement l’IORA Centre of Excellence on Ocean Sciences and Environment, accueilli par l’Ocean University of Sri Lanka. Le ministère sri-lankais des Affaires étrangères le présente comme un pôle de recherche, d’échange de connaissances et de renforcement des capacités au service d’une gouvernance de l’océan fondée sur la science. Une première série de webinaires est inaugurée. Le terme « opérationnalisation » peut donc être employé pour le lancement institutionnel et les premières activités.
Le reste du titre demande une correction de perspective. Le centre n’est pas réservé aux États africains riverains et son mandat officiel ne se limite pas à la gouvernance maritime au sens sécuritaire. Il porte sur les sciences océaniques et l’environnement dans toute la région IORA. Plusieurs membres africains — Kenya, Mozambique, Tanzanie, Afrique du Sud, Somalie, Madagascar, Comores, Maurice et Seychelles notamment — peuvent en bénéficier. Aucun bilan ne permet encore d’établir quels pays, institutions ou communautés africaines ont reçu une formation, conduit une recherche ou modifié une politique grâce au centre.
Un centre lancé dans une association transocéanique
L’Indian Ocean Rim Association réunit des États d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. Ses priorités couvrent la sécurité maritime, la facilitation du commerce, la pêche, la gestion des risques, la coopération scientifique, le tourisme et l’économie bleue. Le centre sri-lankais s’inscrit principalement dans le versant science, environnement et connaissance.
La cérémonie du 11 mars rassemble des représentants des États membres, partenaires de dialogue et observateurs. Le vice-ministre Arun Hemachandra insiste sur le développement durable fondé sur l’océan. Le secrétaire général de l’IORA, Sanjiv Ranjan, adresse un message, et le professeur Charitha Pattiaratchi ouvre la série de webinaires. Ces actes prouvent un démarrage administratif et scientifique.
Les faits établis par Colombo
Le centre a un hôte, une mission annoncée et une première activité. Il vise la recherche, l’échange de connaissances et la formation pour soutenir une gouvernance scientifique de l’océan Indien. La série de webinaires indique une capacité d’animation rapide. Le lancement officiel marque plus qu’une intention : une structure est mise en place au sein d’une université spécialisée.
En revanche, les documents consultés ne publient pas le budget, l’effectif, le plan de travail pluriannuel, les critères de sélection des bénéficiaires ou les projets de recherche financés. Ils ne désignent pas les États africains comme bénéficiaires prioritaires. Il est donc établi que les membres africains sont éligibles au titre de leur appartenance à l’IORA ; il n’est pas établi qu’un programme africain spécifique soit opérationnel.
Gouvernance océanique et sécurité maritime : deux registres
La science océanique produit des données sur les courants, l’érosion, la pollution, les habitats, les pêches et les risques climatiques. Ces données soutiennent la décision publique. La sécurité maritime traite davantage de navigation, trafic illicite, sauvetage, sûreté portuaire et coopération des forces. Les deux domaines se croisent, mais ils ne sont pas interchangeables. Le centre relève d’abord du premier registre.
Attribuer au centre une mission de sécurité que son intitulé ne porte pas peut détourner les attentes. Sa contribution la plus forte pourrait être civile : cartographie côtière, prévision, observation, gestion des pêches, droit de l’environnement et formation de chercheurs. Les ateliers de sécurité maritime de l’IORA relèvent d’autres programmes. Une coopération cohérente doit articuler ces branches sans militariser la connaissance océanique.
Les besoins africains au bord de l’océan Indien
Les États africains riverains font face à l’érosion, aux cyclones, à la pêche illégale, à la pollution, au déficit de données et aux coûts de surveillance de vastes zones maritimes. Les petits États insulaires ont des espaces océaniques immenses par rapport à leurs administrations. Un centre régional peut mutualiser modèles, formations et protocoles, à condition que les données africaines soient hébergées, accessibles et gouvernées selon des règles acceptées.
Le risque est celui d’un flux à sens unique : échantillons et données quittent les eaux africaines, tandis que les articles, logiciels et décisions restent concentrés dans des institutions mieux dotées. Les projets doivent prévoir copaternité scientifique, équipements locaux, bourses, accès libre aux résultats et soutien aux universités africaines. Le bénéfice ne se mesure pas au nombre de webinaires mais à la capacité laissée dans les administrations, laboratoires et communautés côtières.
Le programme africain encore à construire
Il reste à connaître la participation africaine aux activités de 2026 : institutions inscrites, chercheurs financés, thèmes choisis et langues de travail. Un diagnostic des besoins par pays devrait précéder l’offre de formation. Les questions des données sensibles, de la propriété intellectuelle et de la continuité des systèmes d’observation doivent être formalisées. Les coûts de déplacement peuvent exclure les petits organismes si le centre dépend trop des rencontres physiques.
Le financement est un autre angle mort. Un centre sans budget pluriannuel peut se réduire à des événements. Les contributions des membres et partenaires de dialogue doivent être transparentes pour prévenir l’influence d’un bailleur sur les priorités scientifiques. Les appels à projets devraient être compétitifs, mais réserver des ressources aux institutions moins équipées afin de corriger les asymétries.
Un réseau distribué plutôt qu’un centre périphérique
La perspective la plus féconde serait un réseau de nœuds : Sri Lanka pour la coordination, universités et agences africaines pour les laboratoires thématiques, partage de données et formations. Des projets pilotes pourraient porter sur l’érosion aux Comores, la pêche en Somalie, les cyclones au Mozambique ou la planification spatiale marine au Kenya. Chaque projet associerait autorités, scientifiques et communautés.
Des indicateurs simples permettraient d’évaluer l’opérationnalisation : chercheurs africains formés, jeux de données produits et contrôlés localement, décisions publiques influencées, équipements installés, publications conjointes et financements obtenus. Au 20 août 2026, le centre existe et a commencé ses activités ; son impact africain spécifique reste une promesse à organiser et mesurer.
La rotation des responsabilités renforcerait cette approche. Des sessions du centre pourraient être accueillies par des membres africains, avec des thèmes définis localement et un budget de déplacement réservé aux institutions sous-financées. Une charte sur les données préciserait hébergement, licences, sécurité et droit de retrait. Le centre deviendrait ainsi une infrastructure partagée plutôt qu’un point unique depuis lequel le savoir est distribué.
Le réseau pourrait également associer les autorités portuaires, les services météorologiques et les organisations de pêcheurs. Les résultats scientifiques seraient traduits en cartes d’usage, alertes et décisions côtières, avec versions accessibles aux communautés. Une évaluation externe après deux ans vérifierait si les pays africains ont obtenu davantage de moyens, ou seulement participé à des événements. Ce test distinguerait l’activité du renforcement de capacité.
Les sources qui définissent le mandat réel
- Ministère des Affaires étrangères, de l’Emploi extérieur et du Tourisme du Sri Lanka — Lancement du Centre d’excellence IORA sur les sciences océaniques et l’environnement — 11 mars 2026.
- Indian Ocean Rim Association — Liste officielle des États membres.
- Indian Ocean Rim Association — Plan d’action 2022-2027 pour la sécurité et la sûreté maritimes.
- Indian Ocean Rim Association — Cadres de coopération scientifique, de pêche et d’économie bleue.
- Ocean University of Sri Lanka — Mandat académique et rôle d’hôte du Centre d’excellence.

