Iran  |  Géopolitique / Défense

L’Iran et l’Afrique du Sud se parlent régulièrement dans les espaces du Sud global, dont les BRICS. Le 14 mai 2026, les ministres Abbas Araghchi et Ronald Lamola se rencontrent à New Delhi en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du groupe. La partie iranienne rapporte des échanges sur les relations bilatérales, les développements régionaux et la coopération multilatérale. Elle souligne aussi les effets africains des tensions du Moyen-Orient sur l’énergie, les engrais et les biens essentiels. Cette convergence diplomatique est documentée.

Le registre sécuritaire est plus fragile. Il renvoie notamment à la visite en Iran, en août 2025, du chef de la force de défense sud-africaine Rudzani Maphwanya. Le président Cyril Ramaphosa avait indiqué ne pas avoir autorisé les déclarations controversées du général et les avait jugées malavisées. Le ministère sud-africain des Relations internationales avait rappelé que la politique étrangère relève de l’exécutif civil. Fusionner cet épisode avec la réunion BRICS de 2026 créerait l’image d’un alignement bilatéral cohérent que les institutions sud-africaines elles-mêmes ont contesté.

Une relation nourrie par le multilatéralisme

Pretoria et Téhéran partagent une préférence pour les forums où les pays du Sud cherchent davantage de poids dans la gouvernance mondiale. L’entrée de l’Iran dans les BRICS a multiplié les occasions de dialogue. Les priorités sud-africaines pour le groupe couvrent la coopération politique et sécuritaire, les questions économiques et financières et les échanges sociaux. Cela crée un espace de concertation, mais les BRICS ne constituent ni une alliance militaire ni un bloc imposant une politique étrangère uniforme.

Lors de la rencontre de mai 2026, le compte rendu iranien met l’accent sur la diplomatie et le multilatéralisme. Lamola y est présenté comme préoccupé par les conséquences économiques des hostilités sur l’Afrique et favorable à une voie diplomatique. Il s’agit d’une position cohérente avec la recherche sud-africaine d’autonomie stratégique et de règlement négocié. Elle ne signifie pas une adhésion à toutes les positions iraniennes, encore moins un engagement de défense commun.

Ce qui est établi dans la séquence de New Delhi

Les deux ministres se sont rencontrés, ont examiné leurs relations et ont évoqué les crises régionales. L’Iran a remercié l’Afrique du Sud pour certaines positions prises pendant les hostilités qui avaient précédé. L’Afrique du Sud a insisté sur les chocs transmis au continent par les prix de l’énergie, des engrais et des produits essentiels. Le cadre BRICS a facilité cet échange. Aucun communiqué examiné n’annonce toutefois de pacte de sécurité, de manœuvre commune, d’accord de renseignement ou de coordination militaire issue de la réunion.

L’« alignement diplomatique » doit lui-même être qualifié : il existe des convergences sur la réforme du multilatéralisme, la souveraineté et la résolution politique des conflits. Des divergences peuvent subsister sur d’autres dossiers, et Pretoria entretient des relations avec de multiples partenaires. La diplomatie sud-africaine revendique une politique indépendante. Employer le terme d’alignement sans préciser ses domaines ferait disparaître cette marge de manœuvre.

La visite du général Maphwanya change le niveau de preuve

En août 2025, le chef de la South African National Defence Force se rend en Iran. Des propos qui lui sont attribués sur la solidarité et les convergences stratégiques suscitent une controverse interne. La présidence sud-africaine affirme que le voyage était officiel dans son champ militaire, mais que le président n’avait pas autorisé les déclarations de politique étrangère. Ramaphosa les qualifie de malavisées. DIRCO rappelle la compétence constitutionnelle de l’exécutif en matière de relations extérieures.

Cet épisode prouve l’existence de contacts militaires, mais aussi les limites politiques de leur interprétation. Une visite de défense n’est pas un alignement sécuritaire tant qu’elle ne débouche pas sur des accords publics, des programmes approuvés et une chaîne d’autorité claire. La réaction de Pretoria constitue une preuve contraire à la thèse d’un alignement consolidé. Elle montre surtout une tension institutionnelle entre diplomatie civile, symbolique militaire et perception publique.

Les intérêts africains derrière la posture

Pour l’Afrique du Sud et le continent, la relation avec l’Iran touche à des intérêts concrets : approvisionnement énergétique, engrais, routes maritimes, mécanismes de paiement et capacité à résister aux chocs extérieurs. Le dialogue peut diversifier les options. Il expose aussi les entreprises africaines aux sanctions extraterritoriales, aux coûts d’assurance et aux perturbations du commerce. Une politique souveraine exige donc une évaluation juridique et économique, pas une solidarité déclarative.

La participation sud-africaine aux BRICS lui donne un espace pour défendre la réforme financière et la voix africaine. Mais cette voix perdrait de sa crédibilité si elle était absorbée dans la rivalité d’un partenaire avec l’Occident ou ses voisins. L’autonomie stratégique suppose de pouvoir coopérer avec Téhéran sans nier les risques, demander la désescalade sans valider toutes les actions et maintenir la primauté des intérêts africains — sécurité alimentaire, énergie abordable, paix et liberté de choix.

Les zones d’ombre institutionnelles

Aucune feuille de route bilatérale de sécurité rendue publique ne permet d’établir l’étendue des contacts : formation, industrie de défense, visites navales, échanges doctrinaux ou renseignement. Il faudrait connaître les autorisations accordées, les objectifs, les budgets et les garde-fous. Le Parlement sud-africain a lui-même cherché des explications après la visite du général. Cette demande de contrôle fait partie du dossier et interdit de présenter la politique comme stabilisée.

Le compte rendu de la rencontre Araghchi–Lamola provient principalement de la diplomatie iranienne. Un compte rendu sud-africain détaillé permettrait de comparer les formulations et d’identifier d’éventuelles divergences. La méthode la plus sûre consiste à attribuer chaque position à son émetteur. On peut affirmer que l’Iran décrit une convergence ; on ne peut pas transformer cette description en doctrine bilatérale commune sans texte conjoint.

Vers une coopération sous contrôle civil

Une relation plus robuste passerait par une commission bilatérale transparente, des domaines de coopération clairement séparés et une information régulière des parlements. Sur les questions de sécurité maritime ou de lutte contre le crime transnational, des projets ciblés pourraient être évalués selon leur conformité au droit, leur intérêt africain et leurs risques de sanctions. Sur l’énergie et les engrais, la transparence des prix et des contreparties serait essentielle.

Dans les BRICS, Pretoria peut défendre un principe simple : la coopération n’emporte pas alignement automatique. Ce cadre protégerait la pluralité africaine et éviterait qu’une rencontre en marge d’un sommet soit transformée en alliance. Au 20 août 2026, la conclusion probante est donc double : convergence diplomatique réelle et dialogue bilatéral ; alignement sécuritaire consolidé non établi et politiquement disputé en Afrique du Sud.

Les prochains rendez-vous devront être lus à travers cette grille. Une déclaration conjointe, un mémorandum de défense approuvé ou un programme budgété augmenterait le niveau de preuve. Une simple photo ministérielle ou une nouvelle visite ne suffirait pas. Cette méthode protège à la fois la souveraineté sud-africaine et l’exigence de ne pas attribuer aux BRICS une nature militaire qu’ils ne possèdent pas.

Les documents qui empêchent l’amalgame

  • Ministère iranien des Affaires étrangères — Compte rendu de la rencontre Abbas Araghchi–Ronald Lamola à New Delhi — 14 mai 2026.
  • Department of International Relations and Cooperation — Priorités sud-africaines dans les BRICS et clarification sur la politique étrangère — 2025–2026.
  • Présidence de la République d’Afrique du Sud — Déclaration sur la visite du général Rudzani Maphwanya en Iran — août 2025.
  • Parlement d’Afrique du Sud — Questions et demandes de clarification relatives à la visite du chef de la SANDF en Iran — 2025.
  • BRICS — Mandats et déclarations ministérielles relatifs à la coopération politique et sécuritaire.

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